#061 – Ça va bieux

Fini la sensation d’avoir la tête comme une pastèque, je retrouve peu à peu mon melon habituel. J’avais oublié cette sensation de vivre à l’intérieur de soi comme à l’extérieur. Quand les oreilles sont tellement bouchées que les seuls sons audibles sont les battements du cœur. Quand on a des ziguigui presque invisibles qui gigotent devant les yeux tels le plancton des profondeurs qui s’irise mais pas trop, et qu’on a beau cligner mais rien n’y fait, et qu’on regarde dans l’autre coin de la pièce, mais non, c’est toujours là. Quand on sent ce qui passe où ça passe, et si ça file plutôt droit dans les tuyaux ou si les angles touchent le bord. Je parle de boire et de manger, bande de sales. À mesure que je progresse en tâtonnant dans mes sensations internes qui s’imposent à ma conscience comme de réels stimulus extérieurs, alors que d’habitude je les ignore tout simplement, je sens qu’autour de moi les parois sont de moins en moins gluantes, que ça renifle moins au bout du couloir, que les oursins fichés dans le secteur du larynx commencent à tomber leurs piquants, ça doit être le printemps. Enfin bref, je le sens, je commence à voir la lumière de derrière le rideau de mucus, le bout du tunnel quoi. J’en suis sûr, la sortie c’est par là.

gwlad-rue_cite_benoit-sortie_garage
Photo par Gwlad (rue Cité Benoit)

Si j’avais le temps d’aller voir un concert ce soir, ce serait les Gramophone Stomp au Broc’ Café, 2 boulevard Henri IV. C’est gratuit, ce qui en soit pourrait suffire, mais surtout le dernier concert que j’ai vu là-bas, celui des Canibal Dandies, ma donné envie d’y retourner histoire de confirmer s’ils avaient toujours autant de goût pour choisir les artistes qui passent chez eux. En plus, on aura peut-être droit à une coupure de courant, et laissez-moi vous dire que si vous n’avez jamais vécu une coupure de courant au Broc’ Café, c’est que vous n’êtes jamais allés au Broc’ Café. Moi j’aime bien les coupures de courant, je trouve que ça met l’ambiance.

Mais je n’en aurais pas le temps, vous me direz comment c’était. Ce soir, c’est la soirée bouclage de Numéro 0. Si vous savez pas de quoi je cause, vous pouvez vous mettre à jour en lisant cet article d’avant la Grande Crève : Connaissez-vous Numéro 0 ?

Je vous rappelle également que les bouquinistes sont installés, comme chaque samedi, aux Arceaux et sur l’esplanade Charles du Gaulle, qu’ils ont des livres à pas cher du tout, à trop chers pour moi, à juste le bon prix pour qu’on hésite une bonne demi-heure avant de céder.

Allez, à demain, en espérant avoir retrouvé toutes mes facultés d’ici là, parce que je vous raconte pas comment je rame pour écrire trois mots ces derniers jours…

Publicités

#054 – Si j’étais vous, je ne perdrais pas de temps à lire cet article

Oh, vous êtes là ! Mince alors, je n’avais pas vu l’heure. Je ne suis pas prêt. Vous pourriez vous retourner une seconde le temps que j’enfile un caleçon ? Merci.

Voilà. On peut y aller. Hum hum. Alors, j’étais au milieu de ma réflexion concernant l’article du jour des deux jours à venir. Voyez-vous, j’ai, tout ce week-end, des amis et la famille de l’une de mes colocataires à l’appartement. Ça je vous l’avais déjà dit hier. Dans ces conditions, vous imaginez bien que ça ne va pas être très facile de dégager deux heures chaque jour pour vous rédiger mes petits mots. En plus, aujourd’hui, il pleut, on va certainement rester à l’intérieur, ça ne va pas m’aider à trouver des idées ça.

Que vous dire d’autre d’inintéressant ? Je vais bientôt commencer à rédiger un blog sur Montpellier. Hein ? Que vous vous dites. Oui ! Que je vous réponds. Un blog sur Montpellier en japonais. Un ブログ sur モンペリエ en 日本語. Mais je ne serai pas seul sur le coup. Ces derniers temps, une après-midi par semaine, je rencontre Rie qui veut apprendre le français comme moi le japonais. Nous échangeons donc des conseils, nous nous posons des questions, et tentons de répondre à celles de l’autre quand on en est capable. Et comme petit exercice entre nous, voilà ce qu’on a trouvé : ouvrir un blog sur le thème principal de Montpellier, chaque semaine trouver un sujet à traiter, elle en français, moi en japonais, puis corriger les articles de l’autre ce qui donnera lieu à de petites leçons, et poster tout ça sur l’internet. Cette semaine, les graffiti.

mtp46
Photo par Gwlad (rue Cité Benoit)

Heureusement, mon ami Feldo a rempli notre agenda commun pour aujourd’hui, je peux donc vous parler de deux évènements à Montpellier :

  • Le festival de jeux de rôle Au-delà du Dragon, aujourd’hui toute la journée jusqu’à 22h et demain de 9h à 20h. Ça se passe à la salle Pagezy (à côté du polygone), et l’entrée est gratuite. Plus d’info à cette adresse : http://www.audeladudragon.com/

Non finalement, ce ne sera qu’un seul évènement. Y a des gens autour de moi, ça m’ennuie de taper sur mon clavier au lieu de leur parler. Ah, ben oui, aujourd’hui vous avez perdu votre temps ici, mais ce n’était pas long au moins. Voyez le positif un peu ! Et puis je vous avais prévenus·es dans le titre.

Sur ce, en espérant que vous ne m’en vouliez pas trop, bon week-end, et à demain !

#047 – Un soir à pas foutre le nez dehors

Misère. J’avais complètement oublié que ce soir c’était la Saint Patrick. Moi qui comptait sortir en ville ce samedi… Je suis dégoûté. Je déteste les fêtes prétextes à beuverie de grande envergure, plus qu’un prétexte d’ailleurs, une injonction à. Attention, faut pas croire, je dis pas ça parce que je ne bois plus. Même quand je buvais mes cinq litres de bière par soir, les férias, les fêtes de la musique et autres Saint Patrick, ça me faisait chier. Les rues bondées de suants·es puant beuglant louchant rotant pissant dans tous les coins et gerbant dans leur pisse, franchement c’est lourd. Ça se croit drôle mais c’est juste affligeant, ça se croit fort et pour le prouver ça se tape sur la gueule pour un rien. Ces soirs-là les gens boivent parce que c’est ce qu’ils sont supposés faire, nul, tout le monde s’engueule parce que personne ne veut aller au même endroit et que chacun·e pense être celui ou celle qui attend les autres alors qu’en fait c’est le contraire, zéro. Bon, vous avez pigé, j’ai en horreur ces fêtes qui ne sont pas improvisées parce qu’on a envie de se bouger sur le moment, les dates prévues chaque année au même jour sur le calendrier, je trouve ça laid, je trouve ça triste, ça vient pas du cœur, c’est pas spontané. Bref, ce soir, je sortirai peut-être quand même, si je me fais trop chier, mais je serai pas jouasse, et je bouderai.

Je vous avais encore jamais vraiment fait le ronchon sur ce blog, hein ? C’est une facette de ma personnalité que les gens adorent d’habitude, quand je chie sur tout ce qu’ils aiment devant eux, alors je la garde toujours pour la fin. Façon de parler. C’est pas du tout la fin du blog. Ce n’est que le début. Hier, j’ai décidé que je le tiendrai quotidiennement pendant un an au minimum. Ensuite on verra. Ce qui me plairait beaucoup, c’est, d’ici un an, avoir assez développé mon écriture pour être capable de pondre un article convenable par jour à coup sûr, d’avoir mis en place une organisation, une méthode qui me permette d’imprimer cet article tout de suite et de l’afficher en ville en plusieurs lieux avant midi. Ou alors, écrire dans un quotidien. Mais pas 20 minutes ou une merde du genre. Honnêtement, je ne vois pas comment un groupe d’indépendants pourrait se donner les moyens de publier un quotidien, alors ce sera sans doute en solo.

047-gwlad-rue_cite_benoit-cage.jpg
Gwlad – rue Cité Benoît

Allez, au programme aujourd’hui : à 14h à Le Faubourg, ou au Faubourg, je sais jamais, 15 rue du Faubourg de Nîmes, c’est Repair Café. Vous pouvez y aller faire réparer les objets du quotidien tombés en panne, et apprendre, surtout, à les réparer vous-même. Tous ensemble pour combattre l’obsolescence programmée et la consommation de société.

Ce soir, démerdez-vous. C’est la Saint Patrick, okay, mais soyez pas cons·nes, sortez si vous en avez vraiment envie, vous forcez pas à boire, et vous habillez pas en citrouille sur gazon seulement parce que tous·tes vos amis·es le font.

À demain, bises.

#040 – Peut-on boire du jus de tomate et revendiquer sa sympathie pour les scènes underground sans faire des phrases trop ampoulées ?

Hier, car je vais encore vous parler de choses que vous avez ratées, hier, donc, vous avez qu’à sortir un peu aussi, je peux pas tout faire à votre place, hier, on y vient, la soirée a été chargée. Je vais essayer de vous la faire courte et efficace. Oui, oui, vous pouvez me regarder avec votre air moqueur, j’ai assez de recul sur moi-même pour savoir que court et efficace, ce n’est pas mon truc. Écoutez, c’est samedi matin, vous n’allez pas commencer. Ça commence, justement, hier, encore, par un message de Feldo sur l’un des multiples forums privés par lesquels on s’échange des mots doux régulièrement :

« Mercredi je suis allé au Barricade pour voir jouer un gars (nom de scène Ben Johnson) qui parle de sa vie dans une ZAD forestière. Et ben c’est super bon, ça dure que 50 minutes, c’est à prix libre (dans les lieux militants en tt cas). Et je me disais « meeeeeeeeeerde dommage je l’ai su trop tard et puis de tte façon je pouvais pas savoir que ça allait être top). ET BEN POUF, AU LIEU DE RETOURNER A MARSEILLE IL VA REJOUER CA CE SOIR. Ça se passe dans le « RAID » près du tram G∝∴℘∠♠ L∋⌉⊆Δ. Si je ne m’abuse c’est un squat récent, je sais pas exactement où. On devrait me filer une adresse sous peu. Je suis pas sûr d’y retourner, mais j’ai un pote qui y a va pour 19 heures. Éventuellement, si vous y allez avec une plume dans le cul je lui dirai d’aider les gens qui ont une plume dans le cul. »

Il avait raison sur plusieurs points et s’était planté sur d’autres. Le RAID est bien un squat récent puisque ouvert en octobre 2017, le prix était bien libre, et il ne savait bien pas où ça se situait exactement. Par contre c’était à 20h et son pote n’est pas venu, heureusement que je ne m’étais pas mis une plume dans le cul. Le spectacle s’appelait donc La Cucaracha, mélange de tranches de vies en ZAD en mode TDI, de questionnements concernant l’acceptation des autres tels qu’ils sont et de lâcher prise en même temps que de résistance, de chants ibériques, arabes et de danse, ainsi que de quelques chroniques animalières. C’était court, 40 minutes, ça aurait bien pu durer le double que ça ne m’aurait pas dérangé, mais c’était bien comme ça aussi, compact et dense. C’était touchant, rythmé, drôle, questionnant, singulier. Le comédien-auteur se fait appeler Miguel Aziz Ben Johnson, j’espère tellement que c’est son vrai nom mais je n’y crois que d’un œil. Il ne s’économise pas, il joue pour de vrai, il imite parfaitement le serpent sous ayahuasca, le coq revanchard et le luchador sensible. Il fait partie du collectif Xanadou. Y a un trailer du spectacle sur youtube mais il est vraiment nul à en boucher les rainures du parquet à la merde, s’il vous plaît ne le regardez pas.

Il devait y avoir ensuite une diffusion de film sur les violences policières au cours d’une COP 21, 22, ou 23 on a perdu le compte, mais Feldo avait rendez-vous avec une amie très belle mais très je passerai pas dix minutes en sa compagnie alors, ne connaissant personne et étant un peu timide malgré l’accueil plutôt invitant au RAID, je suis parti aussi. Seulement, ne souhaitant pas me joindre aux pérégrinations nocturnes de copain et pas copine, je me suis cherché un concert gratuit. C’est comme ça qu’à 21h30 je me suis retrouvé dans la cave du Bric À Brac pour trois heures de punk. Du vrai. Du gras.

koinkoin-rue_montgolfier-collage
Photo par Koinkoin (rue Montgolfier)

Le premier groupe à passer, c’était Triploï. Quatre mecs : guitare, guitare, guitare basse, voix et une boîte à rythmes zoom à 60€ qui étonnamment sonnait très bien. Bonne programmation par le fondateur du groupe, j’imagine. Le groupe existe depuis sept ans, est de Bédarieux, mais a connu de multiples restructurations avec le temps. Le fondateur, toujours, me disait qu’il était allé chercher des gens qui ne savaient pas faire de musique au départ mais qui avaient l’envie, et que tant pis si des fois ça n’allait pas, il préférait faire les choses comme ça. Je dois dire que j’aime beaucoup cette démarche et j’admire les gens qui s’y tiennent malgré les déconvenues. Pour le coup, là, on voyait qu’ils aimaient ça, le punk, dans sa totalité. Les mecs avaient le look total, crête ou béret, Docs et t-shirt à logo, en plus de l’énergie, qui s’accordait bien à leurs tronches de bons gars à l’attitude pas prétentieuse pour un sou. Que ceux qui me disent que les punks devraient pas faire gaffe à leurs sapes aillent relire l’histoire du mouvement pour se rendre compte d’à quel point ces gens-là ont été coquets Docs coquées en plus de cokés depuis toujours. L’esthétique visuelle et sonore avant tout, le propos n’est que prétexte, quoi qu’on veuille bien en dire. Les propos du groupe justement ? Dénonciation d’une société oppressive, anti-militarisme, anti-cléricalisme, anti-fascisme. Comment que ça sonne ? Vous voyez du punk français ? Ben ça sonne comme ça, gras, avec des chœurs dont on entend moins les notes que le grain des larynx défoncés. C’est pas punk rock, c’est punk, teinté d’hardcore. Ils ont joué leur set en entier et ont refait quatre chansons en rappel. Ce qui était sympa c’est que les morceaux, qui ont tous une sacré pêche, étaient assez reconnaissables les uns des autres pour ne pas qu’on ait l’impression d’entendre toujours le même durant le premier passage, bien que tous dans un même genre, mais pas assez pour qu’on ait l’impression de les avoir déjà entendus pendant le rappel. Et que demander d’autre ? J’exagère un peu, je les ai reconnus, en vrai, les morceaux, ils passaient juste très bien une seconde fois.

Après ce premier concert je suis remonté au bar me prendre un jus de tomate. Je l’ai bu là-haut et vite, méfiant comme tout que je suis du jugement des buveuses·rs de bière et d’anisette. J’ai bien fait, un vieux keupon commençait à me faire des remarques amusées et risquait d’ébruiter ma triste sobriété. Je ne voulais pas risquer que la nana super jolie qui me matait discrétos depuis qu’elle avait mis les pieds dans la salle n’apprenne que j’étais un buveur de softs invétéré. Rassurez-vous, elle ne l’a pas su, elle n’a donc pas arrêté de se rapprocher de moi au cours de la soirée, et je n’ai pas osé l’aborder quoi qu’il en soit parce que je suis timide comme une pucelle bourgeoise élevée au couvent. C’était pas l’envie qui m’en manquait, c’était plutôt que je suis con.

Fix-o-Dante, c’était le deuxième groupe. Un batteur qui frappe comme un sourd sur ses tambours, une bassiste qui avait parfois du mal à suivre mais elle se plantait avec tellement de bonne humeur qu’on s’en foutait, c’est aussi ça l’avantage du punk, et un chanteur guitariste qui jouait au poil, braillait tout aussi bien, composait un punk ‘n’ roll super efficace et qui faisait bouger les têtes. Les thèmes étaient plus personnels et plein d’humour, des dealers jamais à l’heure à sa fille élevée par un autre mec, des hommages à notre grand-père à tous comme il disait, Lemmy, comme aux multiples anonymes qu’en ont trop pris et à qui il manque quelques chicots, annonce-t-il avant d’ôter son dentier pour le porter bien haut sous les spots tout en souriant pour bien appuyer le propos, le refrain c’était descendants des sans dents si j’ai bien pigé. Bref, j’irai les revoir avec plaisir. Le point commun d’avec le groupe précédent à part la base punk des deux styles ? Pas de prise de tête. L’envie de se faire plaisir et la gentillesse enfantine qui émane évidente des musiciens·nes. Comme la musique était vraiment bonne, drôle et entraînante, y a rien à demander de plus. Je suis même pressé de retourner les voir. J’ai moins à dire que sur le premier groupe, oui, pourtant je préférais plutôt celui-ci, mais j’avais l’esprit pris. Oui pripri c’est pas très joli, mais voilà c’est comme ça, j’avais l’esprit pris par cette jolie fille qui, comme je vous l’ai dit, était venue au bout d’une heure et demi de zieutage en douce se coller à cinq centimètres de moi pour danser, et comme depuis le début j’avais fait mine de l’ignorer tout en ne m’éloignant pas pour ne pas qu’elle croit que je la mate et me prenne pour une gros lourdingue, j’étais pris à mon propre piège et ne pouvait plus en sortir, et alors, j’aimerai bien vous y voir vous, à continuer d’apprécier le concert d’une manière analytique tout en vous insultant vous-même copieusement à l’intérieur de votre tête de petit merdeux d’handicapé de la drague de merde.

Bon, ça fait un sacré pavé, c’est assez pour aujourd’hui. Ce soir quand même, quartier les aubes, parc Rimbaud, Maison pour Tous George Sand, playback théâtre à 20h, entrée à prix libre, sur le thème des histoires de voisinage du quartier. Qu’est-ce que c’est que le playback théâtre ? Chaque spectateur arrive avec son histoire sur le thème, les comédiens improviseront là-dessus. Entre théâtre d’impro et éducation populaire s’il faut qu’on vous mette des étiquettes sur tout.

Allez, à demain, bises.

#033 – Je m’éparpille et après qui c’est qui ramasse les morceaux ?

Assez rigolé. アセリゴレ。Non, y a pas à dire, les choses sont plus belles écrites en Japonais. Assez rigolé, donc. Il me faut être plus discipliné. Je me disperse trop. Je sais faire mille choses un peu, je n’en maîtrise aucune. L’expression touche-à-tout, bon à rien n’a jamais autant sied à qui que ce soit. J’en éprouve quelque honte. Non seulement quand on me demande ce que je fais dans la vie, je ne peux pas répondre par un nom de métier, mais je ne peux pas non plus répondre que je fais de la musique, que je dessine ou que j’écris. Les gens vont s’imaginer que je le fais bien. Hors ce n’est pas le cas, je le fais pour le plaisir. Je sais ce que vous allez me dire, car devin, je le suis un peu également, vous allez me dire que de vouloir s’améliorer dans un domaine est une chose, mais que de le faire pour se justifier d’être un parasite au RSA sans désir de carrière, c’est moche. Alors vous, vraiment, vous savez taper là où ça fait mal. Je ne pensais pas que vous oseriez alors qu’on se connaît depuis à peine plus d’un mois. Laissez-moi cinq secondes pour encaisser et je vous réponds.

Bon, et bien, oui, c’est une partie du problème. Quelque part je me sens coupable de ne pas travailler comme un esclave, voilà. Quelle surprise dans une société qui nous pousse chaque jour à nous sentir coupable lorsqu’on ne travaille pas ! Je dis dans une société, mais m’est avis que ce fut le cas de toutes les sociétés ayant existé jusque là, d’une manière ou d’une autre. Mais même si j’assume et que je dis que je ne travaille pas, on me demande ce que je fais, du coup, et là… Si je dis que j’écris, dans les rares cas où on me demande de faire lire, je n’ose pas montrer, je trouve ça moi même bien nul. Si je dis que je fais de la musique, dans les rares cas où on me dit de faire écouter, je n’ose pas donner l’adresse du SoundCloud, je sais bien qu’on trouvera ça trop… peu ressemblant à ce qui est fait pour être vendu, et donc pas beau. Si je dis que je dessine et qu’on me tend un crayon, je dessine une bite et je lance un regard de défi. Mais pourquoi donc ? Parce que sachant à quel point je suis médiocre dans ces domaines, je n’arrive pas à trouver la force de décrire ces choses comme étant des éléments qu’il serait important de savoir à mon propos lorsque je me présente. Donc je dis que je ne fais rien. Parfois quand on me demande : « tu fais quoi dans la vie ? », je réponds : « j’attends que ça passe ». Je l’aime bien celle-là. Si au moins dans un domaine j’étais moins mauvais, c’est-à-dire plus travailleur, plus discipliné, si j’y passais plus de temps de manière plus régulière quoi, ça poserait moins de problème, j’aurais au moins un truc à montrer, je ferais au moins un petit quelque chose auquel moi le premier j’accorde de la valeur, et donc auquel, je me dirais, quelqu’un d’autre pourrait très bien en accorder également. Mais je ne fais que ce que je veux quand je veux, alors la discipline, la qualité… Bref, on ne sait plus comment se faire valoir d’une manière humble et honnête quand vient le temps des présentations. Tout ça me cause beaucoup de tourment. Mais ce n’est pas pour ça que je voulais parler de discipline au départ. Je me disperse.

koinkoin-rue_de_l_ancien_courrier-poisson
Photo par Koinkoin (rue de l’Ancien Courrier)

Je voulais vous parler de discipline parce que depuis trois ans environ, j’essaie périodiquement d’apprendre le japonais (d’où les katakana en début d’article, rien n’est là par hasard) et je laisse tout aussi périodiquement tomber. Comme avec le dessin et l’écriture, moins qu’avec la musique même si ça fait bien quatre mois que je n’ai rien enregistré. Comment apprendre le japonais si l’on ne s’immerge pas dans la culture ? C’est impossible. C’est trop étranger pour un·e Français·e, et la langue est indissociable de l’histoire culturelle de l’archipel, il faut donc absolument baigner dans l’histoire, la littérature, les actualités et la pop culture du pays, sans quoi on progresse à pas de kabuto. Mais voilà, je vis en France, et il y a beaucoup d’autres sujets qui me passionnent et qui n’ont absolument aucun rapport avec le Japon. Beaucoup de sujets, d’univers dans lesquels il me faut également m’immerger si je veux m’y sentir comme dans un petit appart cozy, et en tirer quelque profit (non-financier évidemment), qui me sont bien plus facilement accessible. Je sais pas si vous voyez ce que je veux dire, si vous voyez pas tant pis, j’en suis déjà à 700 mots faut que je boucle rapidement parce que je sens que j’atteins bientôt la limite à laquelle vous décrochez. Enfin là, je suis bien décidé, je m’y remets sérieusement, j’avais déjà pas mal progressé et j’aime beaucoup cette langue, je ne veux pas encore une fois être juste médiocre dans ce domaine. Je voudrais pouvoir me baffrer la littérature en version originale, avec en tête des références culturelles qui me permettent de comprendre au mieux l’intention de l’autrice·eur. Je veux pouvoir visiter l’archipel loin des grandes villes et pouvoir converser un tout petit peu avec les habitants. Je veux pouvoir lire les blogs japonais ! Si nombreux, depuis des années, ah les petits bijoux qu’on doit pouvoir trouver quand on s’y connaît un peu… Voilà, m’améliorer dans les domaines dans lesquels je m’y connais déjà un peu, c’est aussi et surtout pour prendre le plaisir qu’on ne prend qu’une fois à l’aise dans ledit domaine. C’est une des raisons principales pour lesquelles il me faut me discipliner un peu et pousser le travail plus loin que d’habitude.

Bon faut que j’abrège. Vous savez que sur ce blog, après avoir écrit chaque article, je me réconforte du fait que je n’ai pas pu raconter tout ce que je voulais en me disant que, postant tous les jours, je finirai forcément par revenir sur le sujet en ajoutant à chaque fois quelques détails nouveaux que j’avais oubliés les fois précédentes, afin que vous puissiez enfin saisir le fond de ma pensée. Si tant est qu’il y en ait un, de fond. Bon faut que j’abrège (bis). Qu’est-ce qui m’a poussé à m’y remettre, au japonais ? Beaucoup de choses en peu de temps, mais surtout Manabé Shima de Florent Chavouet. Connaissez pas ? J’en parlerai quand je l’aurais terminé.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Parce que si je veux m’améliorer vite et ne plus lâcher, il faut que je sois plus constant, moins dispersé. Il faut que je reste attaché un peu mieux à la culture japonaise au quotidien et donc, annonce, à l’avenir ce blog risque de parler de Montpellier, du monde, de moi, et du Japon, pays dans lequel je n’ai jamais foutu les pieds. Ça va être croquignole. Ne vous en faites pas, je vais vous épargner les discussions sur les anime et les manga. Il y a déjà une bonne chiée de blogs sur le sujet, et bien que certaines de ces œuvres valent à mes yeux tous les Van Gogh du monde, ce n’est pas par ce flanc-là que je prévois d’aborder le Japon. Ce n’est pas non plus par leur culture du travail qui est peut-être la chose qui me terrifie le plus en ce bas monde et sur ce si petit bout de terre. Enfin bref, vous avez compris, il est possible qu’on cause un peu Japon ici à l’avenir, même si ce ne sera jamais la thématique principale du blog.

Et Montpellier, alors ? À Montpellier il fait beau. Sortez vous promener au lieux de lire mes bêtises. Et à demain.

#026 – C’est où déjà ?

C’est bien compliqué de vous écrire chaque jour une note de blog susceptible de vous intéresser. Est-ce que c’est aussi compliqué que de prendre chaque jour sa caisse pour aller bosser dans une boutique de souvenirs l’hiver à Palavas ? Non. Oui. Ça dépend de ce qu’on entend par compliqué. Si vous posez des questions bêtes aussi, attendez vous à. Je ne finis pas la phrase parce que tout le monde sait très bien comment elle va se terminer. Je nous économise les clichés langagiers.

Hier un ami me disait que pour prendre le contre-pied des blogs « tendance » à séries « lieux où il faut être » je devrais faire une série « lieux où il ne faut pas être », mais n’ayant pas plus que ça le goût du sacrifice je ne suis pas tellement chaud pour aller me faire chier dans des endroits qui ne me plaisent pas tout ça pour vous amuser.

Où me disait-il ça mon ami ? Au bar de la Panacée. La Panacée c’est dur à trouver. J’y suis souvent allé, je me trompe encore de rue un coup sur deux. Hier je me suis trompé, par exemple. La Panacée, c’est pas chaleureux, mais y a une petite cour sympa. La musique est vraiment nulle, mais au moins elle ne vous empêche pas de vous parler. Les boissons sont chères, mais les bouteilles d’eau et gobelets sont en libre service et bien en évidence pour ceux·elles qui ne veulent pas boire d’alcool. Il y a des œuvres d’art, d’art contemporain (je ne parle pas d’époque, je parle d’art marchand), c’est souvent très mauvais, mais c’est juste à côté, dans la galerie jouxtant le bar et y en a jusque dans les toilettes.

026-koinkoin-panacee-toilettes.JPG
Photo par Koinkoin (toilettes de La Panacée)

Ouh la la, vous vous dites. Galerie, art, toilettes, urinoir… il va nous parler de Marcel Duchamp. Et bien non, je ne vais pas vous en parler. D’une parce que je n’ai aucune idée précise de ce dont je vais vous parler, et de deux parce que je n’y connais rien en arts plastiques. Je sais pas si cette expression est toujours d’usage en dehors des études. Mais attention, ce n’est pas quelque chose dont je suis fier, fier d’être ignorant ce serait quand même quelque chose, non, j’en aurais même plutôt honte si je ne m’étais pas rendu compte avec les années qu’on ne peut pas tout savoir sur tout. Je sais pas mal de choses en ce qui concerne les arts de la musique, de la littérature, de la B.D. et des magazines satiriques des années 60, mais pour ce qui est de la photo, de la peinture, de la sculpture ou des structures (c’est pas ça le mot, non ? des installations ? vous voyez, j’ai même pas le vocabulaire), ben j’y connais rien. Alors c’est pas moi qui vais vous parler de Marcel Duchamp, né à Blainville-Crevon (Seine-Maritime), le et mort à Neuilly-sur-Seine, le , qui est un peintre, plasticien, homme de lettres Français, naturalisé Américain en 1955. Depuis les années 1960, il est considéré par de nombreux historiens de l’art et de critiques comme l’artiste le plus important du XXe siècle. Déjà, André Breton le qualifiait d’« homme le plus intelligent du siècle ». Notamment grâce à son invention des ready-mades, son travail et son attitude artistique continuent d’exercer une influence majeure sur les différents courants de l’art contemporain. Il est vu comme le précurseur et l’annonciateur de certains aspects les plus radicaux de l’évolution de l’art depuis 1945. Les protagonistes de l’art minimal, de l’art conceptuel et de l’art corporel (body art), dans leur inspiration, leur démarche artistique et idéologique, témoignent de l’influence déterminante de l’œuvre de Duchamp. Il aurait également été, d’après les nombreux essais qui lui sont consacrés, l’inspirateur d’autres courants artistiques dont le pop art, le néodadaïsme, l’op art et le cinétisme.

Bon, je vais pas vous copier l’intégralité de l’article Wikipédia, les meilleures blagues sont les. (voir explication plus haut)

Mais il est déjà 08h45, l’heure d’aller faire un tour du côté du marché des Arceaux. Je vais y humer l’ambiance et mater les livres des bouquinistes que je pourrai pas acheter ce mois-ci. À l’esplanade Charles de Gaulle aussi y a des bouquins, mais y a pas de légumes bio de producteurs locaux et puis ils sont jamais installés avant 10h, je n’y passerai donc qu’une fois que j’aurais bien fait le tour des Arceaux.

Sur ce, bon samedi bien gris ! Et qui sait, j’aurai peut-être un truc intéressant dont vous causer demain. Même si rien n’est moins sûr.

Ah mince ! C’est maintenant que j’ai la bonne idée. J’aurais dû vous parler du marché de l’art et du marché des Arceaux ensemble dans une grande métaphore qui vous aurait scotché·e, mélangeant sérialisme et agriculture biologique sans vous laisser vous apercevoir que je n’y connaissais rien ni en l’un ni en l’autre. Dommage.