#152 – C’est bon pour le moral, enfin…

Votre humeur influence-t-elle la musique que vous écoutez ou la musique que vous écoutez influence-t-elle votre humeur ? Oh, ne répondez pas, je n’en ai pas grand chose à faire à la vérité. Je vous posais juste la question pour créer l’occasion de vous dire que chez moi ça marchait dans les deux sens. Ah, qu’ils sont détestables les gens qui vous posent des questions dans le seul but d’y répondre eux-mêmes, hein ? Je suis bien d’accord.

Selon mon humeur, donc, je suis inévitablement attiré par telle ou telle sonorité, telle ou tel artiste. C’est un fait. Il est rare que je ne me réveille pas avec un air en tête qui définira mon humeur des premières heures de la journée. Un air entendu la veille, ou un qui refait surface du tréfonds de l’enfance. Ou de l’adolescence. Qui est sans doute moins un tréfonds du coup. Du moins si l’on imagine que les fonds se superposent les uns aux autres par couches. Théorie qui n’a absolument aucun fondement scientifique. Ah la la, le langage, décidément, on ne peut pas y faire confiance. D’ailleurs, en y regardant de plus près, le tréfonds ne veut pas dire l’endroit le plus profond, mais désigne simplement les profondeurs de quelque chose. Pourquoi ce s obligatoire à tréfonds ? Je n’en sais rien, demandez à un linguiste. Quant à savoir si l’on peut réellement parler d’un tréfonds… Bon, ça suffit comme ça. On peut reprendre ? Reprenons.

Ce qui m’embête le plus, c’est l’influence énorme qu’a la musique que je suis en train d’écouter sur mon humeur du moment. Par exemple, aujourd’hui, j’ai rempli la carte SD de mon téléphone de toute la musique que je pouvais y faire rentrer. Et je peux en faire entrer énormément, mais malheureusement pas tout ce que je possède. Il m’a donc fallu effectuer un tri. Ce qui m’a poussé à ré-écouter quelques extraits d’albums que j’affectionnais par le passé, pour ne pas prendre de la place pour rien. J’ai également voulu y inclure de la musique à découvrir, que je ne connaissais pas. Mais je me suis quand même permis d’effectuer une brève écoute de certains morceaux, au hasard, pour être certain que telle ou telle œuvre me convenait à peu près.

Et ce fut les montagnes russes émotionnelles.

J’ai d’abord fouiné du côté de 山崎ハコ (Yamasaki Hako —si vous avez lu le post sur les noms japonais vous savez donc que Yamasaki c’est le nom de famille, et Hako le prénom, oui sauf que c’est un nom d’artiste, son vrai nom c’est 安田初子 (Yamada [nom] Hatsuko [prénom]), oui sauf que Yamasaki c’est son nom de jeune fille, et démerdez-vous avec ça—), autrice-compositrice folk-blues-jazz-trad (je déteste étiqueter mais je le fais, je suis comme ça, plein de contradictions) qui a débuté sa carrière en 1975 et me fait l’effet d’une Françoise Hardy à ses débuts, a ses avantages : je n’ai pas à me soucier des paroles, car je ne cause pas assez bien japonais pour les comprendre en l’écoutant distraitement, et je peux me concentrer sur sa jolie voix. Et ses inconvénients : c’est dépressif à souhait et à partir des années 80, eh ben… on sent bien les années 80 et les instrumentations au synthé-cheap. Pouvez écouter l’album 飛・び・ま・す pour vous faire votre avis sur la question. Moi, je ne suis toujours pas décidé, c’est un jour j’aime, un jour j’aime pas. Par contre tous les jours ça me déprime profondément, c’est bien pour ça que je ne l’écoute pas tous les jours. Voire, je ne l’écoute quasiment jamais. C’est pour ça que je connais très mal.

Ensuite, j’ai intégré deux albums communs et live, dont je me souvenais mal, de Звонко Богдан (Zvonko Bogdan) et de Јаника Балаж (Janika Balaž [prononcez Yanika Balaj —oui, je sais—]) avec son orchestre de tambura. Ces deux-là sont du nord de la Serbie, de la province de Voïvodine, et leurs petites chansons me donnent envie de boire un verre de vin, allongé au soleil sur une pelouse bien verte, entouré d’amis et les pieds trempant dans le Danube. Écoutez les chansons Već odavno spremam svog mrkova ou Moja mala nema mane pour voir si je rigole.

Ensuite, j’ai bourré la machine de la totalité des œuvres pour clavecin de Jean-Philippe Rameau (Jean-Phil Hmm, non là ça devrait aller) jouées par Scott Ross, ainsi que les œuvres, pour le même instrument de (Joseph-Nicolas-)Pancrace Royer, jouées par Yago Mahùgo. J’ai poudré ma perruque et me suis dessiné une mouche avant de headbanger comme une malade au son des Cyclopes ou du Vertigo. Ces albums, je les connais très bien, mais je ne peux jamais m’empêcher d’écouter ces deux tubes-là quand je les survole du curseur de ma souris.

Pour finir, et puisque j’en étais au headbanging (dans mon texte, dans les faits j’en étais à nouveau à la dépression folk-jazz japonaise de 浅川マキ [Asakawa Maki], mais je n’arrive pas trop à accrocher alors je n’en ai finalement gardé aucun album), je suis allé rejoindre Koinkoin au Broc Café, en face du jardin des plantes *aTCHAAAA* juste après avoir terminé de transférer mes albums préférés de Motörhead sur ce petit téléphone de marque chinoise mais devenu réceptacle des cultures musicales du monde. Pour les curieux, ces albums sont Overkill, Ace of Spades, 1916 et Bastards.

Bref, de la dépression à la douceur de vivre, en passant par l’excitant tic tac des machines à coudre antiques et la fureur libératrice du gros métal qui tache, j’ai subi les influences de toutes ces musiques sur mon moral, et j’ai l’impression d’avoir couru un marathon. Donc, je vais maintenant me reposer en écoutant les voitures qui passent sous ma fenêtre.

#128 – La musique en ligne de mire

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écouté les nouveautés musicales. Jetons donc une oreille à ce qui se fait récemment. Où ça ? Sur itunes ? spotify ? deezer ? youtube ? —Ça vous embête que je ne mette pas de majuscule en début de phrase ? Même si ce ne sont des phrases nominales (disons nominables, plutôt. Une phrase constituée seulement d’une marque, c’est vraiment pas beau) ? Oui, eh ben c’est comme ça. Ce sont des marques qui payent très cher pour conserver leur image de marque. Je ne veux pas mettre de majuscules aux marques, je vous l’ai déjà dit. Mes règles l’emportent sur celles qu’on m’a apprises à l’école— On a du mal à choisir. Quand je vivais en Angleterre, de l’été 2009 à celui de 2010, tout le monde utilisait spotify. Le service n’était pas encore disponible en France. Lorsqu’il le devint, au cours de l’automne 2010, je m’abonnai direct. Non seulement on pouvait écouter un catalogue énorme en ligne, mais on pouvait également écouter tous les morceaux que l’on voulait hors-ligne. C’était le pied. Puis j’ai entendu dire que niveau rémunération pour les artistes, c’était vraiment l’arnaque. Alors j’ai arrêté mon abonnement et je suis passé sur itunes. Sur itunes on achète les albums. Non, c’est pas ça. Sur itunes, on loue les albums. Légèrement en dessous du prix du CD. Et on file du blé à apple. À un moment j’ai décidé ne plus acheter/louer sur itunes que les œuvres d’artistes mortes·s, et pour les autres j’essayais de les leurs acheter en passant par le moins d’intermédiaires possible, et par des plateformes qui leur prélevaient le pourcentage le plus faible sur leurs ventes. Via bandcamp par exemple. Mais lorsque j’ai demandé à l’un des artistes dont je comptais acheter l’album sur quelle plateforme il préférait que je le prenne, il m’a répondu : itunes. Plus on achetait son album sur cette plateforme, plus il avait de visibilité sur celle-ci, et c’est là qu’on trouvait les masses et qu’on risquait de bien vendre. Bon. Je ne suis pas certain qu’il ait jamais été visible entre kanye west et daft punk, mais si ça lui donnait de l’espoir…

Aujourd’hui, je vais juste écouter comme ça vite fait alors disons… deezer. Aïe. Ça me fait penser que non seulement je n’y ai pas d’abonnement, mais qu’en plus j’utilise des bloqueurs de pub. Je n’ai aucun scrupule à utiliser les bloqueurs de pubs d’une manière générale. On ne se paye pas en me pourrissant le crâne de slogans commerciaux sans m’en avertir afin que j’aie le temps de couper le son si je ne veux pas les entendre. Mais peut-être que par honnêteté je devrais tout simplement ne plus utiliser les services qui proposent de se payer comme ça. C’est vrai après tout. Rien ne m’y oblige, même pour écouter comme ça, à utiliser un service commercial sur internet. C’est juste la solution de facilité. Si je veux écouter de la musique avant d’en acheter, je peux très bien me rendre chez le disquaire du coin, et lui dire un peu ce que j’aimerai bien entendre. Il pourra ainsi me faire une petite sélection des nouveautés, et en plus on pourra papoter de tout ça ensemble. Si rien ne me plaît tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Oui. C’est vrai, tiens. Finalement, je n’ai plus envie d’aller écouter de la musique sur l’une de ces grandes plateformes. Désolé, je m’étais un peu avancé. Pas de critique de musique aujourd’hui. Vous n’aurez qu’à me dire ce que vous avez bien aimé dernièrement dans les commentaires, et soit je vous ferai confiance, soit j’oublierai votre conseil dans la seconde qui suit.

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Photo par Gwlad (avenue de Maurin)

Quand j’étais beaucoup plus jeune (treize/dix-huit ans), je pensais qu’il fallait tout télécharger gratuitement. Qu’il fallait faire la baise au majors puisqu’elles se goinfraient sur le dos des artistes qui ne touchaient quasiment rien. J’oubliais deux choses. La première c’est que quand on essaie de vivre de son art, presque rien c’est toujours mieux que rien du tout. Un·e musicien·ne peu connu·e signé·e sur une major a sans doute les moyens de se payer une baguette un jour sur deux au lieu d’un jour sur quatre. La deuxième, c’est que les majors ne s’effondreront jamais. Les gros patrons seront toujours là, les gros actionnaires aussi. Les petites mains, elles, se feront virer, remplacer par des machines. Un baisse de bénéfices de la grosse boîte ne fera qu’accélérer le rythme des licenciements des smicards. Ces licenciements sont inéluctables, c’est le progrès capitaliste, mais pensons aux humain. Qui tient son CDI un an et peut pourvoir à ses propres besoins et à ceux de ses proches s’économise cinq ans d’anti-dépresseurs. De la même manière les artistes les moins connus ou les plus originaux se feront lâcher en premier s’il faut faire de menues économies pour assurer des bénéfices max aux actionnaires, mais les gros produits commerciaux bien marketés, eux, seront toujours là.

Bon, je ne sais plus quoi faire moi. Je suis perdu. Et vous ? Comment contribuez-vous à la misère financière des artistes tout en profitant de leurs œuvres de votre côté ? itunes ? spotify ? deezer ? youtube ? occasion ? torrent ?

#073 – On continue sur la lancée

Il flotte, il flotte encore, il flotte toujours. Parlez-moi de printemps. J’ai fait mon grand ménage pour rien. Y a même un article sur le site de france 3 régions : Montpellier : la pluie plombe le moral, on est vraiment des petites natures. Donnent un chiffre dans l’article : « Depuis le début 2018 il a plu autant dans l’Hérault que sur l’ensemble de l’année dernière… ». Au temps pour moi, c’était pas un chiffre. Font même de la vulgarisation scientifique, ce qui va beaucoup plaire à notre biologiste de Koinkoin. On nous dit : lumière = sérotonine = bonheur. J’ose pas regarder vers Koinkoin, je suis sûr qu’il bougonne. Ah, attendez, ce n’est pas fini : « Ce n’est pas une équation mais un ressenti qui n’épargne aucun cerveau. » Oui. lumière = sérotonine = bonheur, ce n’est pas une équation, c’est un ressenti. Et ben. Effectivement, la pluie, ça mine le moral.

Toujours du Terauchi dans les oreilles, je retourne au Japon, ça vaudra mieux. Hier on avait failli parler de 菊池俊輔, Kikuchi Shunsuke. On va se l’expédier histoire que ça fasse pas comme avec Delfeil de Ton. Ce compositeur, vous le connaissez peut-être sans le savoir. Regardiez-vous le dessin animé Dragon Ball Z ? Alors vous connaissez Kikuchi. Les scènes de batailles, de tension, les fameuses musiques de prologue, celles des OAV également, c’est lui. Avez-vous vu Kill Bill ? Alors vous avez entendu du Kikuchi. Deux ou trois fois.  Ah oui, aujourd’hui, on n’a pas de photo de Koinkoin ou de Gwlad —à Montpellier, quand il pleut, on en profite pour ne pas faire les choses—, alors je me disais que je pourrais éventuellement me permettre de glisser quelques liens vers de la musique sur… su… you… sur… y… argh. Non. tant pis. Je n’arrive pas à m’y résoudre. Ça me fait trop mal au cœur de mettre de la vidéo sur ce blog. Vous chercherez vous-même. Le type a également été compositeur pour Kaji Meiko, une chanteuse et actrice dont certains morceaux servent de bande son au film de Tarentino. 怨み節 et 修羅の花 par exemple. Dans le même film on peut également entendre le générique douverture d’une série composé par Shunsuke Kikuchi.

Bon maintenant il va falloir que je trouve une photo de Montpellier… J’en prends pas tous les deux jours des photos. Enfin, je crois que j’ai trouvé.

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Photo par moi (Peyrou)

Que va-t-on faire ce soir à Montpellier ? Vous je sais pas, moi je vais rester planqué au chaud, j’ai assez traîné sous la flotte ces derniers jours.

#072 – 邦楽

Feldo —il y a un lien qui traîne vers son blog dans la section les potos— qui avait dû lire que j’écoutais Terauchi Takeshi & the Bunnys, en a parlé à un ami à lui qui n’est pas moi, genre tu connais ça ? Réponse de l’ami :

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Il est bon de savoir qu’on s’entoure de gens qui s’entourent de gens de bon goût. Si vous n’avez pas cliqué sur le lien dans l’article où j’en parlais, je vous conseille vraiment d’écouter l’album Seichô Terauchi Bushi.

Takeshi Terauchi, Terauchi Takeshi. Quel est le bon ordre ? Ça dépend. En japonais c’est Terauchi Takeshi, le nom de famille avant le prénom, en français c’était comme ça aussi pendant longtemps. Aujourd’hui c’est égal. En France on ne dispose pas d’une immense bibliothèque de noms de familles et de prénoms japonais en mémoire, par conséquent on ne sait pas bien les distinguer l’un de l’autre. Takeshi on a l’habitude de l’entendre. Mais si je vous parle de Yasushi Ishii. Je ne suis pas sûr que beaucoup d’entre vous sachent dire ce qui est quoi. En kanji, on l’écrit 石井妥師. Donc, Ishii nom, Yasushi prénom. Pourtant même l’adresse de son site est construite sur l’ordre prénom-nom.com. Y a vraiment pas moyen de se décider. C’est donc un peu comme on veut en Français. Plutôt nom prénom en japonais.

Qui est-il, ce Monsieur Ishii d’ailleurs ? Un compositeur de musique. Qu’a-t-il fait pour nous impressionner ? La bande son de Hellsing. Cette bande son en deux albums Raid et Ruins, que j’écoute au moins une fois par mois depuis dix ans. Je crois que je n’ai jamais regardé plus de deux épisodes de la série animée pourtant. Elle est aujourd’hui difficile à trouver en CD cette BO. Là-dedans y a de grosses grasses basses et des pianos géants, des batteries nerveuses, des guitares inspirées, classiques ou électriques, des orgues, des violons, des clavecins, des beats, des bruits, des sons dans le fond, des nappes, des funk, des jazz, des rock, tellement d’ambiances différentes qui se cognent ou se fondent les unes aux autres, des citations à des œuvres connues… Bref, c’est bourré de créativité, c’est toujours efficace et jamais stagnant.

Très longtemps, j’ai été très triste. Je ne trouvais rien d’autre par ce monsieur. Très longtemps, ça veut dire dix ans. Puis je suis tombé sur son blog. Sur lequel il publie, gratuitement téléchargeables, deux morceaux par mois depuis onze ans. Ouais. C’est vraiment dingue. Plus de deux cent-cinquante morceaux gratuits. Dont des versions alternatives de morceaux qui apparaissent dans les bandes originales dont je vous ai parlé plus haut. Il fait dans tous les styles, il mélange tout. Parfois ça marche, parfois moins. En tout cas y a de quoi se faire des albums d’inédits pour moins d’un centime de Franc. Y a de quoi s’en mettre plein les oreilles et faire s’agiter les neurones en rythme pendant des heures et des heures. Merci Ishii Yasushi. どうもありがとう。

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Photo par Gwlad (sous Odysseum)

Quand on parle de compositeurs de bandes sons au Japon, un autre nom vient tout de suite en tête, celui de Shunsuke Kikuchi. Enfin, 菊池俊輔. Mais on en parlera une prochaine fois sinon vous n’allez rien retenir.

Et Montpellier dans tout ça ? Il flotte, il flotte. Le printemps n’est pas là, les arbres ne bourgeonnent pas, les animaux ne baisent pas. Pourquoi vous me parlez de Montpellier ? J’étais de bonne humeur dans mon Japon.

#065 – Le bağlama ne prend pas la poussière, parce qu’il est dans une housse

C’est un peu toujours pareil avec les instruments. On en veut un très fort, on attend plus d’un an avant de pouvoir se le payer, une entrée de gamme à prix ridicule, on en joue beaucoup quelques mois, et puis de moins en moins, pour finir par le délaisser totalement. Remarquez que je dis on pour ne pas dire je, ça me permet de mieux déculpabiliser. Pourtant, le bağlama, c’est vachement chouette. C’est un peu long à accorder. C’est pas vraiment intuitif. Mais ça sonne d’une manière unique. Qu’est-ce que j’ai comme ça qui prend la poussière en ce moment ? Trois fois rien. Une guitare classique, trois électriques dont une basse, un dulcimer, un ukulele, une mandoline, un melodica et un harmonium indien. Un violon. Une bombarde. Un clavier midi… Je crois que j’ai fait le tour. Une flûte traversière. On est bons. Il y en a dont j’ai joué beaucoup et longtemps, en fait. Je m’en rends compte en faisant la liste. Oubliez le c’est un peu toujours pareil. En tout cas… l’harmonium, le melodica, le violon et la flûte… Il ne faudrait pas que le bağlama vienne rejoindre cette longue série.

Décidément, ces derniers temps on parle musique, et un peu tard vous vous dites. Oui, j’ai un poil de mal à gérer mon emploi du temps. Je voudrai vous laisser croire que je suis ce fin stratège qui tente différentes heures de publication des billets en vue d’analyser les tranches horaires qui feront dépasser le million de followers à ce blog, mais la vérité c’est que je gère mon emploi du temps comme une quiche. Pourquoi la musique ? Je n’en sais rien, peut-être parce que je passe mon temps le cul vissé devant mon ordinateur pour sortir quelque chose sur Beethoven, mais que j’ai pas du tout envie de bosser sur Beethoven. Il m’emmerde Beethoven. Pom pom pom pom pooom. Le mec a inventé les premiers jingles publicitaires. Ça et bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla bla baaa blablaa. C’était l’Hymne à la joie. Mais vous aviez reconnu, j’en suis sûr. Cavanna avait écrit : « Beethoven était tellement sourd que toute sa vie, il a cru qu’il faisait de la peinture. » Quelques humoristes avaient déjà piqué de ses phrases sans le citer, celle-ci je crois que c’était Jacques Martin qu’il l’avait dite à la télé. Ça l’avait un peu gonflé, mais bon. Depuis on entend toujours des gens la sortir à droite à gauche. J’imagine une personne née aujourd’hui qui ne tombera jamais sur ce blog mais qui si elle y tombait se demanderait bien qui est Jacques Martin et qui est Cavanna. Et je lui répondrai, et toi, je t’en pose des questions sur ta tante ? Et paf. On a pas que ça à faire d’expliquer qui sont des fantômes à de jeunes gens qui devraient être occupés à imaginer un monde nouveau moins con que celui de leurs parents.

Ça tombe bien, Beethoven, c’est à des personnes d’un âge avancé que je dois l’expliquer. Elles n’ont aucun monde moins con que celui de leurs parents à bâtir, alors on peut prendre le temps de leur raconter des machins sur d’autres vieilles gens. Elles ont entre soixante-dix et cent ans, et elles errent dans des couloirs. Des fois elles n’errent pas, elles sont simplement assises sur des chaises dans des couloirs. Des fois elles sont assises ou elles errent dans leur chambre. Parfois elles sont juste allongées. Vous voyez si on a le temps de leur en raconter des machins. Aucun risque de polluer leurs esprits avec des ancêtres devenus symboles, ils en sont déjà farcis. Le problème ici c’est d’y faire entrer des choses un peu nouvelles. Je ne pense pas pourvoir leur parler de Porky Vagina ou de 6ix9ine avant une bonne quarantaine d’année. Porky Vagina, j’ai découvert il y a quelques semaines en cherchant ce qui se faisait de nouveau dans l’univers du grindcore. Je découvre une sous-genre, le pornocore. Exemple de titre de chanson par le groupe chilien Piggy : Diarregla. C’est bon, c’est fin, ça se mange sans faim. Vagina sont de Pologne, ils se définissent comme étant un groupe qui mélange « disco, rock, folk, metal, pop, techno, synthwave, country ». Je comprends pas les titres en polonais, à part Fekal Disko Party.

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Photo par Koinkoin (rue Jacques Cœur)

Petite vierge sur un fond de ciel bleu, aide-moi à trouver une fin pour cet article. Une qui ferait le lien entre le bağlama, Beethoven, Porky Vagina, Montpellier et moi, d’une façon fluide et tout à fait naturelle, qu’on ait pas l’impression que ce soit forcé…

S’il te plaîîît… Ah. Je crois que ça vient.

En conclusion, nous pouvons dire que je regarde moisir mon bağlama en écoutant Porky Vagina alors que je devrais rédiger cette conférence sur Beethoven, le tout depuis mon appart situé à Montpellier, ville dont j’ignore tout à fait l’actualité du jour.

 

#064 – C’est quoi ça déjà ?

La musique du générique de l’émission Strip Tease, interprétée par la fanfare Combo Belge, s’appelle Batumanbe, et ça tout le monde le sait. Mais saviez-vous que c’est une reprise d’un morceau de l’Orchestre Régional de Ségou ? Je vous laisse aller écouter vous-même.

Saviez-vous que le sample principal du fameux Next Episode de Dr Dre et Snoop Dog, qui commence sur un « La da da da da » et fini sur un « smoke weed everyday », est tiré du morceau The Edge, de David McCallum ? Le mec qui joue Ducky dans NCIS, pour ceux et celles qui ont des colocataires qui regardent la télé. En fait vous le saviez peut-être, car ça commence à se savoir, mais peut-être que non, et peut-être que vous vous en fichez aussi.

Bubamara d’Émir Kusturica et le No Smoking Orchestra me fait étrangement penser à Moja mala nema mane de Zvonko Bogdan. Ça vous ne pouviez pas le savoir, que ça m’y faisait étrangement penser, vous voyez que je peux vous surprendre.

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Photo par Koinkoin (lieu inconnu)

On remarquera sur cette photo que Willy Wonka semble s’être installé à Montpellier. Mais je me suis promis de ne plus reparler de doigts d’enfants en chocolat. Profitez du magnifique ciel que nous avons depuis quelques jours.

Dans Mr. Blue Sky de Electric Light Orchestra, on peut entendre quelques notes du Gloria de la Messe en si mineur de Bach. Lily Allen a repris ce morceau. On entend donc la Messe en si mineur de Bach dans un morceau de Lily Allen.

Scott Ross a enregistré Das Wohltemperierte Klavier de Bach, les livres de pièces de clavecin de Rameau, et les 555 sonates de Scarlatti. Cela il l’a fait à Assas entre autre, donc tout près de Montpellier. Et il se trouve que pour le festival RadioFrance Occitanie 2018, trente clavecinistes joueront, à l’occasion de trente-cinq concerts dans la région Montpelliéraine, les 555 sonates de Scarlatti.

Il faut que j’écrive d’ici quatre jours une conférence sur Beethoven, dont je ne sais à peu près rien. J’ai fini ma tournée de conférences sur Bach, dont je savais plus que je n’avais le temps d’en dire. Ça m’angoisse un peu. Surtout qu’au lieu d’écouter du Beethoven et de me plonger dans sa biographie, j’écoute du 寺内タケシ. En boucle.

寺内タケシ, ou Takeshi Terauchi en rōmaji, c’est un homme qui fait de la surf music au Japon depuis 1962. Un jour, des amis·es qui participaient à une game jam —un évènement où l’on s’enferme pendant un week-end ou plus pour fabriquer des jeux vidéo en équipes improvisées ou pas et suivant des contraintes de thème, de genre, de type— m’ont appelé pour que je leur concocte en urgence une bande son qui devait mélanger surf music et musique japonaise, car il n’y avait pas assez de compositeurs sur place. J’ai donc dû, en quatre heures, faire une connexion qui ne s’était jamais établie d’elle-même entre deux façons de faire de la musique, puis composer, enregistrer et presque-mixer le tout. Je trouvais à l’époque qu’avec tant de contraintes et si peu de temps, je ne m’en étais pas si mal tiré. Mais la vérité c’est que je n’aurais jamais osé faire ça..:

…si j’avais eu la chance de découvrir Terauchi un peu plus tôt, par cet album, avec son groupe The Bunnys.

#051 – Jamception

Hier, c’était soirée jam session, et scène ouverte, et re-jam session. Pas forcément dans cet ordre. Vous avez du temps devant vous ? Allez, tirez-vous une bûche, je vous explique.

Scène ouverte d’abord, à la Petite Scène. Je venais de me faire Manuel (Il Figglio) au Diagonal —très bon film. Un chouia déprimant. Je dis un chouia pour pas vous décourager d’y aller. Rythme lent, belle image, réaliste. Allez-y, allez-y pas, j’ai rien à vendre. Moi j’ai aimé. Toujours est-il qu’en sortant de là j’avais pas les yeux qui criaient l’amour de la vie (je sais bien que ça ne veut rien dire)—, j’avais besoin d’un petit remontant. Direction, donc, le bar dont je vous ai causé trois lignes plus haut. Relisez lentement en vous aidant du doigt si vous avez du mal à suivre. Arrivé là, je commande le sempiternel jus de tomate et je m’installe avec mon bloc note à la seule table de libre près de la scène. Ça commence.

Le premier des trois musiciens inscrits ce soir-là, c’est Ravi Johanis. Il vient d’Allemagne et m’expliquera plus tard qu’il a déjà fait un séjour à Montpellier dont il garde un bon souvenir, notamment grâce aux jam sessions sauvages alors spontanément organisées sur le parvis de l’église Saint Roch. C’était le bon temps.

Il saute en scène seul avec sa gratte électrique. Surprise. Le petit malin avait préparé une backing track pour l’accompagner. Très minimaliste mais pile ce qu’il fallait : basse et batterie légère : grosse caisse, caisse claire cross-stick, quelques cymbales. Premier morceau. Le son de gratte est superbe. Beau clean, avec du gain juste ce qu’il faut. Il a du feeling, de jolis licks. Y a de la rondeur et de la tension. Le morceau parle de you’re beautiful si je me souviens bien. Le second de need to see my love again, le troisième j’ai pas fait gaffe aux paroles, j’ai été beaucoup plus entraîné par la musique. Le style reste le même au cours des trois morceaux, mais c’est de plus en plus rythmé, ça gagne en complexité.

Quel style ? Hmm. Vous savez, quand je parle de musiciens, j’aime pas les comparer à d’autres, et j’aime pas les étiqueter genristiquement parlant. Je préfère décrire. Oui, mais voilà, je suis pas expert dans toutes les techniques et j’ai une culture musicale limitée, alors je vais dire ce que ça m’évoquait comme genre, car je n’ai pas peur de me contredire : blues moderne teinté de soul avec un arrière goût rootsy. Ou bien soul minimaliste saupoudrée d’un zeste de roots mais très bluesy. Ou encore quelques rythmiques un peu roots, un feeling général blues, mais pas oldscool , le tout un peu souly. Et démerdez-vous avec ça.

Quel ressenti général ? De très beaux morceaux, de jolies ambiances qui évoquent douceur et tranquillité, tout en faisant bien hocher la tête. Parfait pour un premier jour de printemps, et pour l’été qui suivra. On se demande pourquoi les morceaux durent pas plus longtemps, ils sont vraiment très courts, parce qu’une fois dedans on y est bien, on a envie d’y rester. J’ai pas parlé de la voix. Car Johanis chante également. C’est peut-être la partie qui mérite encore un peu de travail, les idées sont là, l’intention aussi, mais ça manquerait un tout petit peu de maîtrise. Après vous savez comment c’est, premier sur scène, à froid, un soir où personne ne vous attend vous particulièrement, il y a de quoi avoir les cordes vocales frileuses, d’autant qu’il faisait vraiment pas chaud, ça n’aide pas.

Vous n’avez pas le début du bout de la pointe de l’extrémité d’une idée de ce que tout ça peut bien donner en lisant mes baragouineries, pas vrai ? Alors, d’une, vous aviez qu’à y être, et de deux, vous pouvez allez l’écouter sur son soundcloud.

Johanis m’a dit qu’il comptait bien tourner plus souvent dans le coin, je n’ai pas eu la jugeote de lui demander s’il restait longtemps en ville, lui en tout cas a eu la gentillesse de m’offrir l’une de ses démo. Merci beaucoup, c’est super sympa. Sympa, d’ailleurs, le mec l’est très. Si, c’est français comme phrase. Il a pris le temps de saluer tout le monde, d’annoncer tous les musiciens qui allaient suivre, et de remercier encore une fois tout le monde. Donc, Ravi, Johanis, de t’avoir rencontré. Si je l’avais pas faite vous auriez été déçus·es, mentez pas, je le sais.

En parlant des musiciens suivants. En seconde partie, c’était Anthony. Ánthos. Flos Waldhari. Non ils sont pas trois, c’est juste pas facile de se décider sur un pseudo, et on le comprend. Z’avez qu’à relire mes premiers articles, vous comprendrez. Quels que soient ses noms, propres ou de collectif, son set m’a vraiment surpris.

Le mec se hisse sur la scène, guitare électro-acoustique cordes nylons en main. Devant lui une pédale à boucles et une pédale de reverb. Un micro aussi. Il commence, l’air de rien, par nous sortir une rangée de croches sur une seule note. Bon. La boucle part. Il entame une nouvelle série de notes identiques sur le même rythme qui ne paie pas de mine. Mais ça commence à harmoniser. Les boucles ne se remplacent pas les unes les autres, elles s’empilent. Une troisième. Une quatrième. Toujours l’harmonie s’enrichit. Toujours sur le même rythme quelques montées d’une gamme mineure harmonique maintenant. Bon, si ça s’arrêtait là, mais ça continue. Jusqu’à combien ? J’ai perdu le comte. Mieux encore, au milieu de tout ça il bidouille sa pédale, rajoute un delay qui décale toutes ces croches faites à un doigt sur une corde et jusque là synchronisées, ce qui, magie, crée un rythme flamenco hyper riche harmoniquement. La tension monte, l’ambiance gonfle et gonfle à mesure qu’il rajoute des couches jusqu’à ce que…

Patatras. Jusqu’à ce que tout foute le camp. Manque de bol, setup de scène ouverte plus accumulation de pistes avec delay oblige, son aigrelet de l’electro-nylonée aggrave, un larsen chopé à chaque passage, présent dans chaque boucle, commence à couvrir le morceau. C’était tolérable jusque ici, mais là, obligé de couper le son.

Pas grave on recommence. L’ambiance flamenco-western, donnant un tout assez baroque au final, reprend. Sans larsen cette fois. Là c’est le coup de grâce. Anthony-Ánthos-Flos-Waldhari-De-La-Vega-Morricone ajoute les voix. Encore des loops, une voix, deux, trois, quatre, je sais plus combien, du grave au super aigu. La vache, un vrai chœur à lui tout seul. Ça claque. Je vous ai dit que j’aimais le baroque ? Ben voilà, on est en plein dedans. Y a du Cant de la Sibil·la là-dedans, un air de tempête avant la fin du monde. Le morceau s’appelle La Tormenta, d’ailleurs. Tout à fait adéquat.

Bon ça finit un peu brouillon pour la même raison que précédemment, voix sur voix se superposant, un peu du boucan ambiant est repiqué par le micro et s’amplifie à chaque boucle. Ça oblige à baisser le son encore une fois, dommage parce qu’on sent bien que c’est supposé enfler et enfler encore sans jamais s’arrêter jusqu’à devenir une énorme masse d’harmonies et de rythmes apocalyptiques. Bref J’ai hâte de revoir ça avec une meilleure sonorisation.

Le second morceau, une valse, dix minutes. On sent que c’est de la chanson à texte, mais en anglais, j’entends pas bien les paroles. Dommage. L’ambiance est toujours super cool. On découvre encore mieux la voix d’Ánthos, et c’est bon ! Je dirais que ce qui fait l’originalité de sa musique ce soir-là, c’est sa façon de se servir des boucles et du delay pour créer des rythmes complexes —des trilles au delay !—, créer des textures riches, parfois à la limite des nappes de synthèse granulaire, et sa voix. Ses voix. Quand il s’y met. Heureusement il s’y met plus souvent qu’il ne s’y met pas. Et puis rappelez-vous, scène ouverte, à froid, enfin z’avez pigé. Le mec à la sono lui dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Anthony, encore un gars sympa, accepte.

Vous ne voyez toujours pas ce que je veux peindre comme tableau avec mes tournures alambiquées qui font pas honneur à ? Voilà son soundcloud. Je sais pas s’il y a ce que j’ai entendu hier, j’ai pas encore eu le temps d’écouter. En tout cas si vous entendez dire qu’il passe dans le coin, allez-y voir, je suis sûr que ce sera intéressant.

Normalement, c’est à peu près à ce nombre de mots que vous arrêtez de lire les articles. Ne niez pas, j’ai mes sources. Mais aujourd’hui, vous allez me faire le plaisir de faire un effort. On doit en être à un peu plus de la moitié, et il me reste encore de beaux moments musicaux et humains à raconter. Allez, entracte photo du jour, comme d’habitude, c’est Gwlad qui régale.

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Photo par Gwlad (avenue des États du Languedoc)

Vous êtes délassées·s ? On reprend.

Le troisième musicien à monter sur scène, c’est deux musiciens. L’un dont j’ignore totalement le nom, et le deuxième, je vous dis pas tout de suite, je fais durer le suspense. Le premier a une guitare electro-acoustique dans les mains, il en joue, chantonne, rapotte. Je ne sais pas s’il reprend des paroles de chansons existantes sur des accords à lui, ou si c’est écrit de son stylo bic. Toujours est-il que je préfère quand il chantonne, quand il rapotte ça fait laïus égotique virilo-macho_montre-muscle et fier de ses défauts. Encore une fois, c’est peut-être des reprises, mais si tu viens me chanter des discours de Sarkozy dans les oreilles, t’attends pas à ce que je vienne te dire que t’as une jolie voix. Bref, je préfère quand il chantonne en anglais. Je fais un effort quand même, purement musicalement, on voit que le mec est à l’aise avec sa gratte, y a de la nuance dans son jeu malgré les accords joués en boucle, et la scansion est bonne.

Le deuxième du duo, dont je garde le nom secret pour l’instant, essaie de trouver sa place au départ, il tente des hum hum discrets, et puis d’un coup d’un seul, dès que l’espace est enfin disponible, putain, ce qu’il envoie ! Voix profonde, sculptée, qui fait des pirouettes avec une aisance assez dingue, voix expérimentée qui joue sur les timbres et les textures. Ça dure pas longtemps, mais j’y entends du Nina Simone, du jazz lyrique. J’avais dit pas de comparaison à des genres ou des artistes hein ? Me renier, c’est ma passion. Enfin, tout ça ne dure que quelques secondes. Mais voilà les secondes…

Deuxième morceau, cette fois ce qu’il envoie c’est une impro proche du scat aux accents reggae, toujours avec cette voix, profonde et chaude, non je parle pas du vagin de maman, je sais que vous avez la nostalgie de mais restez concentrés·es s’il vous plaît. Bref, en quelques secondes à chaque fois, on a le temps de sentir que le mec cache une musicalité énorme.

Le mec à la sono leur dit que maintenant faut laisser sa place, y en a d’autres qu’attendent. Qui ça d’autres ? Ils étaient trois musiciens inscrits pour la scène ouverte, enfin quatre, puisqu’il y avait un duo. Le mec leur dit que les musiciens pour la jam session sont impatients de monter sur scène. Ah, c’est eux. Et oui, jam session dans une soirée scène ouverte. Daitman —voilà, c’est lâché, c’est son nom au super chanteur, Daitman Paweto. Connaissez pas ? Ben vous feriez mieux de le retenir et d’aller voir ce qu’il fait dès que vous en avez l’occasion, ce mec va devenir célèbre, et ce sera mérité—, demande s’il peut quand même faire une chanson avec une guitare avant de descendre, il a quasiment pas eu le temps de chanter en fait. Le mec-anguille lui répond pas franchement, d’un air de descends maintenant mais je te le dis pas les yeux dans les yeux, d’un air de les amateurs ont assez joué place aux pros, d’un air de la scène ouverte c’est terminé les minus, z’avez assez joué, maintenant c’est les jazzmen de cinquante balais qui jouent, les musicos respectables, faites place, comprenez, la clientèle tout ça, vont pas s’alcooliser longtemps si on leur met pas du jazz à papa dans les pattes. Franchement à ce moment-là j’étais sur le cul. Daitman résiste, même quand le pianiste sosie d’Alain Chamfort, orgueilleux au possible, monte sur scène en lui lançant « je suis pas payé pour accompagner les mecs qui viennent chanter leurs chansons ». Rien à foutre, Daitman le regarde du genre je t’ai rien demandé. Il est malmené, mais pas grave. Il leur dit que cette scène est faite pour être partagée, ouverte, jam session, non ? On aurait compris de travers ? Il demande un capodastre, les mecs l’envoient bouler du genre démerde-toi on veut pas de toi ici avec ta chanson, ta putain de seule petite chanson que tu veux chanter que ça prendra trois minutes mais c’est trois de trop pour nous. Heureusement, Ánthos est là, près de la scène, il en a un de capodastre, il le lui prête. Johanis remonte aussi sur l’estrade et prend la basse. Merci !! Le groupe improvisé joue, et il envoie, le Daitman. C’était bon. Au bout de deux chansons à accompagner les autres, il redescend de scène.

Je lui touche deux mots de ce qui vient de se passer, il trouve ça bête, mais il en fait pas une affaire, il a pu jouer, c’est tout ce qui a l’air de compter. Il me dit qu’il se tire à la Pleine Lune, en fait il est censé y être depuis une heure et demie, il était juste parti en ville pour acheter des clopes et s’est retrouvé embringué là. Je décide de le suivre. À la Pleine Lune, c’est aussi jam session, mais on verra que c’est un autre genre. Allez, c’est l’article le plus long que j’ai écrit jusqu’à aujourd’hui, mais je suis sûr que vous avez encore le courage d’en lire un peu plus, on y va.

Sur le chemin, Daitman m’explique qu’il a trente ans, qu’il a commencé à monter sur scène à treize, qu’il a fait du rap, du reggae, du jazz, que maintenant il a trouvé son truc, son mélange, son effet à produire sur le public. Il m’explique sa vision de la musique, du groupe. Le mec a dix-sept ans d’artisanat zikal dans les jambes, il commence à savoir ce qu’il veut. Il avait ouvert un bar musical, mais des histoires familiales ont fait que. Aujourd’hui, il repart sur un nouveau projet. Il a remonté un groupe autour de lui. D’ailleurs, avant la Petite Scène, ils ont fait leur première répet en vue d’une série de concerts pour jouer l’album enregistré au Studio Vox et en cours de mixage. Ce que j’avais pressenti se confirme, il fait pas semblant Paweto Daitman.

On arrive à la Pleine Lune, c’est soirée Jam Session World Music, j’aime pas ce terme, World Music, ça sent la FNAC et le rayon CD du Super U. Sur scène, c’est aussi bondé que sur la piste de danse quand on déboule. Je saurais plus dire avec précision combien de musiciennes·s étaient présentes·s, mais comme ça je revois à notre arrivée : une clarinette, un sax, une trompette, un batteur, un violon, une basse, deux guitares, un clavier, une voix qui chante dans une langue arabe que je serais bien incapable de reconnaître. Y a une pêche d’enfer, les gens sont excités, ça danse, ça picole, ça se marre, ça dragouille, ça saute sur place. Et tous ceux qui veulent monter sur scène le peuvent. Même les gros relous bourrés. Ça, ça plaît pas trop à Ella.

Car oui, j’oubliais, sur place Daitman me présente des amies·s musiciennes·s à lui, Édouard que je n’ai pas vu jouer et dont j’ignore l’instrument de prédilection, Timothée le guitariste, et Ella la chanteuse. Tout ce petit monde est fort sympathique. Sont venus·es là pour la musique, pas se la coller. Chacun·e montera sur scène à un moment ou un autre. La musique, d’ailleurs, est un mélange hallucinant de toutes les sonorités possibles et pas imaginables, dans des combinaisons riches, surprenantes, et éphémères. La zik est improvisée à jusque douze musiciens·nes et chanteurs·ses, des morceaux qu’il fallait entendre sur le moment, car c’était la première et la dernière fois qu’on les jouerait dans l’histoire de l’univers.

Au niveau des voix : on a eu Ella qui à envoyé ses good vibes, d’une voix posée, calme, légèrement voilée, qui peut s’emballer d’un coup et partir dans les astres avec une apparente facilité. Apparente seulement, elle me le confirmera plus tard. On a eu Daitman, évidemment, toujours aussi bon. On a eu deux filles, toutes les deux dans une style soul-jazz, et dont j’ignore les noms. On a eu un rappeur, apparemment très souvent à l’ODB, grand, cheveux mi-longs attachés, le genre qui met l’ambiance, avec des textes qui appellent à l’empathie, comme son t-shirt, et une gueule qui appelle à être son pote. On a eu aussi un mec qui envoyait le salsifis, rap-reggae, textes humanistes, engagés.

Vous savez quoi ? Je vais arrêter là. Je suis sûr que vous n’en avez même pas lu la moitié, et je suis claqué. En tout cas, mon programme des mardis quand j’aurais rien prévu de particulier me semble maintenant tout trouvé. Petite Scène jusqu’à la fin de la partie scène ouverte pour voir les artistes de près et pouvoir échanger un peu ensuite, puis Pleine Lune pour finir dans une ambiance ouf.

Allez, la bise. Promis demain ce sera plus court.