#171 – On espace les prises, on diminue les doses

D’un rythme de parution quotidien, il semblerait que nous soyons passé à de l’hebdomadaire sans nous en rendre compte. Ce n’est pas plus mal. Combien de temps est-ce que ça va tenir comme ça ? Je ne saurai pas le dire, mais ça me plaît bien. Ça me laisse du temps pour organiser le grand départ. Et puis, après cet article, il ne me restera plus que quatre photographies de Gwlad à publier, tout comme il ne restera plus que quatre mercredis au mois d’août. Tout cela me semble trop parfaitement se goupiller pour ne pas me caler là dessus. Bon passons à la suite.

Quoi de beau à Montpellier ? Devinez. Le soleil qui veut notre peau. Partout. Nous laisse pas sortir dehors la crevure. Et que fait la mairie ? J’en sais rien. Je n’y connais personne. Si vous avez leur numéro appelez-les pour vous plaindre à ma place. Je suis certain qu’ils rejetteront la faute sur les gens de la météo, qui rejetteront la faute sur les gars qui s’occupent de polluer la planète et réchauffer le climat. La mairie, on sait qui c’est, ceux de la météo aussi, on les voit dire « il fera encore tout pourri sur le Cotentin, sans surprise » chaque jour à la télé, pour celles et ceux qui n’ont pas encore balancé leur poste par la fenêtre comme il se doit, mais les gars de la pollution ? Qui c’est ? Ben c’est vous. C’est moi. C’est nous. Alors allez-y mollo, avec les bagnoles, les déchets, la surconsommation, la climatisation, les ordinateurs, les fermes de serveurs, la télé, tiens… et j’en oublie. Moi, je crève de chaud dans mon appartement, c’est un peu de notre faute, alors si on ne le fait pas pour nous, faisons-le pour moi. Hein ? Et nos enfants ? Faudrait le faire pour nos enfants ? Oh la la, j’ai pas pensé à nos enfants, quel égoïste je fais ! Ben si nos enfants nous ressemblent, j’aime autant qu’ils aillent voir du côté de la de moins en moins grande barrière de corail si j’y suis. J’y serai pas. Non, en fait, qu’ils aillent pas voir là-bas. Quand je pense à ces pignoufs qui prennent l’avion, leur tuba et leurs palmes pour aller admirer l’ouvrage organique avant qu’il n’y ait plus rien… Feraient mieux de rester chez eux le cul bien au frais sur leur carrelage. C’est de ça qu’elle crève la grande barrière de corail, de leurs avions, de leurs tubas et de leurs palmes. Si tu l’aimes, va pas la voir. Contente-toi de savoir qu’elle existe. Ouais, mais faut avoir vu ça avant de mourir, tu comprends ? Non, je comprends pas. Et va te faire foutre. Pardon. Je m’énerve en pensant à des trucs énervant. C’est la chaleur. Où on en était ?

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Photo par Gwlad (rue du Pont de Lavérune)

Ah oui, Montpellier, la mairie… Comment est-ce possible que dans cette ville on n’ait jamais pensé à planter plus d’arbres ? La plupart des rues et des places se retrouvent en plein cagnard entre 10 et 17h. Pas un espace vert, pas une petite zone fraîche. Du soleil qui cogne et de la caillasse et de la poussière. C’est tout ce qu’on a. Les bâtiments tout blancs qu’on trouve si beaux toute l’année ne sont en cette saison que d’immenses réflecteurs qui vous concentrent et vous balancent les rayons du soleil en plein dans la tronche. C’est un coup monté des ophtalmos, toute cette brillance. Merde alors, je me rends compte que quand les causes de nos souffrances sont naturelles, on sait plus qui accuser, c’est encore plus rageant. Bon, ben comme je sais plus sur qui gueuler, je m’arrête là. À mercredi prochain. J’espère qu’il pleuvra, je serai peut-être de meilleure humeur.

#170 – Le futur, que nous réserve-t-il ?

Et non. Je n’ai pas été mordu par une veuve noire. J’ai juste pris quelques jours de vacances. Les choses se bousculent un peu, mais se débloquent aussi. Passons sur le week-end et le début de semaine, et faisons le point sur la suite des évènements.

Lille ou Lyon ? Pour la suite ? Comment ça, vous n’avez pas suivi le feuilleton ? Et bien, Montpellier, c’est fini dans quelques semaines. Seulement, avec mon amie, nous ne savions pas encore où nous allions emménager. Ben ça y est, nous savons. Ce sera à Lyon. Définitivement. Je dis définitivement… ça veut dire que c’est fini les rebondissements et qu’au premier septembre nous occuperons bien le petit appartement que nous avons déjà commencé à louer. Ça ne veut par contre absolument pas dire que nous comptons y rester jusqu’à notre mort. J’ai déjà du mal à me projeter à quelques mois d’aujourd’hui, alors à une vingtaine d’années, vous imaginez bien…

Bon, et Montpelliérien.com, alors, c’est fini ? Ben oui. Pas là maintenant tout de suite, mais dans pas longtemps. Et d’ici là, je pense que le rythme quotidien va souffrir du déménagement, d’autant qu’il est fort possible que je n’arrive pas à ouvrir une ligne internet tout de suite à Lyon. Comment ça, quelle importance que j’aie internet à Lyon puisque Montpelliérien va s’arrêter ? Mais, vous ne pensiez quand même pas que j’allais arrêter de me torturer à écrire des petites notes insipides ou presque bonnes, selon les jours, simplement parce que j’allais déménager ? Lyonniais.com est déjà prêt. Il ne reste plus qu’à le remplir. C’est pour bientôt. Allez y faire un tour, serez pas dépaysés·es.

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Photo par Gwlas (rue du Pont de Lavérune)

Que va donc devenir Montpelliérien.com ? Ben, il va rester là. Jusqu’à ce que le grand réseau mondial qu’est l’internet s’arrête un beau jour. Il restera sans pub un petit moment. Jusqu’à ce que je n’aie plus les moyens de payer la facture de wordpress de 50€ par an pour que vous ne soyez pas solicités·es par les vendeurs et vendeuses (qui riment avec emmerdeurs et emmerdeuses) du web. Après, ben, il y aura sans doute quelques réclames qui viendront s’afficher ici ou là et pourrir mon beau petit site tout propre. À moins que d’ici ce jour maudit je ne trouve une solution pour héberger moi-même le site sur un serveur perso, mais là, comment dire… je voudrais pas galvauder (comme disent les académiciens) le mot utopique, mais tout de même, ce serait utopique.

Et dans les prochains jours ? Comme je vous le disais, maintenant qu’on sait où on va atterrir, le déménagement va s’accélérer, je risque de ne plus pouvoir tenir le rythme quotidien, et, quelque part, ça me va. Ces derniers temps, comme vous l’avez sans doute remarqué, je n’ai clairement pas assez de temps ni d’énergie pour lire, profiter des évènements de la ville, ou œuvrer dans quelque domaine que ce soit afin de 1) me faire plaisir, et 2) nourrir mon écrivation chaque jour. Je n’ai pas l’espace de caboche disponible nécessaire à écrire en y prenant plaisir, parce que trop occupé, parce que préoccupé. Mais, point positif, ce n’est pas à cause de tf1 et c’est déjà ça, n’en déplaise à Patrick Le Lay. Consolons-nous comme on peut.

Voilà, aujourd’hui c’était une sorte de post informatifiant et, oserai-je dire, pré-bilanesque avant fermeture définitive. Pour résumer, vous savez maintenant que je vais à Lyon, que Montpelliérien.com s’arrêtera très bientôt mais restera en ligne, que le rythme quotidien ne sera sans doute plus respecté d’ici là, et que la suite se passera sur Lyonniais.com. Je me demande bien pourquoi j’ai écrit tout ça alors qu’au final en une phrase c’était torché. Je suis décidément un bien piètre écriveur.

#169 – Vedi Majula e poi muori

Aujourd’hui, je pars en week-end. Jusqu’à lundi. Près du Lac du Salagou, dans la maison de mes amis. Celle dont je vous avais déjà causé. Mais si, je vous en avais causé. La baraque dans la campagne de tous les dangers. Vous vous rappelez pas ? J’ai une mauvaise mémoire, mais alors vous… C’était il y a même pas cent jours ! Je le sais parce que c’était l’article #097. Ah, vous voyez. Pouvez pas nier. Tout est écrit, tout est archivé. Essayez pas de m’avoir.

Bon, enfin tout ça pour vous dire que j’y vais et que je n’ai pas beaucoup de temps pour rédiger ma note de blog. En ce départ précipité, les questions ne manquent pas de bousculer à l’intérieur de mon petit crâne. Je les entends heurter les parois. Comme c’est un peu vide là-dedans ça résonne bien. Des questions essentielles. Est-ce que j’ai bien pris mon chargeur ? Est-ce que j’ai bien pris ma brosse à dent ? Est-ce que je passe acheter des anti-histaminiques ? Aurai-je assez de tabac jusqu’à lundi ? Je n’ai plus de t-shirt propre, est-ce que je prends celui à manches longues alors qu’il va faire 30°C à l’ombre ou est-ce que je vais garder le même deux jours d’affilée et sentir le hareng pendant le trajet retour en bus ? Devrais-je plutôt augmenter mes stats en vitalité ou en adaptabilité ?

Ah oui, j’ai continué à jouer à Dark Souls II. Je ne peux pas vous le cacher. Même si j’ai un peu l’impression de perdre mon temps en jouant aux jeux vidéo, je n’arrive pas à décrocher. Dernièrement, j’ai ce souci vis-à-vis de tous les « divertissements », l’impression de perdre mon temps, de ne pas faire ce que je devrais être en train de faire. Même composer de la musique me paraît futile. Je ressens comme une sensation d’urgence, je me sens exister dans un monde où l’esprit d’entraide se meurt à grande vitesse, j’ai la sensation qu’il y a de trop de gens dans la merde tout autour pour rester chez soi devant un écran pendant des heures sans se bouger le cul pour aider dès qu’on peut. Évidemment, lire quelques paragraphes d’un bouquin, se bercer de quatre accords, mater quelques minutes d’un programme quelconque par ci par là, ça va, mais dès que ça commence à prendre des heures de temps, là, ça bloque. Je m’imagine des situations. Je pense à mes amis·es qui crèvent la gueule ouverte de misère, ou persécutés·es, pendant qu’une bande de consommatrices·eurs chevronnées·s, à quelques dizaines de mètres de là, matent leurs séries américaines en boucle en twittant comme c’est joli au lieu de leur porter assistance. Ça me fout la haine. Je pense ensuite à tous ceux et toutes celles qui sont vraiment dans des situations de merde et qui se demandent si quelqu’un va bien finir par venir les aider un jour, et à nous-moi-tous, culs vissés sur nos sièges, à triturer la manette, à passer des heures pour créer une mélodie dont tout le monde se fout, à se noyer dans les lectures, dans les heures d’images filmées qui nous aident certainement, c’est vrai, à mieux envisager l’autre, à devenir moins cons, mais qui dans l’excès nous prennent également tout le temps et la volonté nécessaires à faire quoi que ce soit de cette sensibilité qu’elles nous ont permise d’acquérir.

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Photo par Gwlad (impasse Louis Armstrong)

Enfin, comme j’essayais de vous le dire avant d’être emporté par le tourbillon du désespoir, ça ne m’a pas empêché de passer trois heures à déglinguer du mort-vivant hier, et à recommencer ce matin dès le lever. Je ne nie pas les contradictions qui m’habitent, celles-là aussi font du boucan sous ma calotte crânienne. Je mets cette pâle addiction sur le compte de cette période de transition pour moi. Je me suis retiré des associations Montpelliériennes en vue du déménagement, maintenant je ne fais qu’attendre. Et l’attente sans action possible, c’est étouffant. Mais la vérité, c’est que Dark Souls II est sans doute le jeu qui me plaît le plus de ces dix dernières années, simplement parce qu’il est très bon, très frustrant, très jouissif quand on réussit à avancer. Et je me pose une question, avant de partir à la campagne : après avoir été tué puis ressuscité une bonne trentaine de fois autour de ce feu de camp dont le combustible semble être composé d’ossements humains, après avoir combattu les hordes infernales qui infestent Drangleic avec l’acharnement et le coup d’épée d’un véritable héros, débarrassant ainsi le monde des forces des ténèbres, après avoir mis sa petite branlée à un chevalier de Heide en un clin d’œil et sans comprendre pourquoi tout le monde en était si terrifié, vais-je réellement mourir ce week-end, mordu par une minuscule veuve noire, non sans avoir au préalable poussé un cri aigu de petite fille ? Si je ne poste plus du week-end, il sera toujours temps de vous inquiéter. Ou alors ce sera simplement que je n’ai pas trouvé de wifi.

#168 – Au plaisir des feignant·e·s qui regardent que les images

Savez-vous ce que j’ai reçu dans ma boîte aux lettres électronique aujourd’hui ? Des photos ! Mais oui ! De la part de Gwlad. Elle ne nous a pas oubliés·es. Ce qui m’embête un peu, c’est que je me sentais à l’aise de ne rien poster de bien intéressant tant que je n’avais pas de photo. Pas l’impression de gâcher le travail de l’artiste quoi. Alors que, maintenant, je vais devoir me forcer à atteindre un certain niveau. Non, ne vous excitez pas. En vérité ce sera toujours aussi médiocre. Je me contenterai simplement d’avoir plus mauvaise conscience qu’à l’accoutumée au moment de cliquer sur « Publier ».

Comme vous avez pu le lire ces derniers jours —ou pas, si vous êtes nouvelle·eau lectrice·eur, et dans ce cas-là je vous souhaite la bienvenue—, ma vie n’est pas passionnante ces temps-ci, et je ne fais rien pour me la rendre plus agitée. J’ai besoin du calme du rangement avant la tempête du déménagement. Et quand bien même il se passe un évènement marquant pour moi, soit j’estime que ça n’a pas sa place sur le blog, soit je n’ai pas le temps, ou l’énergie, de vous en faire la description. Encore moins en y rajoutant la petite dose d’humour qui me paraît nécessaire à toute autobiographie pour la rendre comestible. C’est qu’à l’heure où je vous parle, on ne sait toujours pas dans quelle ville mon amie et moi allons vivre dans quarante jours. L’humour, noyé dans le stress, ça se perd facilement.

Enfin, ce blog n’est pas sensé parler de Montpellier —pour les nouveaux·elles ça peut sembler étrange, mais c’est comme ça (disons que j’en parle si j’ai quelque chose à en dire, mais ce n’est pas le thème principal car, comme tout lâche qui se respecte, j’ai décidé qu’il n’y aurait aucune thématique principale, afin qu’on ne puisse pas venir me reprocher de ne pas assez parler de ceci ou trop de cela <j’espère que vous n’avez rien non plus contre une bonne dose d’auto-flagellation et de digression •à prosos de digressions, Laurence Sterne ne faisait-il pas dire à Tristram Shandy : « Digressions, incontestably, are the sunshine;—they are the life, the soul of reading!—take them out of this book, for instance,—you might as well take the book along with them;—one cold eternal winter would reign in every page of it; restore them to the writer;—he steps forth like a bridegroom,—bids All-hail; brings in variety, and forbids the appetite to fail. » •>)—, mais je vais en parler un peu quand même. Allez, ne mentez pas, je sens bien que vous êtes déçues·s quand je n’en touche pas un mot. Donc, le mot, après la photo.

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Photo par Gwlad (rue Rondelet)

En sortant boire mon jus de tomate habituel qui cette fois était une limonade avec Koinkoin, nous sommes passés par la rue Roucher où s’est à première vue ouvert un nouveau lieu. « Quoi, comme genre de lieu ? » que vous demandez, curieux·ses comme vous êtes. Ça a l’air d’être un local associatif, avec canapé, espace cuisine. Un petit panneau à l’entrée —sur lequel était sans doute inscrit le nom du machin, mais je n’y ai pas fait attention, z’avez qu’à y aller vous-mêmes si vous voulez tant savoir— disait qu’on pouvait ici venir discuter, boire une verre si l’on est adhérent·e, et participer à diverses activités. Vous avouerez que c’est assez vague. À l’intérieur, une poignée de personnes entre vingt et quarante ans, quelques enfants. Ça avait l’air assez cozy. Allez, je vous facilite la recherche, c’est du côté Saint-Guilhem de la rue Roucher.

Encore un petit mot sur Montpellier ? Oui. Mon amie a voulu profiter de son voyage à Lille pour savoir si, mythe ou réalité, les gens du nord étaient plus grands que les gens du sud. Sa méthode d’étude était simple : mesurant 1m85, lorsqu’elle se trouve à un bout du tramway de Montpellier, elle peut voir jusqu’à l’autre bout sans que presque jamais personne ne vienne bloquer sa vue. Signe, selon elle, que dans le sud, nous sommes un peu bas du cul. Il lui fallait donc tenter l’expérience à Lille. Malheureusement pour nous, nous n’obtiendrons jamais de résultat, car elle n’a pas eu à prendre le tramway, mais seulement le métro. Et elle ne rigole pas avec la rigueur de ses méthodes scientifiques.

Pour celles et ceux ayant lu l’article qui causait, entre autre, des manières dont on peut dire qu’il pleut fort en presque bon français, voici, en bonus, une photo que m’a envoyée mon amie depuis Lille :

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Et allez enseigner des expressions françaises correctes à des non-natifs avec des trucs pareils…

#164 – Si chacun·e balayait devant sa porte, le sol serait glissant je te dis pas le trou de la sécu comme il exploserait

Aujourd’hui, je me suis attaché les cheveux, qui m’arrivent maintenant à mi-dos, en une espèce de chignon à la japonaise qui me donne un air de Toshirō Mifune —non non, vous n’êtes pas sur un blog mode et looks tendances mais bien sur Montpelliérien, vous ne vous êtes pas trompé·e d’adresse, vous pouvez rester—, et j’ai dégainé non pas mon katana, mais ma plus vieille éponge, mon seul aspirateur, et le premier balai espagnol qui m’est passé sous la main afin d’entamer le ménage de l’appartement. Je suis bien conscient du fait qu’on ne dégaine pas une éponge, tout au plus la sort-on de son emballage plastique, quand bien même le geste serait gracieux, rapide et précis, mais enfin je voulais filer la comparaison avec un film de samouraï. Si vous voulez mon avis, vous vous arrêtez trop sur les petits détails. Je veux bien vous accorder qu’il vous faut connaître Toshirō pour bien sentir le côté samouraï, même si la sonorité du nom seule aurait pu vous orienter. Vous l’avez sans doute déjà vu dans les films d’Akira Kurosawa, même si vous ne connaissez pas son nom. Je veux cependant bien avouer que je n’aurais pas aussi tôt dû parler de balai espagnol. Ce casse franchement l’ambiance asiatisante, bien que si je devais imiter le guerrier maniant le sabre, ce serait sans doute avec le balai espagnol plus qu’avec l’éponge. Il ne me semble pas qu’il existe de balai typiquement japonais. Ou alors ce doit être un balai qui, tout en ayant un brosse assez efficace, ne raye pas les tatamis. Je pense qu’il serait plus judicieux d’utiliser un aspirateur. À ce que je sache, il n’existe pas non plus d’aspirateur espagnol. Il doit bien y avoir une ou plusieurs marques d’aspirateurs espagnoles, oui, mais pas un sous-genre à part entière de machine que l’on nommerait aspirateur espagnol même s’il était conçu quelque part dans une usine au Japon. C’est comme ça, un jour on est une civilisation qui invente un type de balai révolutionnaire, et le lendemain on se fait piquer le marché du ménage car, trop fiers de notre succès, on a oublié de miser sur les technologies d’avenir. Ainsi va l’histoire de l’humanité et de l’innovation. Aujourd’hui le french kiss, demain le bengali remote fluid swapper. Je vous mets en garde, président Macaron, si vous ne pariez pas sur la physique quantique appliquée aux sentiments humains dès aujourd’hui, faudra pas vous étonner si les gens restent soudés entre eux par le baiser de proximité et finissent un jour par s’unir pour vous casser la gueule.

À ce stade-là du texte, vous avez peut-être l’impression que je brode car je ne sais pas quoi vous raconter. Et bien, c’est peut-être vrai. Mais, comme au pays imaginaire dans Hook, vous n’avez qu’à imaginer que c’est un bel article, plein de drôlerie en même temps que de réflexions grandioses qui vous font changer votre façon d’appréhender le monde autour de vous, et il le deviendra, drôle et grandiose. Sinon, c’est que vous avez perdu votre âme d’enfant. Et qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse, moi ?

#163 – Fait trop chaud pour travailler

J’aurais pu vous parler du festival Radio France et du marathon qui vient de commencer à cette occasion. Oh non, pas du sport ! Rassurez-vous, c’est un marathon musical. Je vous avez annoncé ça il y a quelque mois, me souviens plus dans quel article : les 555 sonates de Scarlatti vont être jouées au clavecin dans la région au cours du festival. Ce ne sera donc du sport que pour les interprètes. Bon, ça a déjà commencé, mais avec un peu de chance il vous en reste encore 552 à écouter à l’heure où j’écris ces lignes.

J’aurais pu vous causer d’une histoire que j’ai entendue récemment et qui racontait comment le projet d’une épicerie solidaire dans l’enceinte de l’une des universités de Montpellier a été avortée par peur d’un éventuel manque à gagner pour les restaurants universitaires. Oh, je n’abandonne pas, je vous en causerai, mais pas aujourd’hui.

J’aurais également pu vous causer du déménagement qui n’avance pas, mais bon, puisque ça n’avance pas, je n’aurais pas eu grand chose à vous dire.

J’aurais encore pu vous causer du fait que depuis presque deux semaines vous n’avez pas vu passer de photo sur ce blog, mais seulement des tartines de texte plus ou moins inspirées, et que pourtant vous venez toujours assez régulièrement voir ce qui se passe ici, et que ça me fait chaud au cœur.

Mais non, je ne vous parlerai de rien de tout ça. Parce que j’ai la flemme. N’insistez pas, j’ai pris ma décision : aujourd’hui, c’est glandouille intégrale.

#162 – Les âmes sombres sous la pluie

Les hélicoptères tournent dans le ciel. Ou les avions de chasse. Je ne sais pas, mes volets sont fermés pour contrer le soleil cuisant qui vient frapper en plein sur ma fenêtre à cette heure-ci. Et croyez-moi, il frappe dur. À Lyon, où se trouve actuellement mon amie, il grêlait il y a quelques heures, et maintenant : « il pleut des tonnerres ». Ne posez pas la question, je ne sais absolument pas ce que ça veut dire. C’est ça l’avantage d’être en couple avec une personne dont le français n’est pas la langue maternelle, le moindre SMS devient une énigme. Bref, je vous ai parlé des aviocoptères, du soleil à Montpellier, du temps qu’il fait à Lyon, des inventions poétiques inter-langagières de mon amie… Et moi ? Qu’est-ce que je fais, moi ? Est-ce que je fais mes cartons ? Non. Ne me jugez pas. Je suis enfermé dans ma chambre. Je joue aux jeux vidéo pour calmer mes nerfs. J’ai dit ne me jugez pas ! Ça ne marche pas très bien car je joue à Dark Souls II. La série étant bien connue pour déclencher des crises de frustration chez les joueuses·rs tant les échecs sont douloureux à vivre. « Ça se dit pas ? » me demande mon amie. Non, ça se dit pas, il pleut des tonnerres. Donc, je ne joue pas aux jeux vidéos (jeux vidéo ou jeux vidéos ? Débattez). Je joue à un jeu vidéo en particulier. Le plus agressif pour les nerfs qui soit (à moins que ce ne soit le premier ou le troisième opus de la série qui mérite réellement ce titre). Mais ce n’est pas plus mal. Ainsi, je n’ai pas le temps de m’agacer de quoi que ce soit d’autre. Et puis c’est beau, en tout cas pour moi qui n’ai une console moderne d’il y a douze ans que depuis six mois seulement. Le jeu lui-même est très esthétique. Faut juste être un peu gothique, quoi. Paysages soignés de châteaux en ruines, de caves inondées, de grottes obscures, le tout peuplé de spectres armés, de chevaliers pourrissants, de rois maudits, de monstres ogroïdes, de dragons cracheurs de feu, de squelettes surgissant des brumes au détour d’un couloir… « Il pleut comme si la vache pisse », tente-t-elle de conclure. C’est pas exactement ça, mais vous avouerez qu’on se rapproche. Je suis gentil, je lui fais des propositions : « il pleut comme vache qui pisse », ou alors : « il pleut des cordes. » Bon. Cinq/six coups et vous êtes morts. Chaque nouvel ennemi a ses façons bien personnelles de vous trucider, et vous ne les connaitrez qu’en le combattant. Donc vous mourez à tout bout de champ. À chaque fois que vous mourez, votre barre de vie est réduite pour la session suivante et vous perdez toute la monnaie (des âmes) grâce à laquelle vous comptiez faire augmenter votre niveau dans le but de mourir moins vite. Celle-ci reste disponible sur le lieu de votre mort, mais vous repartez généralement de très loin et devez vous refarcir tous ces combats atroces, et si vous mourez à nouveau avant de l’avoir récupérée, cette bourse d’âmes, elle disparait définitivement. Vous n’avez qu’à recommencer. Une trois-centième fois. Oh, ne faites pas vos étonnés, je vous avais déjà dit que j’étais un peu masochiste. Mais résultat, ça marche impec. Je ne pense plus au déménagement. « Il pleut des chiens et des chats ? » hasarde-t-elle. Oui. De l’autre côté de la Manche, oui, ça marche. Mais franchement, ici, à Drangleic, ça sonne bizarre.