#166 – Une histoire incroyable mais vraie

Oubliez ce que je vous ai glissé hier en passant. Même avec du temps, c’était une journée trop riche en aventures pour vous la raconter sur un blog gratuit. Surtout la partie où nous sommes allés chercher des cartons à la pharmacie. Non, j’écrirai plutôt un livre à ce sujet, un qui se vendra sans nul doute à des dizaines de milliers d’exemplaires —j’aurais pu dire millions, mais je sais fort malheureusement que génie littéraire ne rime pas obligatoirement avec succès commercial, alors je table sur une dizaine de milliers de lecteurs et de lectrices éclairés·es—, ce qui ne manquera pas de me rendre riche moi-même.

Est-ce qu’à la place je vous raconte comment la serrure de la porte principale de mon immeuble ne fonctionne plus depuis plusieurs semaines et comme nous sommes obligés·es de sonner chez les uns·es chez les autres pour pouvoir rentrer chez nous ? Enfin, sommes… Étions. Jusqu’à aujourd’hui. Et oui. Élément perturbateur. Je me fous pas de votre gueule, là, y a de la surprise. Maintenant, donc, la porte d’entrée s’ouvre avec la clef qui servait à ouvrir la porte de la cour intérieur. Je vois que vous êtes captivés·es par mon histoire, mais ça n’est pas fini. Attendez la suite. Cette clef, là, nous n’en possédons qu’une pour trois colocataires. Je sais que c’est dur à croire, mais je vous jure que c’est vrai ! Si, si. Bon, alors, du coup, va-t-il falloir les faire refaire, y aller de notre propre poche ? Mystère. Nous ne le savons pas. Un simple mot collé à la porte d’entrée nous informe du changement. Ah, vous avez bien fait de lire jusque là, hein ? Z’êtes pas déçus·es ! Le suspense est à son comble. Et bien, comme dans toute série américaine qui se respecte, je vous laisse dans l’attente. Ne ratez pas l’épisode de demain, sinon vous ne connaitrez jamais le fin mot de l’histoire et vous aurez l’air bien bête quand tout le monde en parlera vendredi matin au boulot.

Et oui. Clef, c’est bien plus joli que clé.

 

#159 – Retour en bus

Voyant que le tarif et le temps de trajet étaient les mêmes en bus ou en covoiturage, j’ai opté pour un retour en bus à Montpellier. Ça en dit long sur ma prétendue sociabilité. J’aime bien écouter les gens, mais pas parce que j’y suis obligé, enfermé avec eux pendant trois heures et demie dans une cage en métal lancée à toute berzingue sur l’autoroute. Dans le bus, au moins, il est entendu que votre voisin·e n’a pas à vous faire la conversation si elle ou il n’en a pas envie, et que cela n’entraînera pas une mauvaise note, sur l’un de ces multiples sites internets où l’on vous note maintenant que vous êtes un produit comme les autres. Sur les sites de covoiturages, on vous note en tant que service mais également en tant que personne. Je ne sais pas ce que je déteste le plus. Décidément, ces derniers temps, je me concentre vraiment sur le négatif. Je dois être un peu stressé par ces déplacements et ce déménagement en cours. Heureusement, je vois fréquemment mon amie, ce qui a pour effet de m’apaiser. Si j’avais déménagé seul, je me serais peut-être déjà jeté par la fenêtre. Est-ce que je déteste plus le covoiturage ou les déménagements ? Je n’en sais rien. Misère, j’apprécie assez le jeu du qu’est-ce que tu détestes le plus, mais je n’y suis pas très bon.

Enfin, me voilà de retour à Montpellier. Arrêté à Sabines, j’ai pu constater comme cette partie de la ville où je ne vais jamais est moche. Du béton devant, du béton au milieu, du béton derrière. Vraiment, j’aime la pierre. Pourtant je suis né dans un village tout de béton et de routes en goudron. Où est-ce que je vais chercher cet amour du vieux caillou taillé ? Sans doute dans les illustrations de livres d’histoire. Dans les films. Dans la fantasy que je me plaisais à lire adolescent. Comment se fait-il que je rêve si souvent de ces ruelles japonaises dans lesquelles je n’ai jamais mis les pieds ? Les manga, les jeux vidéo. J’ai eu la chance, ces sept dernières années, de pouvoir vivre au centre ville, soit directement dans les rues les plus anciennes, Trésoriers de France, Aiguillerie, soit, comme aujourd’hui, à cinq minutes d’elles, avec vue sur le Peyrou et les Arceaux. Aurai-je la chance ça l’avenir de visiter les petites rues cozy du Japon ? Je l’espère. Entre temps il y aura Lyon, les immeubles haussmanniens et ses escaliers fabuleusements tortueux donnant sur des passages à colonnes, et le vieux Lyon à pas bien loin non plus de chez moi. J’espère ne jamais finir dans une cité de béton. Pourtant, un jour où l’autre, je le sens bien, ce sera le seul lieu où je pourrai me loger. C’est tout ce à quoi peut s’attendre un dégoûté du 35h/semaine comme moi. Ne parlons même pas de vivre au Japon. Le pays où le travail est au centre de tout. Brrr. Rien que d’en parler, ça me fait froid dans le dos.

#152 – C’est bon pour le moral, enfin…

Votre humeur influence-t-elle la musique que vous écoutez ou la musique que vous écoutez influence-t-elle votre humeur ? Oh, ne répondez pas, je n’en ai pas grand chose à faire à la vérité. Je vous posais juste la question pour créer l’occasion de vous dire que chez moi ça marchait dans les deux sens. Ah, qu’ils sont détestables les gens qui vous posent des questions dans le seul but d’y répondre eux-mêmes, hein ? Je suis bien d’accord.

Selon mon humeur, donc, je suis inévitablement attiré par telle ou telle sonorité, telle ou tel artiste. C’est un fait. Il est rare que je ne me réveille pas avec un air en tête qui définira mon humeur des premières heures de la journée. Un air entendu la veille, ou un qui refait surface du tréfonds de l’enfance. Ou de l’adolescence. Qui est sans doute moins un tréfonds du coup. Du moins si l’on imagine que les fonds se superposent les uns aux autres par couches. Théorie qui n’a absolument aucun fondement scientifique. Ah la la, le langage, décidément, on ne peut pas y faire confiance. D’ailleurs, en y regardant de plus près, le tréfonds ne veut pas dire l’endroit le plus profond, mais désigne simplement les profondeurs de quelque chose. Pourquoi ce s obligatoire à tréfonds ? Je n’en sais rien, demandez à un linguiste. Quant à savoir si l’on peut réellement parler d’un tréfonds… Bon, ça suffit comme ça. On peut reprendre ? Reprenons.

Ce qui m’embête le plus, c’est l’influence énorme qu’a la musique que je suis en train d’écouter sur mon humeur du moment. Par exemple, aujourd’hui, j’ai rempli la carte SD de mon téléphone de toute la musique que je pouvais y faire rentrer. Et je peux en faire entrer énormément, mais malheureusement pas tout ce que je possède. Il m’a donc fallu effectuer un tri. Ce qui m’a poussé à ré-écouter quelques extraits d’albums que j’affectionnais par le passé, pour ne pas prendre de la place pour rien. J’ai également voulu y inclure de la musique à découvrir, que je ne connaissais pas. Mais je me suis quand même permis d’effectuer une brève écoute de certains morceaux, au hasard, pour être certain que telle ou telle œuvre me convenait à peu près.

Et ce fut les montagnes russes émotionnelles.

J’ai d’abord fouiné du côté de 山崎ハコ (Yamasaki Hako —si vous avez lu le post sur les noms japonais vous savez donc que Yamasaki c’est le nom de famille, et Hako le prénom, oui sauf que c’est un nom d’artiste, son vrai nom c’est 安田初子 (Yamada [nom] Hatsuko [prénom]), oui sauf que Yamasaki c’est son nom de jeune fille, et démerdez-vous avec ça—), autrice-compositrice folk-blues-jazz-trad (je déteste étiqueter mais je le fais, je suis comme ça, plein de contradictions) qui a débuté sa carrière en 1975 et me fait l’effet d’une Françoise Hardy à ses débuts, a ses avantages : je n’ai pas à me soucier des paroles, car je ne cause pas assez bien japonais pour les comprendre en l’écoutant distraitement, et je peux me concentrer sur sa jolie voix. Et ses inconvénients : c’est dépressif à souhait et à partir des années 80, eh ben… on sent bien les années 80 et les instrumentations au synthé-cheap. Pouvez écouter l’album 飛・び・ま・す pour vous faire votre avis sur la question. Moi, je ne suis toujours pas décidé, c’est un jour j’aime, un jour j’aime pas. Par contre tous les jours ça me déprime profondément, c’est bien pour ça que je ne l’écoute pas tous les jours. Voire, je ne l’écoute quasiment jamais. C’est pour ça que je connais très mal.

Ensuite, j’ai intégré deux albums communs et live, dont je me souvenais mal, de Звонко Богдан (Zvonko Bogdan) et de Јаника Балаж (Janika Balaž [prononcez Yanika Balaj —oui, je sais—]) avec son orchestre de tambura. Ces deux-là sont du nord de la Serbie, de la province de Voïvodine, et leurs petites chansons me donnent envie de boire un verre de vin, allongé au soleil sur une pelouse bien verte, entouré d’amis et les pieds trempant dans le Danube. Écoutez les chansons Već odavno spremam svog mrkova ou Moja mala nema mane pour voir si je rigole.

Ensuite, j’ai bourré la machine de la totalité des œuvres pour clavecin de Jean-Philippe Rameau (Jean-Phil Hmm, non là ça devrait aller) jouées par Scott Ross, ainsi que les œuvres, pour le même instrument de (Joseph-Nicolas-)Pancrace Royer, jouées par Yago Mahùgo. J’ai poudré ma perruque et me suis dessiné une mouche avant de headbanger comme une malade au son des Cyclopes ou du Vertigo. Ces albums, je les connais très bien, mais je ne peux jamais m’empêcher d’écouter ces deux tubes-là quand je les survole du curseur de ma souris.

Pour finir, et puisque j’en étais au headbanging (dans mon texte, dans les faits j’en étais à nouveau à la dépression folk-jazz japonaise de 浅川マキ [Asakawa Maki], mais je n’arrive pas trop à accrocher alors je n’en ai finalement gardé aucun album), je suis allé rejoindre Koinkoin au Broc Café, en face du jardin des plantes *aTCHAAAA* juste après avoir terminé de transférer mes albums préférés de Motörhead sur ce petit téléphone de marque chinoise mais devenu réceptacle des cultures musicales du monde. Pour les curieux, ces albums sont Overkill, Ace of Spades, 1916 et Bastards.

Bref, de la dépression à la douceur de vivre, en passant par l’excitant tic tac des machines à coudre antiques et la fureur libératrice du gros métal qui tache, j’ai subi les influences de toutes ces musiques sur mon moral, et j’ai l’impression d’avoir couru un marathon. Donc, je vais maintenant me reposer en écoutant les voitures qui passent sous ma fenêtre.

#142 – « Alors, qu’est-ce que ça sera aujourd’hui ? »

que vous vous demandez. Oui, vous étiez supposez lire la première phrase à la suite du titre de l’article. « Qu’est-ce que ce sera aujourd’hui », donc, que vous vous demandez « son excuse pour ne pas nous écrire sa note de blog ? » Il va nous dire qu’il est malade ? Il va nous raconter qu’il est déprimé ? Qu’il est fatigué ? Qu’il n’a pas le temps d’écrire ? Hein ? Comment va-t-il nous arnaquer ? Oh, rien de tout ça. Aujourd’hui, je vais mieux, je suis de bonne humeur, je me suis bien reposé, j’ai même participé de façon constructive à une réunion dont je sors à l’instant, j’ai vu mon amie et je la revois ce soir. Avant de la revoir, je dispose même d’une petite heure ou deux pour prendre soin de moi-même. Non. Aujourd’hui, j’ai juste la flemme. Et j’assume.

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Photo par Gwlad (espace Pitot)

Allez, la bise.

 

#135 – Message à caractère non-informatif

Pour pas déroger à la mauvaise habitude qu’on a prise cette semaine, aujourd’hui encore ce sera très bref et je raconterai seulement des choses qui, me concernant très personnellement, ne vous intéressent pas du tout. Bien évidemment, je raconterai tout ça sans y mettre les formes ni le style, afin d’être vraiment bien certain que vous perdiez totalement votre temps à lire l’article. Vous êtes prévenues·s.

Je viens de passer deux heures à décrypter trois paragraphes de cinq phrases chacun en japonais. Ne me plaignez pas, personne ne m’y a forcé. Ça c’était pendant les deux heures d’échange franco-japonais durant lesquels on n’a fait que du japonais et pas de français. Deux heures au lieu de quatre parce que j’avais oublié que notre rendez-vous était à 14h30 et pas à 16h. En ce moment je vous avoue que c’est difficile d’être très attentif à ce que je fais. Tout ça c’était après avoir bossé mon japonais pendant quatre heures pour me remettre dans le bain et préparer l’échange. On n’a pas eu le temps de regarder ce que j’avais préparé, vu que j’étais en retard. J’ai la cervelle en ébullition, et pourtant je ne suis plus malade et j’ai presque totalement recouvré l’usage de ma voix. J’avais écrit un petit texte sur le déménagement. Au final on a parlé de Shamisen. Connaissez pas le tsugaru shamisen ? Vous le faites vraiment exprès. C’est l’instrument de musique japonais le plus utilisé à travers l’histoire. Enfin, à partir du milieu du XVIe siècle. Et jusqu’il y a peu, en réalité. Aujourd’hui, c’est sans doute le synthétiseur yamaha en fait.

Toujours est-il que sur le chemin du retour, j’ai croisé un vieux pote qui ne m’a quasiment pas adressé la parole, juste le temps de me dire qu’il allait boire une bière avec Koinkoin. Koinkoin fait des photos pour le blog. Je vous le dis au cas où vous soyez nouveau ou nouvelle dans le coin(coin). Moi je n’ai pas le temps d’aller boire une bière. Il me faut rédiger cette note de blog et ensuite j’ai rendez-vous avec le compositeur allemand. Mais si vous savez. pom pom pom pooooom. Ensuite j’ai rendez-vous avec mon amie, mais ça c’est plus tard. Ça fait quelques temps que je n’ai plus de nouvelles de Koinkoin. Comme il sait que dès que j’ai un peu de temps libre j’essaie de voir mon amie, qui a encore moins de temps libre que moi, il hésite sans doute. Toujours sur le chemin du retour, j’ai également croisé une nana qui était bénévole dans la même association que moi et qui a bien profité d’être au téléphone pour ne pas m’adresser même un bref regard alors que j’étais pile en face d’elle, du genre à 5 mètres, et que je lui faisais un coucou de la main. Ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vue à l’asso. Peut-être qu’elle culpabilise de ne plus participer. Il ne faut pas. Je n’en ai rien à faire. Moi non plus, je ne participerai bientôt plus, puisque je quitte Montpellier.

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Photo par Gwlad (espace Pitot)

#128 – La musique en ligne de mire

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écouté les nouveautés musicales. Jetons donc une oreille à ce qui se fait récemment. Où ça ? Sur itunes ? spotify ? deezer ? youtube ? —Ça vous embête que je ne mette pas de majuscule en début de phrase ? Même si ce ne sont des phrases nominales (disons nominables, plutôt. Une phrase constituée seulement d’une marque, c’est vraiment pas beau) ? Oui, eh ben c’est comme ça. Ce sont des marques qui payent très cher pour conserver leur image de marque. Je ne veux pas mettre de majuscules aux marques, je vous l’ai déjà dit. Mes règles l’emportent sur celles qu’on m’a apprises à l’école— On a du mal à choisir. Quand je vivais en Angleterre, de l’été 2009 à celui de 2010, tout le monde utilisait spotify. Le service n’était pas encore disponible en France. Lorsqu’il le devint, au cours de l’automne 2010, je m’abonnai direct. Non seulement on pouvait écouter un catalogue énorme en ligne, mais on pouvait également écouter tous les morceaux que l’on voulait hors-ligne. C’était le pied. Puis j’ai entendu dire que niveau rémunération pour les artistes, c’était vraiment l’arnaque. Alors j’ai arrêté mon abonnement et je suis passé sur itunes. Sur itunes on achète les albums. Non, c’est pas ça. Sur itunes, on loue les albums. Légèrement en dessous du prix du CD. Et on file du blé à apple. À un moment j’ai décidé ne plus acheter/louer sur itunes que les œuvres d’artistes mortes·s, et pour les autres j’essayais de les leurs acheter en passant par le moins d’intermédiaires possible, et par des plateformes qui leur prélevaient le pourcentage le plus faible sur leurs ventes. Via bandcamp par exemple. Mais lorsque j’ai demandé à l’un des artistes dont je comptais acheter l’album sur quelle plateforme il préférait que je le prenne, il m’a répondu : itunes. Plus on achetait son album sur cette plateforme, plus il avait de visibilité sur celle-ci, et c’est là qu’on trouvait les masses et qu’on risquait de bien vendre. Bon. Je ne suis pas certain qu’il ait jamais été visible entre kanye west et daft punk, mais si ça lui donnait de l’espoir…

Aujourd’hui, je vais juste écouter comme ça vite fait alors disons… deezer. Aïe. Ça me fait penser que non seulement je n’y ai pas d’abonnement, mais qu’en plus j’utilise des bloqueurs de pub. Je n’ai aucun scrupule à utiliser les bloqueurs de pubs d’une manière générale. On ne se paye pas en me pourrissant le crâne de slogans commerciaux sans m’en avertir afin que j’aie le temps de couper le son si je ne veux pas les entendre. Mais peut-être que par honnêteté je devrais tout simplement ne plus utiliser les services qui proposent de se payer comme ça. C’est vrai après tout. Rien ne m’y oblige, même pour écouter comme ça, à utiliser un service commercial sur internet. C’est juste la solution de facilité. Si je veux écouter de la musique avant d’en acheter, je peux très bien me rendre chez le disquaire du coin, et lui dire un peu ce que j’aimerai bien entendre. Il pourra ainsi me faire une petite sélection des nouveautés, et en plus on pourra papoter de tout ça ensemble. Si rien ne me plaît tant pis, ce sera pour la prochaine fois. Oui. C’est vrai, tiens. Finalement, je n’ai plus envie d’aller écouter de la musique sur l’une de ces grandes plateformes. Désolé, je m’étais un peu avancé. Pas de critique de musique aujourd’hui. Vous n’aurez qu’à me dire ce que vous avez bien aimé dernièrement dans les commentaires, et soit je vous ferai confiance, soit j’oublierai votre conseil dans la seconde qui suit.

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Photo par Gwlad (avenue de Maurin)

Quand j’étais beaucoup plus jeune (treize/dix-huit ans), je pensais qu’il fallait tout télécharger gratuitement. Qu’il fallait faire la baise au majors puisqu’elles se goinfraient sur le dos des artistes qui ne touchaient quasiment rien. J’oubliais deux choses. La première c’est que quand on essaie de vivre de son art, presque rien c’est toujours mieux que rien du tout. Un·e musicien·ne peu connu·e signé·e sur une major a sans doute les moyens de se payer une baguette un jour sur deux au lieu d’un jour sur quatre. La deuxième, c’est que les majors ne s’effondreront jamais. Les gros patrons seront toujours là, les gros actionnaires aussi. Les petites mains, elles, se feront virer, remplacer par des machines. Un baisse de bénéfices de la grosse boîte ne fera qu’accélérer le rythme des licenciements des smicards. Ces licenciements sont inéluctables, c’est le progrès capitaliste, mais pensons aux humain. Qui tient son CDI un an et peut pourvoir à ses propres besoins et à ceux de ses proches s’économise cinq ans d’anti-dépresseurs. De la même manière les artistes les moins connus ou les plus originaux se feront lâcher en premier s’il faut faire de menues économies pour assurer des bénéfices max aux actionnaires, mais les gros produits commerciaux bien marketés, eux, seront toujours là.

Bon, je ne sais plus quoi faire moi. Je suis perdu. Et vous ? Comment contribuez-vous à la misère financière des artistes tout en profitant de leurs œuvres de votre côté ? itunes ? spotify ? deezer ? youtube ? occasion ? torrent ?

#121 – Le Polygone de Montpellier me donne envie de chier dans un sac Gucci

Avant-hier, je prévenais Gwlad que je n’avais plus de photo pour le blog. Vous ne connaissez pas Gwlad ? C’est la première fois que vous venez non ? Gwlad c’est l’une de nos deux photographes, avec Koinkoin. Voilà la réponse que je reçois hier à peu près vers midi :

« BON ALORS, je me suis prise la tête ce matin pendant 30 minutes avec les vigiles du Polygone pour une histoire de photos, alors la moisson sera petite, vu que j’ai dû supprimer mes photos. Résultat je vais pas non plus te donner celles que j’ai faites en dessous, tu sais en bas de Sauramps, l’espèce de passage où la plupart des boutiques sont fermées? Bon j’en ai fait plein là, mais je pense que ça dépend du polyg aussi, alors tant pis. :( »

Le Polygone, pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, c’est le centre commercial hideux en plein centre-ville de Montpellier. Pour les autres, peut-être avez vous entendu parler de ce lieu ces derniers mois. C’était à l’occasion de l’éjection du Flunch du bâtiment, z’en ont causé dans les journaux locaux. Oui, Flunch, c’est peut-être de la bouffe de qualité moyenne, mais c’est des repas toujours plus équilibrés qu’au MacMerdo et, surtout, pour 5€ on pouvait se farcir des assiettes de légumes à volonté. Qui allait au Flunch principalement ? Les militaires, okay, z’avaient une réduction. Et qui d’autre ? Les personnes sans abris, les couches sociales les plus pauvres du centre-ville, et les familles nombreuses. Les gens sans le sou, mais qui ne considèrent pas qu’ils doivent se laisser crever de faim pour autant. Pour un 5€ ils pouvaient manger à volonté de la purée, des poêlées de légumes, du riz en sauce, des haricots verts, des salades de pâtes, des pommes de terres sautées, de la ratatouille… Je dis pour 5€, c’était même 4€95. Et pourquoi qu’ils l’ont viré, selon vous, le Flunch, du Polygone ? Parce que ça dégradait leur image de marque. C’était annoncé tel quel dans la Gazette ou le Midi Libre, me souviens plus, mais je l’ai lu. Le Polygone, ce haut lieu de la consommation de masse, ne voulait plus de ces pauvres en son sein. Ils veulent désormais une image luxe. Vous pensez, les clodos dans leurs habits de récup, ou les familles nombreuses qui se font péter le bide entre Zara et les Galeries Lafayette, ça pourrait dégouter les braves gens de s’acheter des chemises à deux-cent boules. Hein, deux-cent boules seulement, les chemises ? Ben oui, on est au Polygone, pas sur l’avenue Foch. Faut pas déconner. Confondez pas consommateurs de centres commerciaux et vrais riches. Heureusement que le Polygone n’est pas sur l’avenue Foch, ils l’auraient viré pour dégradation de leur image de bourges.

Enfin. Je lis le mail de Gwlad et QUOI !!! que je m’écrie chez moi. On censure mes reporters ?! On embête mes amies ?!! Je veux en savoir plus, Gwlad me raconte :

« En fait, après avoir fait les photos au triangle, je me suis dit que pour compléter j’allais en faire quelques unes au polyg, mais genre sans boutique et sans personne, donc j’ai pris quelques photos des passages qu’il y a à certains endroits pour sortir, des escaliers, puis de l’escalator avec celui où il y a un côté condamné (un gamin s’est fait arraché le bras je crois il y a plusieurs mois) [ndr: c’est vrai]. Et là un premier vigile (qui était juste en face de moi, je me suis pas cachée en plus en faisant les photos avec mon téléphone) me dit que c’est interdit de le prendre en photo parce qu’il y a une enquête en cours. Très bien. Devant lui je vais pour supprimer les photos, et là, un autre vigile arrive, puis un gars en costume et mallette, puis un autre vigile. Et là ils voient les autres photos que j’ai faites dans le polygone. « Ah mais madame, vous n’avez pas le droit de prendre des enseignes en photo » le gars en costume, chaud comme la braise. « Ben vous voyez bien, j’ai pris aucune enseigne, personne, juste des passages », et là le premier vigile dit que c’est ok de prendre ces endroits là en photo, mais monsieur en costume n’est pas d’accord et veut que je supprime toutes mes photos. Le truc, c’est que j’ai pris ces photos dans une appli. J’ai déjà cherché plusieurs fois comment supprimer les photos et j’ai pas trouvé. En fait elles restent dans l’appli, et quand tu veux en faire autre chose tu les sauvegardes sur ton téléphone. Donc là j’en avais sauvegardée aucune sur mon téléphone, je montre au deuxième vigile qui a l’air de comprendre un peu mieux la technologie du 21ème siècle (même s’il a dit aux autres « oulala un samsung j’y connais rien, j’ai que des iphone »), comment on sauvegarde, que ça va dans la galerie, et que là dans la galerie de mon tél j’en ai aucune. Mais ça leur va pas que je les garde sous le coude dans l’appli.
« Et c’est pour faire quoi? » dit le gars en costume.
« Rien de plus, je fais des photos tout le temps, j’aime ça c’est tout. »
« Non parce que des photos du polygone il y en a plein sur le site officiel. »
« Ok ok de toutes façons j’ai compris, j’ai pas le droit de faire des photos dans le polygone, j’en ferai rien »
« Oui parce que vous savez ici c’est privé, en plus avec vigipirate…. »
Oui c’est bon, j’ai compris, là c’est un résumé mais ça avait déjà duré bien trop longtemps je commençais à bouillir, alors je leur ai dit:
« Regardez, je supprime l’appli, comme ça je perds tout, on est d’accord? »
Les vigiles ont dit ok, ça a l’air d’être bon comme ça oui (BEN OUI C BON J’AURAI PLUS RIEN) non mais sérieux. Mais le gars en costume voulait carrément que j’aille dans un bureau je sais pas où régler l’histoire, j’ai fait comme si j’entendais pas, genre « bon c’est bon hein, j’ai plus rien, au revoir ». »

Voilà. C’est à peu près aussi minable que ce à quoi je m’attendais de leur part.

Donc, aujourd’hui, pas de photo. Je fais grève. Allez remercier les mecs du Polygone et leur putain d’image de marque. Toujours l’image. Rien que l’image. Surtout, ne prenons rien en photo là-bas, afin que le jour où ce bâtiment s’écroule avec toutes ses boutiques de merde qui se la jouent luxe et font virer le seul restaurant abordable pour tous, rien n’en subsiste. Pas une image, pas un souvenir. Que ces enfoirés-là crèvent la gueule ouverte, j’irai même pas cracher dedans de peur d’étancher leur soif.