#158 – Et les tiques dans tout ça ?

Il y a du monde dans les rues. Il y a des drapeaux. Je n’aime ni trop le monde dans les rues, ni trop les drapeaux. Quel prétexte ? Non, ce n’est pas une victoire de l’union des partis nationalistes, c’est qu’il y a football. Je n’ai jamais suivi le football. C’est bien ma veine, tiens, moi qui comptais me balader un peu ce soir. Ça va être viande saoule et chauvinisme à deux balles. Pardon, à une seule balle. Vous voyez, je connais quand même les règles élémentaires de ce sport.

De quelles rues je parle ? De celles de Lyon. C’est mon dernier soir ici, avant de revenir m’y installer définitivement au mois d’août, et mon amie est déjà repartie à Montpellier. Je la rejoindrai demain seulement. Autant dire que, ce soir, je suis bloqué à l’intérieur, seul, avec une connexion wifi digne des modems 56k de la grande époque. Seul, vraiment ? Non. Il y a trois araignées au plafond. Brrr… Je les tolère. Sans elles, je pense que je n’aurais plus de sang dans les veines à l’heure qu’il est tant le plafond se recouvre vite de petits insectes volant si l’on laisse par mégarde la fenêtre ouverte après 20h. Quelle situation, hein ? Ayant peur des araignées, j’aurais tendance à les tuer malgré le fait que je me sois promis de ne pas faire de mal aux animaux, puisque, comme vous le savez peut-être, je n’achète même pas de produits d’origine animale afin de ne pas cautionner les personnes et les industries qui maltraitent les êtres vivants. Bon enfin, j’ai mangé une poutine il y a deux jours, je n’en avais encore jamais goûtée, et une pizza à midi. Il m’arrive de faiblir. Jusqu’à il y a trois ans, je mangeais encore sans appliquer mes considérations éthiques envers l’ensemble des êtres vivants. Comme je ne fais ça que par principe, il m’est difficile de ne pas craquer de temps en temps pour un plat dont le goût m’affolait à l’époque et que je vois passer devant moi. Surtout dans une période de transition comme celle-ci où je n’ai plus beaucoup de repères forts (cessation de toutes mes activités d’un coup pour cause de déménagement dans une ville complètement inconnue dans laquelle je ne connais personne, et en plus, en ce moment pour courte une période de visite seulement). C’est comme si j’avais passé cinq jours de vacances et que je m’étais dis : pense un peu à toi, laisse-toi être égoïste le temps d’un repas, concentre-toi sur le goût, le plaisir, et ne pense pas à ces pis suintant sang et pus, à ces gémissements de terreur et de douleur qui se réverbèrent dans tous les abattoirs du monde, à ce grand massacre perpétuel, orchestré pour le profit et cautionné par toi. Bon, ça n’a pas trop marché, j’y pensais en mangeant et j’y pense encore.

Bref, revenons-en aux araignées. Si je ne les tue pas, ce n’est pas parce que je les aime comme toutes les autres bestioles vivantes, car j’en ai très peur et elles me dégoûtent, c’est simplement qu’elles me sont utiles. Hors, s’il y a bien une philosophie que je déteste, c’est celle qui consiste à trier le vivant en deux catégories : utiles et nuisibles (ou non-utiles). Et à considérer qu’aux uns on ne fait pas de mal, et qu’aux autres on peut leur trouer la peau, les torturer, les exterminer à volonté. L’esprit humain est ainsi fait de contradictions. Ne me dites pas que vous n’êtes pas vous-même contradictoire sur plusieurs plans, ou venez discuter une heure ou deux et je vous promets que je saurai vous faire remarquer en quoi vous êtes un·e petit·e inconséquent·e.

Et puis, je ne tue pas les araignées parce qu’elles vont dévorer les moustiques qui me pomperaient le sang ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Est-ce que ce n’est pas une complicité de meurtre ? Est-ce que ce n’est une non assistance à insecte en danger ? Car pour trois araignées que je laisse vivre, je peux vous assurer qu’une bonne cinquantaine de petits voleteurs nocturnes ont été liquéfiés…

Ah la la. La vie… l’éthique… c’est pas facile tout ça.

#151 – Hirondets et martinelles

Il peut être difficile de faire la différence entre une hirondelle et un martinet. Je vais vous donner mes conseils pour les distinguer : les hirondelles ont une queue qui se termine en deux pointes, les martinets ont une queue normale, comme les autres oiseaux, ils ne font pas tout pour se faire remarquer, eux. Le martinet ne peut pas s’envoler s’il est posé au sol, ses ailes sont trop grandes, j’imagine. Il ne peut que planer, j’imagine encore. Il lui faut donc se laisser tomber d’un point haut pour voler. L’hirondelle, elle, j’ignore bien d’où elle doit partir et, à vrai dire, je m’en soucie peu. Vous le voyez, il n’est donc vraiment pas aisé de distinguer les deux espèces. Pas plus que d’écrire une note de blog quand on n’a rien à dire et seulement l’envie d’aller se coucher. À Montpellier, nous avons peu d’hirondelles, et beaucoup de martinets. Ça, c’est selon une source sûre : Gwlad. Gwlad qui est en vacances loin d’ici cette semaine et qui ne m’a pas envoyé de photo pour illustrer ce blog dans les jours qui viennent. Ni photos d’hirondelles, ni de martinets. Mon amie, qui en ce moment est à Lyon, me dit qu’il y a beaucoup de martinelles dans le ciel. Ce qui me confond. Je pense qu’elle aussi, elle confond. Mais elle n’est pas Française, alors je lui pardonne. Oh, je n’ai pas manqué de me moquer d’elle longuement, faisant même un titre de son erreur de compréhension, mais disons que je ne l’aime pas moins pour ça. Du moment qu’elle ne recommence pas en public. Sans ça je vais passer pour un très mauvais professeur de français. Et ça, vraiment, c’est impossible, car je suis déjà un très mauvais professeur d’oiseaux. Pourquoi je vous dis ça ? Parce qu’en vérifiant sur internet, je me suis rendu compte que je vous ai dit absolument n’importe quoi concernant la différence entre les hirondelles et les martinets. Si vous voulez en savoir plus allez donc jeter un œil sur ce blog.

#144 – Vous avez une nouvelle notification

Montpelliérien

11 rue Pas Loin de Plan Cabanes

34000 Montpellier

Plutôt Sympa Immobilier

3 rue Presque à Saint-Roch

34000 Montpellier

 

Notification de fin de bail

 

Madame, Monsieur,

Je fais référence à notre contrat de bail pour le logement vide situé 11 rue Pas Loin de Plan Cabanes, 34000 Montpellier, signé le 26 août 2016.

Je vous informe de ma volonté de mettre fin au bail. Le logement se trouve dans une zone tendue, telle que définie en annexe du décret du 10 mai 2013, auquel fait référence l’article 17 de la loi n°89-492 du 6 juillet 1989. Conformément à l’article 15 de cette même loi, le préavis du locataire est réduit à un mois sur ces territoires et commence à courir à compter du jour de réception de la notification de fin de bail.

Notre bail prendra donc fin le 31 juillet 2018.

Je reste à votre entière disposition pour convenir ensemble d’une date d’état des lieux et de remise des clefs.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.

Fait à Montpellier, le 26 juin 2018

Montpelliérien

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Photo par Gwlad (espace Pitot)

Demain je vous raconterai comment s’est passé mon week-end, mais là je n’ai dormi que onze heures cette nuit et je suis encore épuisé. Et puis comme vous le voyez, il me faut gérer quelques démarches administratives aujourd’hui, entre deux siestes, ça va m’occuper tout mon temps. À demain.

#141 – Treizième jour de maladie, mais je suis pas superstitieux

Et puis, au bout de treize jours, on s’habitue. Ce à quoi je ne m’habitue pas, c’est l’escalade dans la dégueulasserie venue de notre gouvernement et de ceux des états aussi bien voisins que lointains s’étalant chaque jour un peu plus dans les journaux en ce moment. Y a comme de sales effluves de vingtième siècle mal digéré qui m’arrivent aux narines. C’est insoutenable, alors, excusez-moi, mais je vais une fois de plus me tourner vers mon petit nombril. C’est pas la joie non plus, mais c’est tout de même beaucoup moins angoissant, beaucoup moins dramatique. Allez, un peu de légèreté :

Aujourd’hui, en plus d’être toujours malade, mon téléphone portable m’a lâché, mais ce n’est pas grave. L’isolement ne me fait pas peur. Je ne suis déjà plus sur fesseprout depuis un moment, j’ai l’habitude de ne plus être contacté et de devoir envoyer trois mails avant d’obtenir une réponse. Ces derniers temps, je me documente pas mal sur les sectes, et je trouve que le fonctionnement cette plateforme en ligne ressemble diablement au fonctionnement d’une secte. Je vous ferai la comparaison un de ces jours, quand j’aurais plus de temps libre devant moi. Je m’en rachèterai un dès que je pourrai, de téléphone, même si ça coûte un peu d’argent. Ça aussi ce n’est pas grave, après tout je ne suis à découvert que de cent-cinquante pauvres euros et la paye le RSA arrive très bientôt. Dans seize jours. Pas grave, j’ai l’habitude de manger du riz. Et puis d’ici le déménagement dans un mois et demi, j’aurai bien le temps de remettre cinquante euros de côté. Enfin, j’espère.

Est-ce qu’au moins je me repose, quitte à être une feignasse de chômeur ? Non. Je suis noyé sous le travail. Et le mien et celui d’une autre, que j’ai décidé de faire à sa place car elle était elle-même noyée sous le travail et les soucis après avoir accepté d’aider l’une de ses amies elle-même noyée sous le travail. Elle n’avait clairement pas le temps pour ça, moi je l’avais à peine plus, alors bon. Vous savez, c’est jamais ceux qui ont tout qui aident ceux qui n’ont rien. C’est souvent ceux qui ont à peine plus que rien. Et puis il faut dire que cette dernière année, je m’y suis habitué, à bosser comme un dingue soit pour ne pas sombrer dans la déprime, soit pour aider quelqu’un a ne pas sombrer dans la déprime. Je continue juste sur la lancée. Tant que je tiens. Si un jour je ne tiens plus, je demanderai à quelqu’un de m’aider à mon tour. Qu’est-ce que je fais en ce moment ? De la retranscription d’entretiens. Ça m’a prit huit heures pour retranscrire une heure de dialogue, j’adore. Il me manque encore une demi-heure à faire. Le sujet ? C’est un peu confidentiel mais disons que ça tourne autour d’enfants morts en bas âges et du deuil des parents. Vous voyez si j’ai pas tout pour être heureux en ce moment ? Heureusement, j’ai mon amie. Avec elle le temps n’existe plus. Mais justement, le temps, on l’a pas souvent de se voir. Ou pas assez à notre goût en tout cas.

Et cette tente alors, que vous vous demandez ? Il l’a trouvée ? Non. Toujours pas. Personne n’a. Je vais devoir l’acheter si je ne veux pas chopper une pneumonie. Vingt euros à décathlon. C’est sûr, c’est pas cher. C’est normal, c’est fait dans des usines où les ouvriers sont traités comme des outils. Non. Moins bien que les outils. Les outils c’est plus cher à remplacer. Et moi je vais acheter ça ? Je vais cautionner ça ? J’en sais encore trop rien. Remarquez, ça va être la même horreur en ce qui concerne l’achat d’un téléphone. Ce sera de l’occasion évidemment, mais même. De quelle entreprise dégueulasse vais-je devenir l’écran publicitaire ambulant ? Mystère. Et quoi d’autre encore ? Tenir ce blog chaque jour commence à me fatiguer. Je pense que ça se sent.

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Photo par Gwlad (espace Pitot)

Allez, encore un jour comme ça et je renomme ce blog Mémoires d’un plaintif.
Je suis très conscient de ma plaintivité ces derniers temps. Mais c’est comme ça, quand on écrit chaque jour. Ainsi vous avez droit à toute la gamme de mes défauts. Allez, ça suffit. À demain.

#134 – C’est la semaine allégée

Allégée en quoi ? En notes de blog. En plus d’être encore malade, je n’ai pas une seconde à moi. Et comment je fais pour taper cette note alors ? Je profite de la demi-heure que je vole à d’autres activités qui sont bien plus urgentes. Ce soir je n’aurais pas le temps de travailler. Je suis invité à prendre l’apéritif avec mes voisins. Pourquoi j’ai dit oui si je n’avais pas le temps ? J’ai dis oui il y a longtemps. Il y a un mois pour être précis. Juste après avoir refusé une première fois l’invitation. On ne peux pas refuser indéfiniment. Mais je ne savais pas que je serais aussi chargé et aussi peu en état de conduire toutes mes petites entreprise qu’aujourd’hui. Je me maudit. J’ai fait un houmous. On m’avait dit de mettre le jus d’un demi citron, c’est ce que j’ai fait, mais ce demi citron là n’était composé que de jus. Ça n’arrêtait pas de couler. Je pressais, je pressais, ça coulait toujours. On m’avait dit de mettre une à deux gousses d’ail. J’en ai mises deux. Mais l’une comptait pour deux déjà, ça fait trois. On m’avait dit de mettre une cuillère à soupe de sel. J’en ai mis une. Mais bien trop pleine. Résultat ? C’est presque imbouffable. Je crois que je fais de l’hyper-tension depuis que j’en ai goûté une cuiller à 17h. Enfin, y en a qui aime ça. Espérons qu’ils aiment ça. Faut juste pas s’en tomber sur la peau sinon c’est la brûlure assurée. Bon, si ce n’est pas bon, ça les fera au moins rire. Apporter la bonne humeur, c’est déjà ça.

Et Beethoven. Et Beethoven… Et Beethoven !!! Beethoven qui me rend fou. Beethoven qui me déprime. Beethoven qui me culpabilise. Beethoven que je n’en vois plus la fin. Établir une chronologie, chercher les thèmes fort, sélectionner les œuvres, éditer les morceaux pour n’en faire que des extraits, choisir les images pour illustrer, créer un récit, compacter pour que ça tienne en une heure et quart de conférence, rédiger les antisèches. Oui, je sais, ça fait longtemps que j’y suis et que je vous saoule avec ça, ça fait surtout longtemps que je ne le fais qu’à moitié. La semi-procrastination qui force à tout refaire au dernier moment sera le sujet de ma prochaine conférence. Pour l’instant c’est Beethoven et je le déteste autant que je me déteste. Je ne parle pas de sa musique. Je parle du fait qu’il ait existé et que j’aie accepté d’en faire une conférence alors que clairement, je n’en ai personnellement rien à faire de Beethoven et que c’est une corvée que je me traîne depuis des mois. Ah, qu’est-ce que c’était simple avec Bach. Baba. Johan. Jojo. Jojo Baba, que j’aime d’amour pur, d’amour vrai, d’amour total. Sauf quand c’est chiant. Mais hein, ça arrive à tout le monde. Même aux gens qu’on aime.

Allez, j’ai grillé ma demi-heure. Encore un jour où je n’aurais pas le temps de me relire. Je vous ai dit que j’étais encore malade ? Je ne sais pas. Pas le temps de vérifier. Je suis toujours malade et il y a encore eu des averses aujourd’hui. C’est le pire printemps, météorlogiquement parlant, qu’on ait connu à Montpellier depuis… depuis… depuis que j’y habite en fait. Ça n’aide rien. Hier le Lez à débordé, j’ai pas le temps de chercher les images. Allez voir par vous même. Vous voyez, le Verdanson qu’était pas à sec dans l’article d’il y a quelques jours, c’était un mauvais signe ! Et Saint Hermentaire n’y a rien pu faire de sa petite allée. Allez, en parlant d’allée, il me faut y aller.

Passez une bonne ou une mauvaise soirée, je n’ai pas le temps de m’en soucier.

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Photo par Gwlad (galerie du Triangle)

#127 – Comment embrasser plus grand·e que soi sans passer pour un·e con·ne

Et oui. C’est compliqué. On aimerait saisir ses hanches, on attrape ses cuisses. On voudrait passer ses bras derrière son cou, on se luxe une épaule. On souhaiterait de tout son cœur profiter du moment, mais on est trop concentré·e à tenter péniblement de conserver son équilibre, tendu·e sur la pointe des pieds que l’on est, pour se laisser réellement aller. Et puis, on s’imagine dans l’œil des gens qui passent. Que voient-ils ?  Sans doute quelque chose qui ressemble à un enfant perché sur une chaise branlante, le souffle court, et dont le bras potelé tendu à son maximum essaie désespérément d’attraper le paquet de céréales sur l’étagère la plus haute de la cuisine. Pas glorieux. Vous allez me dire : on s’en fout. Oui. Vous avez raison. Vraiment, on s’en fout. Mais j’ai trouvé une technique qui me permet d’embrasser mon amie plus grande que moi d’une tête sans effort et tout en marchant ! Vous ne croyez quand même pas que je vais garder ça pour moi ? Non seulement je suis trop généreux par nature pour garder un bon conseil par devers moi, vous pouvez applaudir, mais également, et vous le savez bien, il faut que je remplisse ce blog et je ne suis pas noyé sous l’inspiration ces derniers temps. Voici donc ma botte secrète pour embrasser plus grand·e que soi sans passer pour un·e con·ne :

Commencez par aller vous promener à deux dans les rues de votre ville, sinon ça ne marche pas, et tenez-vous par la main. Laquelle, de main ? Celle que vous voulez. Je ne vais pas commencer à préciser main gauche et main droite puisque évidemment pour la personne de droite ce sera la main gauche, et la main droite pour celle de gauche. Si vous m’interrompez comme ça toutes les cinq minutes on ne va pas s’en sortir. Vous vous tenez la main, donc. Vous êtes la personne la plus basse de cul, mais cela ne vous empêche pas d’être très amoureuse·x, ou c’est en tout cas ce que vous voulez bien vous raconter. C’est qu’on s’illusionne facilement vous savez. Bon, enfin, ça c’est votre problème. Il vous vient alors une irrépressible envie d’aboucher votre conduit digestif à celui de la personne qui vous accompagne, par l’extrémité la plus pratique, celle d’en haut. Je vous rappelle que nous sommes dans la rue. Rien de plus simple : il suffit qu’au moment précis où votre grand·e amour pose son pied le plus proche du votre par terre (c’est donc le moment auquel son centre de gravité et le plus proche de vous tout en étant le plus bas), votre jambe de son côté soit, elle, la plus tendue possible (c’est donc le moment ou vous êtes au plus haut). Exactement à ce moment là, tirez sa main vers le bas d’un petit geste sec, et pivotez votre visage vers elle pour l’embrasser. Attention, vous avez moins d’un quart de seconde pour réaliser cette action. Pour que le geste paraisse naturel, il convient qu’il ne modifie en aucune manière le rythme initial de la marche. Sinon, c’est raté. Vous risqueriez en plus de vous casser la gueule, et vous ne pensez pas que vous avez déjà l’air assez bête comme ça ?

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Photo par Gwlad (avenue de Maurin)

Bonus : Si deux personnes de la même taille veulent marcher tout en s’assurant que les extrémités de leurs appareils digestifs restent toujours au même niveau afin de les ventouser l’une à l’autre, c’est possible aussi ! Il suffira que la personne de gauche synchronise exactement le mouvement de sa jambe droite avec le mouvement de la jambe gauche de la personne de droite. Évidemment, ça ne marche que pour les positions relatives de l’un·e par rapport à l’autre, pas pour l’orientation politique. Ce n’est pas qu’une personne de gauche et une personne de droite ne puissent pas tomber amoureuses, c’est que PERSONNE ne veut embrasser une personne de droite.

(Ceux et celles qui croiront après lecture de ce paragraphe que je pense réellement qu’il y a des gens de gauche et des gens de droite sont des gens de droite.)

#120 – De l’herbe qui serait plus verte selon où on se trouve

Partir. Rester. Rester. Partir. Bof.

Longtemps j’ai voulu quitter Montpellier. Je ne m’y plaisais plus. Je n’y trouvais plus rien à faire. C’était la mauvaise période. Depuis combien d’années est-ce que j’y habite ? Depuis septembre 2005. Bientôt treize ans. Moins une année en Erasmus à Canterbury. Douze ans de Montpellier. C’est en revenant d’Angleterre que j’ai commencé à m’y sentir comme en cage. Je vivais mal. J’avais détruit un peu tous mes repères en bon iconoclaste que j’ai longtemps été, sans prendre le temps de m’en créer de nouveaux. Et puis quasiment tous mes amis étaient partis. Ce n’était pas vraiment une question de ville, en fait. C’était une question de ce que je faisais de ma vie et avec qui. Ayant pris conscience de ça, j’ai décidé que cet ici n’était sans doute pas pire qu’un autre, et qu’en plus il y faisait beau. J’ai appris à me renseigner un peu sur ma ville. Les rues, les bars et autres commerces, les évènements, les milieux créatifs. Je m’y suis fait. Des amis sont revenus. J’ai commencé à bosser en bénévole dans quelques associations, ça m’a aussi pas mal aidé à me sentir plus en prise avec ce qui se passait dans ma région du monde. J’ai développé mes hobbies d’une manière un peu plus structurée que par le passé, participer à quelques projets artistiques collectifs dans la ville m’y a également bien aidé. Enfin, j’ai décidé d’ouvrir un blog, en me disant que les jours de rien-à-dire, j’aurais toujours assez de choses à raconter sur la cité pour combler les vides. C’est ce que je fais.

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Photo par Gwlad (rue Catalan)

Et si je devais en partir aujourd’hui ?  En y réfléchissant bien, je ne crois pas que ça me chagrinerait beaucoup. Puisqu’on ne sait pas de quoi l’avenir est fait, je parlerai seulement de ce que je  devrais abandonner si j’en partais. Eh ben, ma foi, je n’abandonnerais pas grand chose. Mes activités, je peux les exercer où je veux. Que ce soit la musique, l’écriture ou le dessin, je n’ai besoin de rien à part d’un bureau, un ordinateur, quelques feuilles et un pinceau. Pour les cours que je donne tous les quatre mois, c’est pareil. Ici ou ailleurs… la clientèle est inexistante. En ce qui concerne le milieu associatif, il y a partout des associations en manque de bénévoles. Les causes pour lesquelles s’impliquer ne manquent pas, nulle part. Vraiment, à part pour mes vingt cartons de livres et mon home studio, je suis très nomade-friendly : on peut me trimballer n’importe où, je trouverai toujours quelque chose à faire. Non, ce qui me manquerait le plus, si je devais partir, se serait les gens bien sûr. Ne plus voir les amis que par webcams interposées, c’est-à-dire jamais, puisque je n’aime pas ça les webcams, ce serait dur. Enfin, ce serait dur. Je pourrais toujours venir leur rendre visite le temps d’un week-end. Après tout, Lyon, ce n’est pas si loin de Montpellier.