#160 – …alors que revoilà Lille, qu’on n’attendait plus, mais fait une magnifique remontée pour revenir dans la course !

Alors que la certitude de vivre à Lyon l’année prochaine était désormais fortement ancrée en nous, voilà que le spectre d’une vie à Lille refait surface. Comme une ombre plane au dessus de nos têtes, à mon amie et moi. Quand je le dis comme ça, on pourrait croire que c’est terrible, la perspective d’emménager à Lille. Il n’en est rien. Je suis sûr qu’on y trouvera notre bonheur, comme partout ailleurs. Il aurait peut-être simplement fallu que la réponse d’admissibilité de mon amie dans l’une des universités de la ville tombe une semaine plutôt, c’est-à-dire à la date qui était prévue, c’est-à-dire (bis) avant que je me rajoute sur le bail à Lyon. Je l’aurais peut-être mieux pris. Ça nous aurait évité bien des soucis administratifs. Ah, l’administration ! Rien que de le dire, j’en ai le cœur qui palpite. Attention, je ne suis pas de ceux qui crachent sur les personnes travaillant dans l’administration, mais je ne peux nier la lourdeur des systèmes eux-mêmes et le désespoir dans lequel m’ont fait tomber nombre d’entre eux lorsque j’ai eu à effectuer quelque démarche que ce soit par leur biais.

Sans compter cette saloperie d’agent immobilier qui n’a pas voulu faire un avenant pour mon inscription sur le bail à Lyon et m’a juste ajouté comme ça. Ah, c’est de l’argent économisé dites-vous ? Oui. Enfin, non. Ça fait qu’officiellement je vais être considéré comme résidant dans l’appartement de Lyon, en couple, depuis le 1er juin, alors qu’en fait ce ne sera réellement le cas qu’au 1er août. Le 1er août, c’est la date à laquelle je ne serai plus ni officiellement, ni réellement, célibataire résidant à Montpellier. Ça aurait été trop parfait. Mais non, là je vais être considéré comme ayant deux appartements en juin et en juillet, comme célibataire et en couple à la fois, sans compter que ce n’est pas la même région, donc pas la même CAF qui va s’occuper des dossiers d’aide au logement, et qu’il y aura du délai dans le transfert de mon dossier. Et allez expliquer ça à une administration. Rajoutez à ça un possible déménagement à Lille à partir du mois de septembre. Re-changement de situation, re-transfert de dossier…

Non, là, vraiment, je m’inquiète. Je me demande quelle somme dépensée dûment on va me faire rembourser. Je me demande quoi déclarer quand, pour ne pas perdre six mois d’aides nécessaires à ma survie. Je me demande où je vais vivre dans deux mois. Je me demande aussi comment je peux à ce point râler dans une pays où, même si l’administration n’est pas parfaite, j’ai au moins droit à des aides alors que je suis membre depuis si longtemps de la fédération internationale des gros·ses branleurs·ses. Bon, ça, je ne me le demande pas trop fort. Parce qu’aujourd’hui, j’ai envie de râler. Ça me fait du bien. C’est ça ou faire de la colique.

#153 – Prince et mon pote

J’ai vécu neuf mois en Angleterre. J’étudiais l’anglais à l’université, j’ai donc profité du fameux programme Erasmus pour voir si les bières étaient meilleures de l’autre côté de la Manche. La réponse est non. Leur cidre est meilleur, par contre. Servi à la pression et atteignant les 9°. C’était quelque chose. Aujourd’hui, si je ne bois plus, c’est parce qu’à cette époque là, justement, j’avais appris à trop boire. Je m’étais fixé un seul objectif : quoi qu’il arrive, ne pas rester avec les Français. J’ai dit que j’avais appris à trop boire là-bas… C’est vrai. Disons que j’y ai obtenu mon Master d’alcoolisme, j’avais déjà eu la Licence en France, la célèbre Licence IV. Il m’a donc été facile de tester plusieurs bars jusqu’à trouver ma famille dans l’un d’eux. Je me suis fait des potes assez rapidement. Et je me suis fait tout particulièrement deux amis. Deux qui étaient là en cas de pépin, deux à me donner rendez-vous, à répondre aux miens. Ils étaient musiciens de rue. Dans leur ville, c’était accepté, on se choisissait un coin de rue et on y jouait ce qu’on voulait, je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui. L’un touchait un peu à tout, guitare, saxophone, clarinette même il me semble, l’autre c’était guitare et voix éraillé déraillante. En parlant de toucher un peu à tout, niveau drogues aussi, ils touchaient un peu à tout. Alcool, clopes, joints, cocaïne, MDMA, kétamine… J’en oublie sans doute. Ce n’était pas mon cas, mais ça ne nous empêchait pas de bien nous marrer ensemble. Aux terrasses des bars, ou dans les rues, ou dans les cimetières quand on voulait chanter du Tom Waits jusqu’au bout de la nuit sans faire chier les voisins. Pourquoi je vous raconte ça aujourd’hui ? Parce qu’il y a quelques mois j’ai appris la mort de l’un d’eux. En trainant sur le subreddit de la ville. Dès que j’ai vu le titre, deux musiciens de rue retrouvés morts dans telle rue, j’ai eu un coup au cœur, j’ai pensé à eux. Ce n’était pas eux. C’était l’un d’entre eux. Il avait trente cinq ans. La police déclarait déjà que les causes de la mort n’étaient pas suspectes, je me doutais bien que c’était une overdose. Aujourd’hui j’en suis sûr, j’ai lu les résultats donnés à la presse par le médecin légiste. Overdose de Fentanyl.

Avant de vous parler du Fentanyl, laissez-moi vous dire que dans le même quartier, ils sont trois, entre vingt-cinq et trente-cinq ans, à être morts de la même merde en une semaine. Y a un petit dealer qui a dû prendre ses billets pour un pays lointain fissa après ça.

Le Fentanyl, c’est un opioïde synthétique, un antidouleur hautement addictif. Aux États-Unis, il a largement été distribué par les médecins. Parfois, on allait jusqu’à offrir les premières boîtes aux patients. Ça vous rappelle quelque chose ? Pour mourir d’une overdose de Fentanyl, il suffit d’en prendre 2mg. C’est 200mg pour l’héroïne. Je vous laisse réfléchir à ça. C’est de ça que Prince est mort il y a quelques mois également (et peut-être la chanteuse des Cranberries, aussi). Prince et mon pote. Un musicien des rues, un musicien des stades, tous les deux ont claqué de la même merde. Il paraîtrait que c’est une hécatombe aux États-Unis, au Canada, et maintenant en Angleterre, le Fentanyl. Prince se le faisait prescrire, mon pote se l’est fait refourguer comme ça, ou alors on en avait mélangé à autre chose et il n’a même pas su qu’il en prenait. C’est là que le statut social fait la différence.

Bref le Fentanyl c’est de la merde. Dites-le autour de vous. Ah, et si vous preniez de l’héroïne, faites encore plus gaffe qu’avant, les petits merdeux de dealers la coupent maintenant au Fentanyl sans vous le dire dans bien des régions du monde, pourquoi pas bientôt en France. C’est pas très intelligent commercialement parlant, mais bon. Allez, il se fait tard, je suis triste et fatigué. À demain.

#143 – La fin d’une longue série

C’est le cent quarante-troisième jour que je passe sur ce blog pour vous écrire un petit mot. Pas seulement le cent quarante-troisième, mais le cent quarante-troisième d’affilée. Sans aucun trou. Même si, je l’admets, c’était parfois un seul petit paragraphe, juste pour vous dire que je n’écrirai rien parce que j’étais fatigué ou malade. En tout cas je me connectais à wordpress, et je vous bavais un petit quelque chose. Cent quarante-trois jours, c’est pas rien. Oh la la, je vous vois anxieux·se ! Attendez, on va mettre les choses au clair : je n’arrête pas définitivement le blog. Bien que ça ne tardera pas à venir puisque dans un peu plus d’un mois je ne serai plus Montpelliérien. Mais là, non, c’est juste que je vais partir en week-end dans un endroit où même si je prenais mon ordinateur, je n’aurais sans doute pas d’accès internet. Pendant deux jours, au moins, je serai donc incapable de poster un message. Pour ce que je poste ces derniers temps, vous me direz… Et je suis totalement d’accord avec vous. On s’emmerde ici récemment. Je ne prends plus grand plaisir à ça, mais je continue, on ne sait jamais que ça revienne. Vous savez comment c’est, la motivation, on n’y comprend rien, on la subit ou on déplore son absence. Et puis justement, après tant de jours à tenir, ça m’ennuie beaucoup d’arrêter. Même trois jours. Même un seul. Même si je n’ai rien à dire, ou pas l’envie de me creuser la tête. Écrire pour écrire me suffirait. Ne pas lâcher, c’est ça le jeu, pour moi.

On pourrait me dire : « et depuis ton téléphone ? » Et ben, je vous ai pas raconté que je n’en avais plus ? Enfin c’est pas vrai, j’en ai acheté un nouveau d’occasion, mais comme le dernier m’a lâché au bout de sept ou six ans et que j’avais pris mon forfait encore bien avant ça, il ne m’était pas venu à l’esprit que non seulement on était passé des cartes sims au micro sims (ça je savais) mais qu’on était encore passé des micro sims aux nano sims ! Je me sens dinosaure observant une pluie de météorites au sommet d’un volcan. Toujours est-il que non, je ne peux pas me servir d’un téléphone, j’attends que ma sim arrive, et je n’aurais pas pu quoi qu’il en soit, car je me refuse à avoir internet sur mon téléphone. Dinosaure, je vous dis.

On pourrait également me dire que je n’ai qu’à écrire deux ou trois articles à l’avance et les programmer pour qu’il soient publiés durant le week-end, mais non. Ça n’a aucun intérêt. L’intérêt, pour moi, c’est de me forcer à écrire chaque jour. Combattre ma fainéantise naturelle et m’entrainer à ne pas être trop imbitable même quand je suis crevé. Cela dit, vous savez quoi ? Tant que j’ai quelque chose à combattre en moi, ça me va. Le vrai masochiste trouvera toujours le coin à orties dans une grand pré vert inondé de soleil. Et comme en ce moment ce qui m’emmerde le plus c’est de me sentir obligé d’écrire sur ce blog, que je sens que ce n’est pas très sain, que je le vois un peu comme un toc naissant le fait de ne pas accepter de ne pas sortir un texte par jour, je vais profiter de ce week-end pour combattre ça. Combattre cette impression que c’est mal alors qu’en fait tout le monde s’en fout, et que je devrais m’en foutre aussi. Ah, voilà qui est mieux ! Je peux partir en week-end sereinement. Passez-moi ce fouet, Simone, vous serez gentille. *schlak* aïe *schlak* ouille *schlak* encore *schlak* aïe…

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Photo par Gwlad (espace Pitot)

#136 – Anti-crastination

Je suis contre, contre, et re-contre la crastination. Les pro-crastineurs et neuses sont de sales bêtes. Je le sais, j’en suis un moi même. Ça ne m’empêche pas de me détester pour ça. Voyez, après une journée d’enfer, je ne peux même pas rejoindre mon amie dans la fraîcheur de son lit (il fait très lourd et chaud, s’il avait fait froid j’aurais dit la chaleur de son lit, je veux dire dans le lieu agréable qu’est son lit, cherchez pas le petit détail qui fait chier), alors que nous ne nous reverrons pas avant dimanche soir. Il est 23h et je n’ai pas fini ma conférence sur Beethoven. Quand je dis pas fini : j’ai toutes mes notes, je sais ce que je veux dire, j’ai choisi les morceaux pour illustrer mes propos, mais je ne les ai pas encore téléchargés, édités pour qu’ils tiennent en une heure de conf, ni intégrés dans la présentation powerpoint. Je n’ai pas non plus les images. Quand est-ce que je donne cette conférence ? Demain à 15h, autant vous dire que je ne vais encore pas beaucoup dormir. Ce dernier mois je dois dormir en moyenne quatre heures par nuit tant je croule sous les activités. Les miennes, plus celles de mon amie en pleine tempête de fin d’année universitaire et de sélection hardcore pour la suite de ses études. On passera bientôt du tout au tout car à partir du 1 juillet, à part un déménagement vers une ville encore inconnue au cours du mois d’août je n’ai absolument rien de prévu. J’en rêve chaque nuit, de faire des nuits de huit heures.

Enfin bon, tout ça pour vous dire que c’est encore pas aujourd’hui que je vais vous raconter quelque chose d’intéressant. J’en suis fort désolé. Vous n’avez qu’à m’imaginer en train de pleurer de stress en écoutant la sonate au clair de lune devant mon ordinateur jusqu’à trois heures du matin.

Bises.

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Photo par Gwlad (espace Pitot)

#129 – Mes dents m’aident pas

Il y a dix ans, j’avais vingt ans. Pas exactement. J’avais un peu plus de vingt ans. Il y a presque dix ans, j’avais à peu près un peu plus de vingt ans. C’est là que mes dents de sagesse ont commençé à me travailler. Ça me faisait un peu mal, elles perçaient tout juste la gencive. J’étais allé voir un dentiste juste avant mon départ pour l’Angleterre. Histoire de voir s’il valait mieux que je les fasse arracher avant de partir ou si ça irait. Le gars en blouse me dit : « il n’y a aucun souci, elles sont sorties, c’est bon. Et puis vous avez de grosses mâchoires, vous aurez la place. Je vous fais un détartrage ? » Je n’avais pas confiance. Je sentais bien qu’elles n’étaient pas du tout sorties. Et puis ce n’était pas mon dentiste à moi, celui chez qui j’allais d’habitude. Ce dernier n’était pas disponible à cause du fait qu’il était mort. Cancer foudroyant. Moins d’un mois après l’annonce de la maladie, il était froid. Et est-ce que c’est une attitude très responsable pour un médecin de partir sans prendre le temps de prévenir ses patients ? Je vous le demande. Moi-même j’ai ma petite idée. Enfin, j’ai dû me rabattre sur l’autre truffe qui venait juste de finir ses études.

Il y a deux opinions très partagées au sujet des médecins ayant tout juste fini leurs études :

  1. Ce sont les meilleurs, ils ont encore tous leurs cours bien en tête, et puis ils ont pu bénéficier des toutes dernières découvertes de la science pour renseigner leur pratique.
  2. Ce sont des petites merdes arrogantes qui n’ont aucune expérience. Feraient mieux de pratiquer un peu avant de pratiquer.

Le dentiste sur lequel j’ai eu le hasard de tomber était très jeune, n’était pas particulièrement arrogant, mais n’y connaissait apparemment pas grand chose en dents de sagesse. Il devait être malade le jours où on en avait parlé en cours, ou alors il avait la gueule de bois. On les connait les étudiants.

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Photo par Gwlad (galerie du Triangle)

Pourquoi que je vous parle de ça ? Parce que ça fait dix ans que j’en bave de mes dents de sagesse qui n’en finissent pas de pousser et de pousser et de pousser. Ça pousse vers le haut, ça pousse vers le bas, ça pousse à gauche ça pousse à droite. Clairement il n’y a pas la place. Ça me défonce toutes les autres dents, comme des dominos qui ne tomberaient jamais mais onduleraient doucement au gré des inflammations. C’est pas tout le temps, heureusement, c’est seulement tous les trois jours ou quatre. Ça fait dix ans que j’endure la douleur sans oser aller voir un dentiste pour me les faire arracher. Déjà parce que comme tout le monde je n’aime pas me faire arracher des parties du corps. Aussi parce que j’espère que ça va bien finir par s’arrêter. Et puis je me dis que s’ils sont aussi forts pour opérer que pour faire des pronostics… Pour ne rien arranger, le dernier dentiste que j’ai vu (pas pour les dents de sagesse) s’est avéré être un escroc total doublé d’un beauf tendance Ibiza qui te raconte ses vacances, techno jungle/house à donf dans le cabinet, pendant qu’il te démonte la gencive à grands coups de je-sais-pas-comment-s’appelle-son-attirail-de-tortionnaire.

Pourquoi que je vous parle de ça ? (bis) Parce qu’à cause de ces saloperies de dents, plus des quatre ou cinq moustiques qui se sont relayés toute la nuit pour me poignarder sur chaque centimètre carré de ma peau dépassant du drap, j’ai dû dormir deux heures max et que je ne suis donc pas en état de vous écrire une note de blog digne de ce nom. Vous pouvez ajouter à ça le fait que j’ai passé la journée à corriger des machins pour moi et pour mon amie, et que je me suis tapé deux trajets épuisants sous les traditionnelles averses orageuses (traditionnelles puisqu’on a quasiment pas eu un jour sans averses depuis deux semaines maintenant, j’estime qu’on peut parler de tradition) pour visiter une connaissance hospitalisée à l’autre bout de la ville. Donc n’espérez pas, je vous dis. Pour l’article de blog d’aujourd’hui, c’est niet.

#122 – Le petit train de l’Histoire

Je cherche quoi vous raconter de beau. Je me dis tiens, que s’est-il passé à Montpellier il y a mille ans ? Que s’est-il passé à Montpellier il y a deux mille ans ? Pas à peu près. En quelque chose mille dix-huit. Le genre de trucs qu’on se demande quand on n’a rien à dire et un blog à remplir quotidiennement. Je n’ai tout de même pas le vice d’espérer trouver une information concernant 31 mai 18 exactement. Je me documente, donc. Évidemment je ne trouve rien. Rien de bien précis. Rappelons que la ville n’a été fondée qu’en 985. Apparemment la Via Domitia romaine traversait ce qui deviendrait Montpellier dès 118 avant Jesus-Christophe. Ah, vous ne le saviez pas ? Christ est le diminutif de Christophe en hébreu ancien, et moi je n’ose pas appeler un dieu par son diminutif.

En parlant d’hébreu, on nous dit sur Wikipédia que le 6 avril 1018, un « dimanche de Pâques : l’ancienne coutume de frapper un Juif dans l’église pendant la semaine sainte se termine tragiquement à Toulouse. Le Juif a le crâne brisé, qui laisse échapper sa cervelle (selon Adémar de Chabannes). »

On apprend du coup qu’il y avait des années où cela ne se passait pas tragiquement.

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Photo par Koinkoin (rue du Général Campredon)

À Villanueva de Vera, jusqu’aux années 90, on battait un âne à mort, le plus vieux du village, toute une après-midi, à chaque mardi gras. Ensuite on a pris garde de ne plus le tuer. Ouf. Vous croyez que c’est un cas isolé ? Un article du Soir de 1991 est à glacer le sang à ce sujet. Juste un petit extrait :

« Il ne faut pas que l’on considère que notre présence ici vise seulement à empêcher que l’âne de Villanueva soit maltraité, précise Roland Gillet, sénateur honoraire, bien connu pour sa passion envers les animaux, et qui a tenu à apporter son soutien aux différentes SPA. Ceci doit servir d’exemple. Il existe en Espagne quelque 3.000 fêtes de ce type-là.

On ne compte plus en effet les oies décapitées, les poulets battus à mort, les chèvres vivantes jetées du haut d’un clocher, les vachettes transpercées de lances ou de fléchettes »

Ah la la, qu’est-ce qu’on en trouve de jolies histoires quand on se plonge dans l’Histoire ! Mérite bien son H majuscule, l’Histoire, tiens. C’est pas n’importe quoi. Vous avez lu Mangez-le si vous voulez ? Vous devriez.

Bon. On a bien digressé. Où j’en étais ? Montpellier ? Oh… On verra demain.

#115 – Images Singulières à Sète

Allez, on y va. Cette fois-ci c’est la bonne. Attention, ça va être long.

Hier, donc, on était à Sète pour le festival Images Singulières. Dixième édition de ce festival international consacré cette année à la photo documentaire.

Partis à trois dans le camion aménagé de Maurice, mon colocataire, avec l’ami Feldo, nous avons traversé Sète d’est en ouest avant de nous garer au parking (gratuit) du Théâtre de la Mer Jean Villard, ce vieux reste de fortification avec vue sur la Méditerranée où j’avais eu la chance de voir jouer Marcus Miller en 2015. Cette fois-ci, point de musique, mais des photos, et une amie, Léa, pour nous accueillir et nous présenter les photos. Qui exposait ? Justyna Mielnikiewicz. Cette photographe de quarante-cinq ans documente, dans cette sélection de ses œuvres nommée The Meaning of a Nation, la vie des gens des pays du Caucase ou d’Ukraine. Des civils, des soldats. Des femmes et des hommes vivant dans des régions dont l’équilibre politique est précaire. Du noir et blanc, de la couleur, et un fil rouge : les rapports d’amour-haine entre ces peuples et l’empire gigantesque qu’est la Russie. Les tirages sont très beaux, et vous pouvez compter sur la médiatrice pour une contextualisation en profondeur de ces travaux.

Après avoir fumé notre clope avec la médiatrice (c’est comme ça, on connait des gens hauts placés, ne soyez pas jaloux·ses), nous nous sommes dirigés à pieds vers la MID. La Maison de l’Image Documentaire. Qu’a t-on vu là ? L’expo d’Arlene Gottfried, L’Insouciance d’une époque. Qu’en dire ? Les années 60 à 70, les plages américaines naturistes ou non, les quartiers populaires de New York City, par les portraits noir et blanc d’individus en apparence insouciants. De vraies gueules, de vraies dégaines. N’y allez pas pour voir des paysages. C’est cadré serré. Seul l’humain compte ici. Les regards, les actions, les accoutrements parfois farfelus, parfois la nudité, physique ou sentimentale, sont notre navette. On voyage en des régions et des époques loin loin loin de notre ici et maintenant à travers l’image des humains qui peuplaient ce recoin de l’espace-temps. Les tirages sont petits et leur qualité moyenne. C’est dommage, mais ce n’est pas la catastrophe non plus. Ne vous inquiétez pas, vous en aurez pour votre… ah ben non, c’est gratuit, alors vous plaignez pas.

Oui, je n’avais pas précisé, mais toutes les expositions du festival sont gratuites.

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Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

Un autre lieu d’exposition était la chapelle. Bon. On n’y a pas été. Enfin, on est bien allés voir une expo photo dans une chapelle, mais on s’est rendus compte à la fin de la journée que ce n’était pas la bonne. Rien à voir avec le festival. Un artiste avait loué le lieu pour exposer ses propres photos d’un élagueur grimpeur. C’était sympa quand même, mais du coup on a pas vu les travaux de Stéphane Couturier. Tant pis.

PAUSE REPAS – On a mangé des tielles.

Ma chère Natha, j’ai bien reçu ton commentaire de ce matin dans lequel tu me demandais ce qu’était une tielle. La tielle, c’est une spécialité Sètoise. Comme Georges Brassens (mais à la différence des tielles, les Georges Brassens ne se mangent pas, attention donc à ne pas les confondre). C’est une tourte dont la pâte est fine, souple, grasse et orange. À l’intérieur, une sauce tomate épicée et du poulpe. Beaucoup de tomate, un peu de poulpe. On la mange froide ou chaude. Tu en trouveras ici la recette exacte. Mais je t’en supplie, soit gentille avec les poulpes. Ces petites bêtes-là sont sensibles, intelligentes, possèdent sans doute une conscience d’elles-mêmes, et n’aiment pas particulièrement qu’on leur découpe les tentacules, d’autant que l’ail sur les plaies, ça pique.

PAUSE REPAS – J’ai bu un jus de litchi. J’avais demandé poire.

Ensuite, direction l’ancien collège Victor Hugo. Attention, ne pas confondre avec le nouveau collège Victor Hugo. On a confondu. On a marché un petit quart d’heure avant de trouver le lieu, mais on n’a pas été déçus. Les travaux de trois artistes y étaient exposés. Enfin, un et deux. Ceux de Gabriele Basilico, et ceux de Andrea et Magda.

Basilico prenait des bords de mer en photo. Prenait parce qu’il est mort. Des bords de mers parce qu’il était payé pour. Pas n’importe lesquels, les bords de mer, ceux du nord. Les photos sont grandes et belles, elles occupent le rez de chaussé et une partie de l’étage, il y a de quoi s’en prendre plein les mirettes. C’est du noir et blanc. C’est souvent du noir et blanc, vous allez me dire. C’est vrai. On a remarqué ça aussi.

Andrea et Magda présentaient plusieurs séries sous le titre d’Horizons Occupés. Clichés de Palestine, Jordanie, du Liban ou d’Égypte. Vous voulez voir des villes de pierres blanches au design futuriste montées par un investisseur américano-palestinien et que personne n’habite ? Allez-y. Vous voulez constater le effets du tourisme sur les régions, elles, plus si désertiques que ça mais marketées comme telles ? Allez-y. Vous aimeriez voir l’envers du décors d’une série qui retranscrit aussi fidèlement la vie au Moyen-Orient que plus belle la vie le way of life marseillais ? Allez-y. C’est très beau, tout ce gâchis. Très esthétique. Il vaut mieux le voir en photo que de vivre à proximité. Il vaut mieux en rire que de s’en foutre, comme disait l’autre chanteur dégagé.

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Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

Après tout ça, direction les Entrepôts Larosa, où ma colocataire en stage pour le mois nous attendait de pied ferme pour nous offrir un petit café et une belle visite des huit expositions (si je n’en oublie pas) présentes en ce lieu.

C’est là que j’ai trouvé ma came. J’y ai découvert les travaux de Mauricio Toro Goya. Et quel travaux ! Des photos très particulières, des ambrotypes néo-baroques, de la mise en scène, du flou et de la surcharge, du symbolisme à portée critique et politique. Toro Goya retrace l’histoire violente de l’Amérique Latine. La mort est là, partout présente, esthétisée pour raconter les horreurs de l’ère Pinochet et de toutes les maltraitances qu’ont subies les peuples de cette région du monde des années 80 à nos jours. Si vous le pouvez, demandez une visite guidée. D’ici, on ne peut pas comprendre cette sur-accumulation de symboles qui nous sont étrangers, pourtant aucun élément n’est là par hasard. Bref, allez voir ce que fait ce garçon, moi je n’en reviens toujours pas.

J’ai également découvert les photos intemporelles de Martin Bogren. Une espèce de petite révélation. Je prends beaucoup plus de plaisir devant le flou, quand mon imagination doit remplir le vide, que devant une image moderne ultra nette. Une exposition parfaite pour projeter ses sentiments sur des images qui ne disent rien par elles-mêmes, ni d’où elles viennent, ni de quelle époque elles sont tirées, ni qui est la personne photographiée. Je sur-kiffe pour parler jeune vieux.

Et João Pina, on en parle de João Pina ? Pardi qu’on en parle. Des images magnifiques du Brésil. Magnifiques ? Les photos le sont, oui. Mais il ne faut pas être choqué·e par les flaques de sang sur les trottoirs des favelas et les larmes de mères en deuil. Sinon c’est trop dur. Des gangs et des enfants. Des enfants dans les gangs. Et les jeux olympiques, et la coupe du monde de foot, à quelques kilomètres de là. Les mitraillettes dans le dos des adolescents et dans les mains des brigades policières. Des morts des deux côtés. Dix-huit par jour, on estime. Tout est là. Dans les photos. Faut pas fermer les yeux. C’est pas facile.

Et Alexander Chekmenev ? Mais bien sûr qu’on va en parler aussi. Chute de l’URSS. Du jour au lendemain, en Ukraine, il faut refaire tous les passeports. La population est appelée à venir se faire tirer le portrait d’identité. Toute la population ? Oui, toute, mais voilà, pour ceux et celles qui ne peuvent plus se déplacer, comment fait-on ? On envoie Chekmenev les photographier. Il va donc aller rendre visite à toutes ces personnes en incapacité de se déplacer, sur leur lieu de vie. Des personnes trop âgées, des personnes handicapées. La misère qu’il constate le frappe trop fort. Il lui faut élargir le cadre. Il lui faut montrer le dénuement sordide dans lequel le stalinisme a plongé une grande partie de la population des zones rurales. Alors, par ses propres moyens, il arrive à se financer une pellicule couleur. Une seule. Trente-six photos. La série s’appelle Passport. La plus poignante sans doute : une octogénaire, à la louche, vivant dans une seule et minuscule pièce. Elle est assise sur son lit, sur lequel repose toutes ses possessions : ses habits, sa cuisine (une bassine et quelques ustensiles), et au dessus de sa tête, comme l’étage d’un lit superposé, son cercueil, acheté à l’avance. Pourquoi faire refaire leur passeport à des gens incapables de se déplacer ? Ceux et celles qui l’ont reçu ont dû se poser la question. Une bonne partie ne les ont jamais reçus, ces passeports. Ils étaient morts avant. Ah la la, de nos jours les gens veulent tout tout de suite, savent plus patienter.

Il y a aussi le travail de Chloé Jafé, photographe française en immersion dans les vies des maîtresses de Yakuzas. De très belles images qui vous font penser aux structures sociales à la fois si particulières au Japon et si communes aux mafias et autres systèmes d’organisation rigides et patriarcaux.

Et puis, et puis, il y avait aussi l’expo collective sur mai 68. Le gros de l’exposition, ce sont des photos prises par les journalistes de France-Soir. On peut également voir des affiches d’époque, entendre un enregistrement de reportage radio en direct des affrontements. C’est beau. Ça donne envie de lutter contre. De lutter pour. C’est très léger, malgré l’état actuel du pays, à côté de toutes les autres expo. Cohn-Bendit a une maison de vacances à Sète. Il a été invité pour l’occasion. L’a pas voulu venir. Tant mieux. Qu’il reste chez lui. L’expo est assez dure comme ça pour des enfants, on n’a pas envie d’être obligé·e de passer sa visite à se retourner toutes les cinq minutes pour vérifier si notre petite-fille n’est pas en train d’ouvrir la braguette du vieux Cohn soi-disant de son plein gré.

Enfin, on est allés voir les moineaux. Quatre minuscules bébés moineaux lovés au creux d’une petite niche dans un mur au fond de l’entrepôt. Ils se cachaient bien, on n’a vu qu’un peu du duvet du dessus de leur crâne qui dépassait du nid. Ça c’est pas dans l’expo, mais je vous conseille tout de même de finir par ça. Un peu de douceur, ça ne fait pas de mal.

Bon. Pas de conclusion générale ? Non. Vous n’avez qu’à aller voir par vous-même. Le festival se termine ce dimanche 27 mai. Dépêchez-vous.