#118 – Ha, tu es là !

Je te retrouve enfin, oisiveté ! En ce dimanche grisouillant. Viens-là que je t’embrasse. Oui. Comme je l’avais dit : ce dimanche, je ne fais rien. Rien de rien. Enfin. Un peu de musique, et puis je rejoue à quelques vieux jeux vidéo. Mais en tout cas je ne rédige pas une note de blog. En plus, ne comptant pas sortir de chez moi aujourd’hui, je rate le dernier jour de l’expo de Willem. Je ne peux donc pas vous en parler. Vous voyez, vous n’avez rien à regretter. Allez, à demain.

#111 – Les œufs de ma grand-mère

Souvenez-vous. Il y a quelques semaines, je vous confiais au détour d’un paragraphe que ma grand-mère tenait absolument à me donner les œufs de ses poules. Pas la peine de nier, on n’oublie pas aussi facilement un si grand moment de littérature. Elle disait, ma grand-mère, savoir que je ne mangeais pas les œufs des poules que je ne connaissais pas. C’est un fait. Et c’est fait. Elle me les a donnés. Quatre œufs frais du jour. Sept poules, quatre œufs par jour en moyenne. Elle ne peut pas tous les manger. Moi, je n’en mange pas, mais je ne peux rien refuser à ma grand-mère. D’autant qu’elle fêtait ses quatre-vingt-six ans. Ça vous intéresse pas ce que je raconte ? Bon. Alors parlons du sujet qui fâche.

Pourquoi que je mange pas les œufs des poules que je ne connais pas ? Parce que je n’achète pas de produits d’origine animale. Pourquoi que je n’achète pas de produits d’origine animale ? Parce que je ne veux pas contribuer à la bonne santé d’une industrie qui traite des êtres vivants de la manière dont il les traitent. Si, vous savez. Faites pas semblant. Parce que je n’aime pas le profit, et je l’aime encore moins lorsqu’il justifie la torture et le meurtre de consciences à la chaîne. Non, ne vous inquiétez pas, je n’aurai pas le temps de faire la morale à qui que ce soit ce soir. D’ailleurs, même quand j’en ai le temps je ne la fais pas. Si vous saviez… Je ne sais plus où me mettre quand on me pose des questions sur mon régime alimentaire alors qu’on est à table. Pourquoi les gens veulent-ils m’entendre m’expliquer sur mes sentiments vis-à-vis du grand massacre juste au moment où ils mangent un steak ? Alors que pour moi tout ça est une horreur absolue ? Genre la bande de Gaza du bout de la table ? Ils ne le veulent pas en fait, les gens. C’est parce qu’ils voient que je ne me jette pas sur ce qui est d’ordinaire le plus prisé sur la table qu’ils se posent la question. Bon, en général ils sont d’accord pour qu’on remette la discussion à plus tard quand je le leur fait remarquer.

Bon. Ma grand-mère. Son poulailler est plus grand que la plupart des appartements dans lesquels j’ai pu vivre ces dix dernières années, et même, les poules sont souvent en liberté dans le potager. Potager lui-même plus grand que n’importe quel appartement ou maison dans lesquels j’ai vécu depuis ma naissance. Alors je les ai pris, ses œufs. Mais je ne suis pas certain que ça ne me pose pas de problème pour autant en fait. Que les poules soient là non pas parce qu’elles ont le droit d’y être comme tout le monde, mais parce qu’elles sont destinées à nous nourrir m’agace. Voilà, je m’arrêterai là. Aujourd’hui je n’ai vraiment pas le courage d’écrire un long article et je n’ai toujours pas de photo. Je terminerai juste en précisant que j’ai écrit cet article en mangeant une portion de salade de lentilles à la feta, aux œufs et au jambon de montagne, que j’ai récupérée avant de partir de l’anniversaire, sinon ça allait finir à la poubelle.

#104 – On fait des phrases

Enfant, on est heureux·se pour rien ; adulte, on cherche des occasions de l’être. Paf. Aphorisme. J’aime pas trop les aphorismes. Ou alors juste pour les détourner. Disons qu’un aphorisme énoncé comme s’il résumait au poil une situation m’est toujours suspect. L’intérêt que je trouve à ces grandes phrases, c’est justement de pouvoir leur opposer toute une série de situations dans lesquelles elles deviennent fausses ou absurdes. Après tout, il faut bien qu’un cliché soit posé pour pouvoir le dézinguer. Il me semble que, de toute façon, on ne peut rien décrire dans sa complexité, sans partir au préalable d’une proposition sinon fausse, du moins caricaturale. Alors les aphorismes, je veux bien me les bouffer comme ça. Comme points de départ d’une réflexion. Pas comme des aides à consolider ce qu’on pensait déjà, à ré-affermir nos intuitions, des sentences qui te renvoient illico le bon sens bien sec dans la gueule et ne te laissent pas faire le pas de côté nécessaire à une plus riche observation de la scène.

Donc, si vous aviez trouvé que, oui, c’est très vrai, enfant, on est heureux·se pour rien ; adulte, on cherche des occasions de l’être, je vous invite à y réfléchir encore un peu. Vous remarquerez au passage que l’écriture inclusive, ça fait pas très aphorisme. L’écriture inclusive, j’en ai encore jamais parlé, même si j’expérimente sur le blog. Ça viendra un jour. Je n’ai aucune conviction en la matière, même si j’ai l’envie, entre autres, de lutter contre la surabondance du masculin dans mes propres textes, et de m’assurer que quand je représente un groupe ou fait mine de m’adresser à tout le monde, la lectrice ou le lecteur ne puisse pas faire autrement que de s’imaginer une foule mixte. D’autant que sur ce blog, vous l’avez remarqué, ne niez pas, je m’adresse souvent directement à vous. Des fois c’est vous, lecteurs, lectrices, des fois c’est vous, lecteur, lectrice, puisque je vous vouvoie (on s’était mis d’accord au cours des premières semaines du blog, je sais pas si vous vous souvenez). Dans le second cas, si je veux m’adresser à vous, là, seul·e derrière votre ordinateur, l’écriture inclusive est bien pratique.

Bon on a sauté du coq à l’âne. Pour en revenir aux aphorismes mais ne pas nous éloigner trop des animaux (et puisque je n’ai toujours pas de photos de nos reporters et que les pavés de textes, vous n’aimez pas ça et je vous comprends), nous finirons avec une petite fournée de proverbes non pas sur les animaux, comme la peau de l’ours qu’il faut tuer dans l’œuf ou les larmes du crocodile dévorant la blanche colombe, mais des animaux eux-mêmes.

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SENTENCES, MAXIMES, PROVERBES, DICTONS, ADAGES & PENSÉES

DES

ANIMAUX

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« Qui attend de pondre et a la colique s’abstient de voler. »

Dicton Aviaire

« Dieu doit être cruel, qui nous a fait l’odorat à l’image du Sien et nous a laissés vivre aux pieds de l’Homme. »

Lamentation Chienne

« Nous n’oublierons jamais le grand génocide ! Les interminables années au cours desquelles les Humains nous ont massacrés pour avoir voulu manger la même nourriture qu’eux. »

Extrait du Pacte des Loups

« Qui marche sur sa trompe s’en souviendra longtemps. »

Sentence Éléphant.

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« Aimer, c’est souffrir. »

Proverbe Hérisson

« Faites-lui surtout du riz et des pâtes. En dessert : des bananes. Évitez autant que possible les laitages. »

Extrait des Conseils aux jeunes mères Kangourous

« Il n’est pas de taux de plomb dans le sang qui puisse être considéré comme non-nocif. »

Science Lapine

« Ils ont peur des « noirs », ils ont peur des « jaunes », on n’est pas sorties du sac… »

Extrait des Carnets de voyage d’une Guêpe en Occident.

#097 – Dimanche à la campagne

Ého ! Ça capte ? Ah voilà. Faut plus toucher l’antenne.

Donc, je vous écris depuis la campagne Lodévoise. Je ne peux pas écrire n’importe quoi, car les amis chez qui je suis m’ont demandé l’adresse du blog. Je me sens épié. Pas par eux, non. Je me sens épié parce qu’une bestiole à huit zieux que j’ai moi-même perdue de vue traîne quelque part dans la pièce. Huit pattes aussi, tout marche par huit chez ces machins-là. Je les ai en horreur. Je sais que je ne devrais pas. Mais c’est comme ça. Enfin bref. Savez-vous ce que j’ai vu dans le jardin hier soir ? Devinez. Sur une fleur que je prenais en photo. Oui, je prenais une fleur en photo. Une veuve noire. Pas la fleur. La saloperie d’arachnide. Toute petite, minuscule, avec sa tache rouge. Les abords du Salagou en sont farcis. Mon ami Vincent me dit qu’il y a même un gars qui ne vit pas dans la région mais organise des excursions au Salagou pour observer les veuves noires. Allison et Vincent viennent juste d’acheter leur maison avec son hectare de terrain boisé. Bon ben acheté, c’est acheté. Il faudra faire avec les sols riches en uranium, le toit du poulailler en amiante et les veuves noires dans le jardin.

Vincent a le pied dans le plâtre. Pourquoi ? Parce qu’il fait du sport. Vous voyez, parfois ce que vous disent les médecins… Bon, et que fait-il comme sport ? Du bicross. Enfin, aujourd’hui on dit BMX. Bicross je crois qu’ils ont un peu honte. Ça leur rappelle le tube de mousse qu’ils avaient sur le guidon et les habits fluo qu’ils portaient tous dans les années 90. Seraient à la mode de la vapor wave aujourd’hui. D’ailleurs, il y a tentative de me faire taire. On m’a menacé de ne pas me laisser accéder à internet pour poster l’article si j’utilisais le mot bicross. Nègre, pédé, bicross, autant de mots tabous à notre époque. Donc il faisait du bicross, mais pas n’importe où. Dans un champs de bosse. La discipline s’appelle le dirt. Elle a cela de particulier qu’avant de pouvoir sauter par dessus les bosses et se faire un arrachement osseux en tentant un no hand (parce qu’ils veulent plus dire condor, non plus) ou une quelconque autre figure, on doit les faire sortir de terre soi-même, ces bosses. En tout cas c’est la discipline telle que je l’ai vue pratiquée. Pelles, râteaux, et arrosoirs sont des outils tout aussi indispensables que les vélos. Également indispensable, une certaine résistance à la bière.

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Photo par Gwlad (Odysseum)

Pourquoi je vous parle de ça ? D’abord parce que j’aime bien vous présenter mes amis, et puis pour vous dire également qu’au FISE, qui débute la semaine prochaine à Montpellier, il y aura du bicross, mais il n’y a pas de dirt. Ça fait quelques années qu’il n’y en a plus. C’est dommage. C’était spectaculaire, ça ramenait du monde. Ces dernières années, ça se faisait vers le bassin Jacques-Cœur, mais apparemment les riverains auraient poussé la gueulante. On ne saura jamais vraiment. Qu’est-ce qu’il y aura alors ? Du bicross sur modules, du vélo tout terrain, de la planche à roulette, du patin à roulette, de la trottinette et de la planche de wake.

Bon, c’est tout pour aujourd’hui ! À demain.

 

#083 – J’ai résumé pour vous

Première fois configuration Black Bloc Montpellier manifestation chef sécurité publique Hérault jeunes cagoulés habillés noirs marteaux techniques élaborées leaders manœuvre sacs à dos idées anarcho-libertaires étudiants Barricade Le Poing La Mauvaise Réputation Georges Brassens Sète ville logements rares chers activistes squats Le Royal cinéma lieu artistique politique expulsion occupants contestation locale anarchisme libertaire décennies université Paul Valéry occupée 1968 préfet casseurs base campus mouvement contre Amphithéâtre inscriptions zadisme Soutien Insurrection Autogestion Police incidents mensongère justifier intervention criminaliser.

Absence émission arrêter audience Carte Trésors prochain Montpellier concept hélicoptères candidats zone mer pic Saint-Loup énigmes découverte littoral arrière-pays centre-ville soleil Peyrou Montpelliérains accueillants souriants accent télé.

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Photo par Gwlad (boulevard du Jeu de Paume)

 

#076 – Au soir du crépuscule

Ce soir, puisqu’on est le soir, parlons de soirs. Celui-ci est orange et bleu pastels. Je ne connais pas la règle d’accord des adjectifs de couleur. Si vous n’êtes pas sûr·e du s à pastel, ça vous fera une recherche utile. Mais ça s’assombrit vite. J’ai beau détester la nuit —j’en ai passé trop sans sommeil— j’aime beaucoup les soirs. Les lumières sont souvent très particulières, elles me renvoient parfois à des sensations agréables de l’enfance, pas vraiment des images, des états. Ça me l’a fait un peu ce soir, quand je suis sorti fumer sur le balcon. Assis sur le béton, je me suis rappelé la manière dont je ressentais les choses les soirs d’été, quand on zonait dans le village, ou quand on posait nos culs sur les trottoirs, avec le petit groupe de mecs et de meufs qu’on était vers nos seize, dix-sept ans. Le temps que j’écrive ces quelques pauvres phrases, il n’y a déjà quasiment plus d’orange dans le ciel. Ma chambre est déjà dans le noir complet.

Je vous parle de soir, mais au début je voulais vous parler de mort. Remarquez, dans la poésie c’est fréquent d’utiliser le soir pour la mort qui se pointe. Mais là c’était pas le cas. C’était le soir parce que la mort, j’avais la flemme de me documenter. J’ai voulu trouver le nombre de morts par an à Montpellier, et dès que je ne l’ai pas trouvé sur Wikipédia, j’ai abandonné. Je voulais effectuer une liste assez complète des façons de mourir, mais ne retrouvant pas la page que j’avais utilisée alors que je fabriquais le jeu de société Ci-Gît, dans lequel j’en ai évoqué pas mal, j’ai abandonné aussi. Et pourquoi je voulais vous parler de la mort avant de décider que non, c’était trop de travail ? Parce qu’il faisait beau aujourd’hui. Et oui. Je m’étais donc dit que j’allais aller faire un tour dans un cimetière et que comme ça je pourrais enfin utiliser la jolie photo que nous a prise Gwlad en racontant quelque chose en rapport.

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Photo par Gwlad – cimetière Saint Lazare

Au final vous voyez on n’a pas parlé de morts, ni à Montpellier, ni ailleurs en France, en Syrie, au Yémen ou en Chine. Est-ce qu’on a vraiment parlé de soirs pour autant ? Non évidemment. J’en ai encore profité pour ne rien écrire. De toute façon, ça y est, même dehors, plus une seule lueur à l’horizon. C’est la nuit. Brrr.

#069 – Le travail c’est lassant, té

On rentre de vacances et qu’est-ce qu’on trouve en arrivant ? Tout un tas de factures à régler. Ça c’est au cinéma. Quand ils ont trouvé une image ils la lâchent plus. À la campagne la chenille devient papillon, à Hollywood l’allégorie devient clicheton. Dans la réalité des gens qui n’ont pas de vacances parce qu’ils ne travaillent pas, on se réveille un dimanche, vers onze heures, et qu’est-ce qu’on trouve en émergeant ? Un tas d’e-mails qui nous rappellent les choses qu’on s’était engagé à faire et dont le faisage est en cours ou presque commencé. J’aurais préféré une tartine de confiture et une tasse de café.

Je n’arrive plus à compter le nombre de projets personnels en cours sous lesquels je me noie actuellement, plus le nombre de tâches que j’ai promis d’accomplir pour les associations et que j’essaie de bourrer comme je peux dans mon emploi du temps… Dans un billet précédent, je disais que j’aimais qu’on puisse avoir confiance en moi, et que je tenais donc à faire les choses pour lesquelles je m’étais engagé. C’est vrai. Je fini souvent par tenir mes promesses, mais quand rien ne le nécessite je ne garantis aucune date précise quant à l’achèvement du travail. Je me force un peu à m’engager auprès des autres afin de m’entrainer, en quelque sorte, à me discipliner, mais ça marche un moment seulement. Ensuite je commence à me dire tiens, si je faisais ça plutôt demain, je pourrais faire ça à la place ça m’avancera, et puis ça, ça prend cinq minutes et c’est dans cinq jours, on a le temps de voir… On sait bien comment ça finit tout ces ça. Ça finit par la moitié du travail fait à temps et un millionième de la totalité de la jungle Wikipédia cartographiée en plus.

Assez. Je vais me divertir cinq minutes, je l’ai bien mérité. Lisons un peu de Victor Hugo sur Wikisource. Il est toujours sur la page d’accueil, j’aime bien aller y picorer un peu de ses poésies au hasard. C’est le plaisir sûr à portée de clic, parfait pour un dimanche.

(…) Je travaille.

Ce mot, plus profond qu’aucun autre,
Est dit par l’ouvrier et redit par l’apôtre ;
Le travail est devoir et droit, et sa fierté
C’est d’être l’esclavage étant la liberté.
Le forçat du devoir et du travail est libre. (…)

Mouais. C’était peut-être pas le matin pour ça non plus.

Aujourd’hui je n’ai toujours pas de photo de Koinkoin ou de Gwlad à vous montrer, on dirait que la dernière semaine a été rude pour tout le monde. À mon tour, donc, de faire le reporter en ville. Attention c’est du grand art.

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Oui.

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Ce soir à Montpellier, concerts gratuits à la Pleine Lune, au Red Turtle ainsi qu’au Broc’ Café. L’un de ces bars est au quartier Figuerolles, un autre en face du jardin des plantes et le troisième avenue de Palavas, ce sera musique latino, rock psyché ou funk jazzy selon où vous vous rendrez. Dans le désordre ça commencera à 20h30, 18h00 ou 19h30.

Sinon, à 17h vous pourrez aller écouter l’intégrale des sonates pour piano et violoncelle de Beethoven à l’Opéra pour pas trop cher. Moi j’aurais dû y aller. Vous me raconterez. Ça m’aidera à rédiger cette foutue conférence qu’il me faut avoir terminée pour après-demain.