#049 – Les jeux sont faits, enfin presque

Il est 8h30. Il est Masami’s Bar. Il est plein soleil et café.

Enfin, Masami’s Bar ou je sais pas comment ça s’appelle aujourd’hui. J’ai pas pris le temps de regarder le nouveau nom sur le store en arrivant. Toujours est-il qu’à cette période de l’année, si vous voulez vous réveiller en vous faisant rôtir devant un bon café dès le lever du jour et jusqu’à midi environ, c’est l’endroit parfait. C’est en bas de la rue du Pila Saint Gély. Je devrais pas donner mes bonnes adresses comme ça, mais que voulez-vous, je suis généreux. Je suis généreux et j’aime bien faire semblant de connaître tous les lieux sympa de Montpellier pour vous épater. Bon, parlons d’hier, comme d’habitude. On parlera d’aujourd’hui plus tard. Demain sans doute.

Hier, c’était journée des prototypes de jeux au Gazette Café. Journée des Auteurs de Jeux, officiellement. Il y avait de la jeteuse de dés sous la commode, du massacreur de joypads alors que c’est même pas le sien, et de l’adepte de l’escamotage de cartes mais-non-je-te-dis-j’ai-rien-dans-les-manches de tout âge et toute couche sociale. Enfin, ça c’est pas vrai, c’était très 18-50 et classe moyenne. Ça faisait du monde, tout de même. Pas assez pour ne plus pouvoir avancer entre les exposants·es, mais assez pour que les journalistes et autres personnes faisant la promo de l’évènement puissent parler de « franc succès ». Ils ont vraiment pas d’imagination.

C’était organisé par le MUUG. Là, vous vous demandez comment ça se prononce : mug ou meug ? Ne vous en faites pas, dans les deux cas vous passerez pour des imbéciles face à quiconque le prononce de l’autre manière. Pour information, le MUUG c’est le Montpellier Unity User Group. Ils se réunissent assez régulièrement pour tenir des conférences ayant un rapport avec le jeu vidéo, pas forcément Unity en fait. Vous ne savez pas ce qu’est Unity ? Ah les ploucs, eh ! Mais non bananes kiwis (désinvisibilisons les autres fruits, les bananes prennent trop de place dans la langue française), je rigole, moi non plus je ne sais pas ce que c’est, et voyez, on ne me lance pas des cailloux dans la rue pour autant. J’ai la flemme de vérifier, car je ne suis pas journaliste et je vous embrasse, cela dit il me semble en vérité que c’est un moteur de jeu vidéo commercial mais gratuit tant qu’un jeu créé avec n’a pas engendré une rentrée d’argent supérieure à un certain seuil.

Bon, enfin. J’espère que vous ne comptiez pas sur moi pour tester la totalité des jeux parce que ç’aurait été impossible. Par exemple, pas moyen de tester le prototype de jeu de rôle que mon pote Feldo présentait. Je suis arrivé à 14h, mais la première partie n’était pas achevée quand je suis parti à 17h et des mandarines, car comme je vous le disais plus tôt il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait que pour les bananes, elles ont déjà le luxe de servir de mesure de la radioactivité, alors si en plus on leur donne le monopole de la mesure du temps faudra pas s’étonner si un beau matin on se réveille toutes·s à Banana Reich. Où j’en étais ? Oui, quand je suis parti trois heures plus tard, la première partie lancée à sa table n’était toujours pas terminée. Si on voulait tester un jeu correctement et prendre le temps de parler avec les créatrices·eurs, il était bien normal de ne pas avoir le temps de tout tester. En gros, en trois heures, j’ai pu essayer deux jeux et aller zieuter vite-fait les autres. Je vais donc vous parler des deux jeux auxquels j’ai joué : Philo Motiv et Shrug Island.

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Photo par Gwlad (quai de Sauvages)

Le premier jeu, Philo Motiv, présenté et créé par Vincent Bouscarle dans le contexte des Ateliers Ludosophiques, se joue sur une table. Pas forcément debout sur la table, on peut s’asseoir autour aussi, c’est même conseillé. Mais les cartes dont on dispose — nul valet de pique ou atout ici, ce sont des cartes à textes créées pour le jeu — sont, elles, posées dessus. À plat de préférence, car sur la tranche on passe trop de temps à les faire tenir en équilibre et on n’a jamais le temps de jouer, essayez si vous ne me croyez pas. De quel matériel dispose-t-on ? De rien d’autre que de ces cartes. Allez, à la rigueur, un bout de papier et un crayon si vous êtes du genre à noter les points, un jeton premier joueur si vous êtes alzheimer.

Ce jeu est un jeu fait pour réfléchir, pour se parler, et pour se parler de comment on réfléchit. Les joueuses et joueurs se voient présenter des situations. Du genre : vous avez très envie de faire l’amour et la personne dans votre lit également, c’est déjà ça, seulement vous avez le sida mais pas de préservatif. Celle-là je l’ai inventée, mais vous voyez le machin. Sur d’autres cartes sont inscrits des mots et de définitions correspondant à diverses valeurs, divers principes moraux et éthiques, exemple : force, facilité, bonheur, fierté, progrès, etc. Selon celles qui nous arrivent en main — parfois on peut choisir et parfois pas — on explique la façon dont on agirait dans cette situation, on la justifie aussi longuement qu’on le désire. Évidemment, il y a quelques mécaniques en plus dans le jeu mais je vais pas vous écrire 3000 mots sur ça sinon vous ne lirez jamais tout jusqu’au bout, vous êtes vraiment pas possibles.

Ce jeu permet donc d’apprendre à se connaître soi-même, de découvrir l’autre et sa manière de voir les choses, de se projeter dans des situations inédites ou de s’en remémorer certaines auxquelles on a été confrontées par le passé et d’échanger sur tout ça aussi longtemps ou brièvement qu’on le veut, voire de débattre. En tout cas de s’exprimer. Il permet également de manipuler des concepts philosophiques sans avoir besoin de connaître ses Grecs sur le bout des phalanges. Le jeu est aussi bien adapté aux enfants qu’aux adultes, aux soirées qu’aux milieux éducatifs. J’en ai très mal parlé, j’en suis bien conscient, je m’excuse. J’aurais aimé faire mieux, c’est typiquement le genre de jeux que j’adore.

Quelques informations sur l’auteur, Vincent Bouscarle : il agit au sein des Ateliers Ludosophiques et de Terra Ludis, association de jeux de tous types et genres à Montpellier. Il est très présent dans le milieu, si vous l’êtes également il est impossible que vous ne l’ayez jamais croisé ou que vous ne le croisiez pas dans les années à venir (non sans déconner, il est vraiment partout). C’est une personne extrêmement sympathique, qui en a sous la calotte crânienne et qui a l’air de s’en servir principalement pour agir positivement sur le vivre ensemble par le biais jeu. On applaudit. Quelques liens : Vincent sur Twitter et Terra Ludis.

Shrug Island, maintenant.

C’est un jeu vidéo. Qu’est-ce qui m’a fait m’arrêter devant ce stand et pas un autre ? Les dessins, l’animation, les pierres sur lesquelles on avait dessiné façon peintures rupestres d’un autre monde et qui avaient été déposées sur la table autour des écrans. J’ai bien fait de m’y arrêter. J’ai découvert un jeu très beau, très calme, un de ceux qui font voyager du côté des rêves, et j’ai rencontré Alina Constantin, la personne à l’origine du projet qui donne tout pour le voir réalisé, et d’une manière assez admirable je dois dire. Je sais pas trop par où commencer. Il y a beaucoup de choses à dire.

Comment le définir, ce jeu ? Jeu d’exploration d’un univers et des sens, ça me paraît pas mal. C’est un jeu d’aventure à énigmes contemplatif. Ça se joue avec une souris, des yeux, des oreilles et un cerveau pour coordonner le tout. C’est beau, c’est très beau. Je l’ai déjà dit, mais je le redis. C’est Alina qui dessine, elle a vraiment son style, entre l’enfantin et l’art primitif, le tout très doux, très naturel. Les textes poétiques sont également de sa plume. Elle m’a confié qu’elle était un peu frustrée de n’être pas assez bonne musicienne à son goût, j’ai envie de dire qu’il faut en laisser un peu pour les autres. D’ailleurs, le compositeur c’est Michael G. Rose qui produit des mélodies et ambiances magnifiques depuis le Danemark, on y sent des faunes et des flores imaginaires. Et sur la photo du site il joue du Bağlama !! Comme moi ! Non, franchement, tout pour me plaire. D’ailleurs la musique n’est pas qu’un décors, c’est l’une des mécaniques du jeu. Malheureusement, au salon, même avec le casque, le son était parasité par le brouhaha de la masse de visiteurs·euses, j’ai donc hâte de pouvoir y jouer chez moi. Et c’est pour bientôt, le jeu sort fin avril sur Steam et itch.io. Mais je m’avance. Les programmeurs, c’est Jan Borg et Milos Jovanovic qui depuis la Serbie semble-t-il ont peaufiné leur joli code que je serais bien incapable de comprendre si je l’avais devant les yeux, mais qui donne en tout cas un jeu très fluide. Pas de bug ni de souci notable lorsque je l’ai testé.

Franchement, elle est pas belle parfois notre époque ? Dans laquelle une dessinatrice, animatrice et poète résidant à l’extrême ouest de l’Europe, un compositeur en Scandinavie et des programmeurs dans les Balkans peuvent travailler ensemble à un projet aussi complexe qu’un jeu vidéo. Et un projet qui s’étale sur des années ! Ce jeu, fait suite à un court-métrage d’animation de 2009 par Alina Constantin, est en gestation depuis 2013, a reçu un gros soutient kickstarter en 2014, et finira par sortir en 2018. Vous imaginez bien tout le travail et la détermination que ça suppose. Et si je vous disais que Alina, à la tête du projet, avait fait une croix sur l’idée d’être rémunérée pour ces cinq ans d’un travail monstrueux ? Et bien je vous le dis. Les programmeurs, eux, ont été payés grâce au Kickstarter. C’est bien la moindre des choses, puisque c’était un travail de commande pour eux. Oui, c’est bien la moindre des choses, mais ce n’est pas tout le monde qui le fait. Bien des porteurs de projet proposent seulement un partage des bénéfices sur les ventes. Là, si le jeu se vend bien, Alina pourra rembourser l’argent qu’elle a emprunté pour faire ce jeu, et peut-être passer commande à Jan et Milos pour un portage sur tablettes et portables. Je me demande même si ce n’est pas Michael qui a avancé le pognon. Quand je vous dis que c’est un beau projet ! Un projet où l’argent n’est pas un but, mais seulement un moyen de parvenir à créer quelque chose de beau, d’honnête, de personnel et collectif à la fois. Moi ça me fait comme des papillons dans le ventre.

Allez, cet article commence à être très long. Encore une fois, j’aurais aimé en parler mieux, j’ai fait ce que j’ai pu. Je vous laisse le lien vers leur site ici : Shrug Island. Le jeu sera disponible au cours du printemps, sur PC, Mac et Linux. En attendant gardez l’œil, l’oreille et le cœur ouverts.

À demain !

Bonus

Edit de 15h45 :

  • J’avais complètement oublié que ce soir c’était votre dernière chance d’aller voir le film indépendant Du Satin Blanc, tourné à Montpellier et dont je parle ici. C’est à 20h au pub O’Sullivans, place de l’Europe c’est 5€ l’entrée et vous n’êtes pas obligé·e de consommer. J’avais prévu de vous faire tout un article là-dessus en y ajoutant les info sur le cinéma indépendant glanées à la table ronde de l’ACID pendant le festival Paul Va au cinéma. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois.
  • Les gens du MUUG ont laissé un commentaire dans la partie dédiée à ça pour apporter quelques détails sur le pourquoi, le comment, le où et le quand des choses qu’ils font, ont faites et feront. Je ne recopie pas ça ici, vous êtes grandes·s, allez-y voir vous-mêmes.
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#045 – Un bon titre pour une soirée de merde, ç’aurait été gâcher

Hier soir, très petite forme. Tellement petite que j’avais pas envie d’être vu dans cet état par des gens que je connaissais. Seulement j’avais pas non plus l’envie de rester enfermé seul comme un con dans ma piaule. Ce genre de moments, quoi. J’aurais dû aller rejoindre Koinkoin et une pote que je vois très rarement à la conférence sur la mémoire de l’Agora des Savoirs, mais j’ai pas réussi à me dire que j’allais être là sans être là, incapable de sourire, sans l’envie de sortir un mot. Alors j’ai préféré aller à la Pleine Lune. Vu le genre de musique et le jour de la semaine, il y avait très peu de chances que je tombe sur une connaissance. Et puis qui sait, peut-être que la musique changerait les choses. Spoiler : ça n’a rien changé.

Le genre de musique, c’était ce qu’on appelle ska, le groupe : les Sagittarians. Eh non, vous ne rêvez pas. Ils ont été épargnés par le syndrome du salon de coiffure, ils ont esquivé de justesse le Skagittarians. Boudons pas notre plaisir devant cette originalité, accordons-leur un bon point. Ça aurait pu me mettre de bonne humeur avant même le lever de rideau, mais non. Les alcooliques relous, les bousculeurs·ses de tables, les fous·folles hurleurs·ses, d’habitude je trouve qu’ils et qu’elles apportent leur dose de vraie vie aux spectacles, mais là j’aurais juste voulu qu’ils et qu’elles ferment leur gueule et se tiennent tranquille. The Girl from Ipanema diffusée à bloc juste avant le concert achève de me donner envie de disparaître de la surface de la terre. Vous savez à quoi ça ressemble un pauvre trou du cul déprimé qui fait la gueule devant son jus de tomate seul dans un bar pendant que tout le monde autour danse et s’amuse ? Non ? Vous êtes bien gentil·le, vous ne le dites pas pour ne pas me faire de peine mais au fond de vous je sais que vous avez la réponse.

À ce moment-là de la soirée, la moindre contrariété est prétexte à fusiller chaque personne présente dans ma tête. Par exemple, le concert est supposé commencer à 21h30, mais quand je regarde ma montre pour bien m’assurer qu’on se fout de ma gueule parce que rien n’a encore commencé, je vois qu’il est 21h44. C’est un scandale ! Quel putain de manque de respect pour le public. Ils croient quoi les saltimbanques ? Que j’ai le pognon pour reprendre des verres à volonté jusqu’au bout de la nuit ? Non ! J’ai un jus de tomate déjà à moitié vide pour toute la soirée ! Alors qu’ils commencent fissa et qu’on en finisse vite que je puisse rentrer me coucher. Dois-je préciser que le concert était gratuit et qu’au moment même où je regardai ma montre, les musiciens montèrent sur scène ? Non, heureusement que tout ce pestage se passait uniquement dans ma tronche, sinon j’aurais vraiment eu l’air d’un connard, en plus d’avoir l’air d’un paumé. Je compte donc sur vous pour ne pas trop ébruiter cet épisode. Si vous m’aimez un peu, ne partagez pas cet article sur les réseaux sociaux, laissez-le couler dans les profondeurs sombres de l’internet et effaçons-le de nos mémoires à tout jamais.

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Photo par Koinkoin (rue Saint Guilhem)

Je vais pas vous parler du groupe ni du concert en fait, vous voyez bien que j’étais pas en état d’apprécier. Ça aurait pu être Georges Brassens & The Wailers que ça m’aurait laissé froid. Je vais plutôt vous dire que ce soir à l’atelier-galerie d’art La Jetée, 80 rue du faubourg Figuerolles, c’est le vernissage de l’expo « Les dessins figuratifs » de l’artiste Pierre-Guilhem, et c’est à 19h.

À 20h, tremplin musical organisé par le CROUS au Trioletto, 75 avenue Augustin Fliche. Apparemment c’est gratuit. L’évènement s’appelle « Musique de R.U. », et c’est la finale régionale. J’espère que leur sélection musicale sera meilleure que la bouffe qu’ils y servent, au R.U., le CROUS, parce que dans mes souvenirs c’était vraiment la déprime papillaire. Les quatre artistes/groupes qui y passeront, c’est Odysé, Last Fucking Minute, Persian Rugs, Seagulls. Vous n’en connaissez aucun ? Eh ben c’est l’occasion. On est pas à l’abri de découvrir de nouvelles·eaux musiciennes·s Montpelliériennes·s qui valent le coup, et puis déjà que de participer à un tremplin musical organisé par le CROUS c’est la loose, alors si en plus la salle est vide ! Montrez-vous un peu solidaires quoi.

Sur ce je vous laisse, passez une meilleure journée que moi hier, et à demain, qui est un autre jour. Un autre jour parmi les fameux jours qui passent et se ressemblent, et qui du coup s’assemblent puisque qui se…se…, si bien qu’à la fin on ne sait plus très bien où on en est et qu’on se dit que les dictons, au fond…

#041 – Oulah ! J’ai failli marcher dans une œuvre d’art.

La journée d’hier ayant été bien complète, aujourd’hui on va pouvoir parler d’art sous toutes ses formes : expo, théâtre, concert. Ah, que j’aime quand je n’ai pas à me fiche le cerveau sens dessous dessus pour trouver une façon amusante de vous dire que je n’ai rien à vous raconter. Allez, c’est parti on y va. Ça va être long. Est-ce que ça va être bon ? Rien n’est moins certain.

Exposition d’art contemporain, pour commencer. Devinez où, devinez quand ? En fin d’après-midi à la Panacée, bien sûr. À celles et ceux qui diront que pour le où, okay, mais pour le quand pouvaient pas savoir, j’ai envie de dire estimez-vous heureuses·x que je n’aie pas ajouté : devinez avec qui ? Parce que là c’était la colle et vous seriez encore passés·es pour des branquignoles. La réponse ça aurait été : avec Will, qui s’appelle Billiam dans la vraie vie, comme les Bobert Rob, Dickard Rich, et Pegaret Mar. Donc, direction la Panacée où nous avions rendez-vous. C’était l’exposition Crash Test, dont tout le monde parle, énorme succès. À mon tour d’en parler, à moi les dollars.

Je suis arrivé un peu en avance sur Will, ce qui était prévu. Je me suis donc rendu à l’accueil pour y glaner de la doc en l’attendant. Une dame à l’air assez âgé et aux cheveux d’un rouge très rouge toute habillée de noir vêtue des pieds à la tête, sauf ses cheveux qui étaient découverts puisque je vous ai dit qu’ils étaient rouges et son visage qui était découvert aussi puisqu’il avait l’air âgé, donc plutôt toute de noir vêtue habillée des pieds aux épaules (je me fatigue, pas vous ?), m’a donné tous les papiers dont elle disposait, en m’expliquant les principes de l’exposition, mais elle tentait également de l’expliquer à d’autres personnes, qui, elles, étaient arrivées après moi, elle intercalait donc des éléments d’explications que j’avais déjà entendus à leur intention, entre deux éléments d’informations qu’ils n’avaient pas encore eues, eux, pour moi, tout ça en même temps qu’elle répondait au téléphone. J’ai pris les prospectus et je suis allé les lire à la table basse dans l’entrée en attendant Will. Là, une autre dame habillée toute de noir vêtue des pieds aux épaules, accompagnée par un monsieur de la sécurité, est venue s’asseoir à côté de moi. Elle s’était sans doute fait mal quelque part, au dos ou à la cheville, ou au mollet, parce que le monsieur de la sécurité lui a touché le mollet du bout du doigt, mais j’ai pas bien entendu ce qu’ils se disaient, ou alors c’était autre chose, mais en tout cas elle travaillait au musée, et là ne travaillait plus pour cause d’un quelconque accident ou d’une maladie. Le monsieur de la sécurité a aussi tiré un fil qui trainait de sa veste à elle, à mesure qu’il tirait le fil s’allongeait, elle a dit que c’était pas grave. Ensuite il n’a pas arrêté de faire des allers-retours entre l’intérieur du musée et elle, il venait lui raconter tout ce qui se passait, comment un enfant avait un peu marché sur une œuvre d’art et que le chargé de médiation de la salle s’était mis à sermonner la mère et que ça avait commencé à monter dans les tours, mais que ça s’était calmé, ouf. Ou que unetelle était dans telle salle, et que untel était là-bas qui faisait ça. Tout ça en faisant des va et vient musée-hall, toutes les cinq minutes. Je me demande s’ils étaient en couple, les deux. La dame aux cheveux rouges est également venue la voir, la plaindre et lui passer une main consolante dans le dos. Ensuite William est arrivé, on a fait le tour du musée puis on a pris lui un jus de poire, moi une limonade au bar et on s’est quittés.

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Photo par Gwlad (rue d’Alger)

Là, j’ai foncé aux Aubes, je suis arrivé pile à temps à la Maison pour Tous George Sand, à l’angle du Parc Rimbaud, quartier les Aubes. Oui, les Aubes. Allez-y. Dites-le à voix haute, faites bien la liaison, riez un bon coup une fois et on y va, on va pas passer la journée là-dessus. C’était une soirée Playback Théâtre. Aucun rapport avec les gens qui chantent sur bande pré-enregistrée. Là, celles·eux qui le veulent parmi les spectatrices·eurs racontent l’une de leurs expériences sur le thème de la soirée, ici les histoires de voisinage, et les différents·es comédiens·nes présents·es la jouent. D’abord on détermine une certaine forme contraignante (favorisante, selon le point de vue) avant de se lancer : en épisodes, en cinq parties, en paires, en transformatif (ça veut dire une seule scène avec un évolution du jeu)… et puis place au jeu, comme ils·elles disaient. L’un·e des comédiennes·s fabrique la bande son en direct à l’aide d’instruments posés sur un tapis d’un côté de la salle. La troupe, c’était Magma, la délégation ce soir-là se composait d’Anne Berchon, François Bousquet, Sandrine Dury, Marianne Grison, Élisabeth Loubat, Cathy Lumale et Pascal Menut. Voilà, ça c’était pour l’aspect technique, l’aspect matériel et matériel humain. Maintenant qu’est-ce qu’on peut en dire ? Que je ne me suis pas ennuyé une seconde, que je suis reparti avec le sourire, que j’ai beaucoup ri, que j’ai ressenti comme une envie de se rapprocher les unes·s des autres, comme une envie de se voir montrer des émotions partagées par toutes et tous mais trop souvent gardées pour soi. Je pensais tout de même, au vu de la population présente tendance quinquagénaires et plus, qu’il y aurait beaucoup plus d’histoires à raconter tout de suite, ça a mis un moment à venir, comme quoi, l’âge n’efface pas la pudeur. Les comédiens et diennes étaient inventifs et tives, parfois mimaient les gestes, parfois les personnages, parfois jouaient les émotions, parfois répétaient les mots mêmes qu’ils et elles avaient entendus. Tous et toutes et tout ensemble, c’était foisonnant d’impressions. Chacun·e un petit tableau en formant un grand. Maintenant, une chose que je n’avais jamais remarquée : le renforcement d’une émotion par deux personnes jouant la même chose au même moment. Exemple : une femme est inquiète du fait que son bébé est toujours malade. Sandrine Dury (si je ne me trompe pas) entre en scène, faisant mine de tenir un bébé dans ses bras et d’être inquiète en le berçant vivement, ça marche mais c’est un peu bateau, on attend la suite. Les autres tardent à entrer, petit moment de manque d’inspiration, ça arrive, ça fait bien une heure qu’ils et elles jouent. Avant que Sandrine Dury n’ait eu le temps de s’essouffler totalement seule sous les regards, Anne Berchon arrive en renfort et copie chaque geste de derrière sa co-troupière (hum). Une vrai sensation de tension se crée, on a l’impression d’une réelle nervosité, on ressent l’émotion mieux. On a pas l’impression de voir deux fois le même geste, on a l’impression de voir ce geste plus fort. C’est assez indescriptible. Ça pouvait sembler n’être pas grand chose, c’était en fait très efficace. Que dire d’autre ? J’ai encore un concert à vous raconter. La prochaine fois que vous entendez parler de Playback Théâtre en tout cas, allez-y. Et de Magma, la troupe, pas le groupe, allez-y aussi.

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Photo par Gwlad (rue Anatole France)

À 22h30 à la louche j’arrive au Bric À Brac, je tombe en plein concert de Gneiss Rock. J’ai dû rater bien une heure et de toute façon je ne pense pas être le plus calé pour en parler bien, je n’avais jamais entendu quoi que ce soit du genre. En arrivant, j’ai même demandé au mec devant la porte si c’était pas encore commencé parce que j’entendais rien et que depuis les images de la caméra projetées à l’étage on voyait le public assis sur scène semblant attendre que quelque chose se passe. C’était commencé et chut qu’il m’a répondu. C’était du bidouille noise, selon moi. Un mec appelé Ozzy Keller tripatouillait des instruments musicaux-ou-pas vintage qu’il avait semble-t-il bidouillés lui-même. J’étais bien incapable de déterminer à quel moment il faisait ce qu’il voulait et quand c’était un bruit dû à un faux contact. Tout était à base de bruit blanc filtré (à peine) et de samples overdrivés sous-mixés. Super chelou, c’est le moins qu’on puisse dire. Les gens, assis par terre, semblaient plutôt concentrés. En tout cas personne ne se foutait ouvertement de la gueule du musicien comme on pourrait s’y attendre devant un spectacle aussi inhabituel et des sons aussi peu agréables, bien que pas mal cherchaient des regards complices dans le public un sourire en coin, et qu’une bonne partie de la salle se soit barrée avant la fin. On a au moins évité la grosse moquerie crasse. Peut-être était-ce en partie dû au photographe à moustaches du XIXè siècle qui faisait douter les gens avec son allure hipsterisante : pouvait-il rire à gorge déployée et hurler au scandale, le public, ou se dévoilerait-il, en agissant ainsi, en pauvre masse rétrograde incapable de reconnaître une révolution artistique quand on la lui mettait sous le nez ? Ou alors les gens sont devenus plus corrects que dans mes souvenirs.

Le second groupe c’était Moteur! C’était psyché dans l’idée, jazzizant sur les bords, un peu rock dans le fond. Impros, compos, on aurait pas su dire. Tant mieux. Avec une bière dans le gosier et un joint dans les bronches, j’aurais sans doute réussi à me laisser porter par le tout, mais là j’avoue que sobre la sauce n’a pas pris. Ça manquait de jouer ensemble, je trouvais. Malgré l’effet recherché, je pense, de chacun dans son coin qui fait un tout et crée des effets par un hasard semi-contrôlé, y avait moyen de donner plus en s’écoutant mieux. En plus on voyait bien que les musiciens étaient tous bons, c’était le plus râlant. Tant pis, ça arrive. Au moins ils ont le bon goût de ne pas essayer d’accrocher le public par des genres aimés d’avance, par des mélodies ciselées pour le tube, de ne pas faire une musique démago quoi, et que le tout ne soit pas désagréable pour autant. Parce que c’était quand même très agréable, juste, y avait pas le truc pour m’emporter que l’étiquette psyché jazz qu’ils s’étaient collée m’avait fait espérer.

C’est trop long !!! Je suis d’accord. À demain.

#026 – C’est où déjà ?

C’est bien compliqué de vous écrire chaque jour une note de blog susceptible de vous intéresser. Est-ce que c’est aussi compliqué que de prendre chaque jour sa caisse pour aller bosser dans une boutique de souvenirs l’hiver à Palavas ? Non. Oui. Ça dépend de ce qu’on entend par compliqué. Si vous posez des questions bêtes aussi, attendez vous à. Je ne finis pas la phrase parce que tout le monde sait très bien comment elle va se terminer. Je nous économise les clichés langagiers.

Hier un ami me disait que pour prendre le contre-pied des blogs « tendance » à séries « lieux où il faut être » je devrais faire une série « lieux où il ne faut pas être », mais n’ayant pas plus que ça le goût du sacrifice je ne suis pas tellement chaud pour aller me faire chier dans des endroits qui ne me plaisent pas tout ça pour vous amuser.

Où me disait-il ça mon ami ? Au bar de la Panacée. La Panacée c’est dur à trouver. J’y suis souvent allé, je me trompe encore de rue un coup sur deux. Hier je me suis trompé, par exemple. La Panacée, c’est pas chaleureux, mais y a une petite cour sympa. La musique est vraiment nulle, mais au moins elle ne vous empêche pas de vous parler. Les boissons sont chères, mais les bouteilles d’eau et gobelets sont en libre service et bien en évidence pour ceux·elles qui ne veulent pas boire d’alcool. Il y a des œuvres d’art, d’art contemporain (je ne parle pas d’époque, je parle d’art marchand), c’est souvent très mauvais, mais c’est juste à côté, dans la galerie jouxtant le bar et y en a jusque dans les toilettes.

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Photo par Koinkoin (toilettes de La Panacée)

Ouh la la, vous vous dites. Galerie, art, toilettes, urinoir… il va nous parler de Marcel Duchamp. Et bien non, je ne vais pas vous en parler. D’une parce que je n’ai aucune idée précise de ce dont je vais vous parler, et de deux parce que je n’y connais rien en arts plastiques. Je sais pas si cette expression est toujours d’usage en dehors des études. Mais attention, ce n’est pas quelque chose dont je suis fier, fier d’être ignorant ce serait quand même quelque chose, non, j’en aurais même plutôt honte si je ne m’étais pas rendu compte avec les années qu’on ne peut pas tout savoir sur tout. Je sais pas mal de choses en ce qui concerne les arts de la musique, de la littérature, de la B.D. et des magazines satiriques des années 60, mais pour ce qui est de la photo, de la peinture, de la sculpture ou des structures (c’est pas ça le mot, non ? des installations ? vous voyez, j’ai même pas le vocabulaire), ben j’y connais rien. Alors c’est pas moi qui vais vous parler de Marcel Duchamp, né à Blainville-Crevon (Seine-Maritime), le et mort à Neuilly-sur-Seine, le , qui est un peintre, plasticien, homme de lettres Français, naturalisé Américain en 1955. Depuis les années 1960, il est considéré par de nombreux historiens de l’art et de critiques comme l’artiste le plus important du XXe siècle. Déjà, André Breton le qualifiait d’« homme le plus intelligent du siècle ». Notamment grâce à son invention des ready-mades, son travail et son attitude artistique continuent d’exercer une influence majeure sur les différents courants de l’art contemporain. Il est vu comme le précurseur et l’annonciateur de certains aspects les plus radicaux de l’évolution de l’art depuis 1945. Les protagonistes de l’art minimal, de l’art conceptuel et de l’art corporel (body art), dans leur inspiration, leur démarche artistique et idéologique, témoignent de l’influence déterminante de l’œuvre de Duchamp. Il aurait également été, d’après les nombreux essais qui lui sont consacrés, l’inspirateur d’autres courants artistiques dont le pop art, le néodadaïsme, l’op art et le cinétisme.

Bon, je vais pas vous copier l’intégralité de l’article Wikipédia, les meilleures blagues sont les. (voir explication plus haut)

Mais il est déjà 08h45, l’heure d’aller faire un tour du côté du marché des Arceaux. Je vais y humer l’ambiance et mater les livres des bouquinistes que je pourrai pas acheter ce mois-ci. À l’esplanade Charles de Gaulle aussi y a des bouquins, mais y a pas de légumes bio de producteurs locaux et puis ils sont jamais installés avant 10h, je n’y passerai donc qu’une fois que j’aurais bien fait le tour des Arceaux.

Sur ce, bon samedi bien gris ! Et qui sait, j’aurai peut-être un truc intéressant dont vous causer demain. Même si rien n’est moins sûr.

Ah mince ! C’est maintenant que j’ai la bonne idée. J’aurais dû vous parler du marché de l’art et du marché des Arceaux ensemble dans une grande métaphore qui vous aurait scotché·e, mélangeant sérialisme et agriculture biologique sans vous laisser vous apercevoir que je n’y connaissais rien ni en l’un ni en l’autre. Dommage.