#013 – Je suis toujours vivant

Ça va mieux, merci. C’est gentil de vous inquiéter. Je me réveille encore les oreilles bouchées mais, ça, comme me l’a dit l’ORL, c’est que j’ai un conduit labyrinthique et que la petite masse de cérumen qui s’y forme s’en échappe difficilement, de même que la moindre quantité d’eau y reste bloquée des semaines. Et l’eau, ou la transpiration, plus le cérumen, qu’est-ce que ça donne ? Des bouchons. Bravo, vous avez tout compris.

Hein ? Plus fort, j’ai dit que je ne vous entendais pas. C’est dégueulasse ? Et oh, c’est vous qu’êtes dégueulasses de me dire que je suis dégueulasse. On a tous un cul. On a tous du cérumen, oh. Alors comme ça y a des sujets dont vous n’aimez pas trop qu’on cause ? Des sujets tabous. Très bien. Je vais m’adapter. Je ne voudrais pas vous gâcher ce beau dimanche qui s’annonce. Je vais vous raconter ma balade au cimetière Saint-Lazare.

Hier, on savait pas trop quoi foutre avec mon pote Koinkoin (c’est lui qu’a choisi son pseudo, allez pas m’accuser de), mais il faisait beau et on voulait pas rester enfermés. On est donc sortis en ville, lui dans l’espoir de prendre des photos sympa même pas pour mon blog, moi dans l’espoir de rien. On a tourné longuement dans le quartier des Beaux Arts sans rien trouver de beau, puis on s’est décidés pour le cimetière Saint-Lazare. Koinkoin le rolleiflex en bandoulière, moi la clope au bec.

On a pas vu d’enterrements, tant mieux. On a essayé d’éviter les gens qui venaient pas juste pour se balader. On avait quand même bien l’allure des touristes qu’on était. Surtout l’appareil photo, mais je vise personne. J’osais pas trop fumer au départ mais vue la rafale d’encens (et de cendres ? c’est bien possible) qu’on s’est prise dans la gueule à un moment, j’aurais pas dû m’inquiéter autant. Vous aurez compris, j’ai repris la clope pour l’instant, vous viendrez m’apporter des fleurs, hein ?

*PLIBIDOUBIDIBAAAH* BREAKING NEWS *TUDULUDUUU*

Notre reporter photo dépêchée aux drames sociaux et aux faits divers scabreux nous fait hélas part de deux nouveaux suicides. Comme nous vous l’avions déjà tristement rappelé dans notre article #009 à Montpellier, les cas de suicide de vélos et autres engins à deux roues se multiplient. Souvenez-vous de ces bicyclettes au bord du gouffre, prêtes à sauter :

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Un énigmatique dernier message a été griffonné à la va-vite sur le mur par ce BMX en détresse, il ne lui reste plus rien d’autre à dire ou à faire. Il va sauter. Photo par Gwlad (avenue Georges Clémenceau)
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On peut voir qu’un système de filet anti-suicide a été installé, mais cela suffira-t-il à sauver ce pauvre bougre de lui-même ? Photo par Gwlad (rue Galavielle)

Et bien voici maintenant, en exclusivité, deux nouvelles images terribles pour illustrer la gravité du phénomène. Âmes sensibles s’abstenir :

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Un cliché rare de passage à l’acte, comme on dit en milieux médicaux. Effroyable. Heureusement, notre reporter était là au bon moment pour immortaliser cet instant. Photo par Gwlad (rue Chaptal)
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Sans doute la plus glaçante de ces images. Où l’on voit que le suicide n’épargne pas les enfants. Photo par Gwlad (rue Bourrely)

*PLIBIDOUBIDIBAAAH* BREAKING NEWS *TUDULUDUUU*

Décidément, ce reportage était bien morbide, notre reporter pourrait tout à fait travailler pour le e-metropolitain.

Bon, où on en était. Ah oui, les cimetières. Souvent les gens me demandent ce que j’y trouve. Ça les fait flipper, ils trouvent ça triste, ils me demandent pourquoi aller m’y promener. Et bien déjà le calme, la beauté architecturale, le penser-à-la-mort pour mieux profiter d’être encore en vie, l’imagination qui s’agite devant ces listes de noms et de dates. J’aime les tombes juives, avec leurs jolies lanternes, leurs pierres posées sur la pierre. Les parties pour enfants aussi, avec les petits jouets, les bonbons, les billes mexicaines qui figurent des bonbons et qui sont des jouets à la fois. Cette fois on y est pas passé, il y avait un couple au dessus d’une tombe. On vient peut-être faire du tourisme mais on respecte quand même les gens qui souffrent, on est pas venus leur jeter des cacahuètes comme à des animaux dans un zoo, même si les gens sont des animaux et qu’on ne doit pas nourrir ces derniers dans les zoos.

On peut aussi voir les tombes des gens qui sont morts à la guerre. Pas de bol ou bien fait, selon le cas, on ne saura jamais. Vraiment pas de bol pour ceux qui sont morts en septembre 1918. Cette fois on a repéré la tombe d’un gamin qui est décédé à 12 ans en 1909. Lui il a vraiment eu de la chance, s’il avait vécu plus longtemps, à tous les coups il serait parti à la guerre et il serait mort. Il y a aussi la dépouille d’Hélène de Savoie. Enfin il y avait, elle a été exhumée et rapatriée en Italie l’année dernière. Un jour je vous parlerai d’Hélène de Savoie, c’était une chic femme. On a pu aussi voir un type qui, tellement vantard durant sa vie, n’a pas pu s’empêcher de faire inscrire « magistrat » sur le marbre de son caveau de famille, histoire de savoir à quelle type de mort on a à faire, pas n’importe qui dis-donc, faites une courbette, ôtez votre chapeau. Une autre famille, qui, d’une constance hors du commun, a rempli son caveau de 1880 à 2008, mais a tout de même trouvé encore un tout petit peu de place en bas de la stèle pour venir vous resquiller une prière en faisant graver « un de profundis S.V.P. ». Et puis quoi encore, y a suffisamment de vivants pour faire la manche, si les défunts s’y mettent on va pas s’en sortir. Et puis si tout le monde faisait la même chose, on avancerait plus, ça créerait des bouchons dans les allées, ça ne va pas ça. Et puis encore, c’est un de profundis pour chacun des trente membres de la famille, ou un seul pour le lot ? C’est pas précisé. À votre bon cœur.

Bon allez, ça suffit pour aujourd’hui. J’ai encore beaucoup à dire sur les cimetières et la mort, mais vous n’aimez pas lire de gros pavés alors ce sera pour une prochaine fois. Bon dimanche à toutes et à tous. Profitez d’être en vie, ça ne durera pas éternellement.

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(toujours pas ça le pseudo, pourtant je fais des efforts)

 

#012 – J’ai dû chober la crèbe

Aïe aïe aïe. Aujourd’hui, je vous promets pas du joli. Vous pouvez vous moquer et dire que ça change pas de d’habitude, de toute façon j’ai les oreilles bouchées je vous entends pas. Non seulement, je traine une espèce de vieille angine depuis trois jours, mais cette nuit mon cerveau n’a pas voulu dormir. La dernière fois que j’ai regardé l’heure il était  5h48, je m’en souviens bien, c’est la mémoire du désespoir. Mon réveil sonne infailliblement à 7h45 tous les matins. Deux petites heures de sommeil, donc, que j’ai passées à transpirer toute l’eau de mon corps. Autant vous dire que je suis à la ramasse totale. J’ai les deux yeux qui veulent pas regarder au même endroit au même moment, je sens que j’ai l’estomac qui peut entrer en éruption à tout moment, bref, je me sens pas bien. Je suis malade.

Que vous raconter, c’est encore plus difficile que d’habitude de trouver un truc. Ah si, tenez, cours Gambetta. (C’est quand même marrant ça, ils auraient pu l’appeler avenue, ou boulevard… Non. COURS ! Gambetta. Si vous y voyez pas l’humour c’est que vous êtes malade aussi. Votre cerveau n’a pas voulu se réveiller, lui. J’espère que c’est exceptionnel.) Bon. Cours Gambetta, ils, elles, ont ouvert une pharmacie. Ils·Elles ? Je sais pas qui c’est. Une pharmacie ? Oui. Une énorme pharmacie. Gigantesque. Une suprême bouse qu’on voit plus que ça de ce côté de la rue. Un putain de super marché de la pharmacie. Et bien, malade ou pas, j’irais pas chez eux. Moi les super-marchés, les grandes surfaces, ça me donne envie de leur chier sur le perron. Classe. Et eux, ils le sont, classes ? Savez combien ça gagne un·e patron·ne de pharmacie ? Putain, oh oh ! Non. Bien plus que ça. Z’avez qu’à mater sa caisse la prochaine fois qu’il·elle se pointe, celui ou celle du coin de votre rue, ça vous fera une petite idée. Et un·e vendeur·euse, savez combien ça gagne un·e vendeur·euse en pharmacie au SMIC ? Le SMIC ! Et vous savez dans quoi on peut se loger et de quoi on peut se nourrir avec un SMIC ? Oui vous le savez ça. Tout le monde le sait, parce que tout le monde est au SMIC. Alors, c’est pas la classe ? Ah oui, parce que je vous ai pas dit ? Vous me connaissez pas bien encore. Pour moi, dans une boîte, tout·e patron·ne dont le taux horaire est supérieur à celui de ses employés·ées est un·e voleur·euse. Un vieux caca. Qui pue. Nan, pfff… Décidément j’ai pas la force de mettre de la force dans mes propos aujourd’hui. Je vous ai dit que j’étais malade ?

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Photo par Gwlad (impasse de la Gerbe)

Encore une fois, notre photographe ne savait pas à quel point elle taperait dans le mille aujourd’hui quand elle m’envoyait cette photo hier. Je vous laisse juge.

On peut peut-être faire un point sur les photos de Gwlad. Enfin sur la façon dont ça se passe, la collaboration. Elle m’envoie simplement des photos qu’elle a prises dans Montpellier, parfois une pour le lendemain, parfois trois pour les trois prochains jours. Je ne lui donne jamais de thème à l’avance puisque moi-même je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir raconter chaque matin. Des fois ça tombe parfaitement comme aujourd’hui, des fois ça n’a pas de rapport avec l’article et c’est très bien aussi, et parfois c’est moi qui brode un peu autour de la photo pour créer un lien très artificiel avec le contenu écrit du billet. Encore une occasion pour vous d’observer de quelle rigueur et de quel professionnalisme nous faisons montre sur ce blog. Faire montre ça n’a pas de rapport avec l’horlogerie, mais je ferais bien de trouver une fin originale à cette phrase qui sauverait un peu le coup de ce jeu de mot bien moisi afin de ne point en éprouver trop de honte demain lorsque j’irais un peu mieux même si je ne me relirais sans doute pas, raté.

Bon vous savez quoi ? J’abandonne pour aujourd’hui. Je suis lâche. Je vais aller me balader au soleil au marché des Arceaux en espérant que ça passe.

Ah, non, je vous fais pas la bise, je vous ai pas dit ? Je suis malade.

#011 – Et mes pellicules, c’est du cinoche ?

Voilà, on y est. Vendredi. Si je travaillais, je me dirais : « Voilà, on y est. Vendredi. » Et j’ajouterais même : « Youpi-pi-pi ! Ce soir c’est le week-end. » Youpi-pi-pi, si j’étais seul chez moi. Putain, en compagnie. On a sa petite fierté.  Mais je ne travaille pas. Je suis en week-end depuis un peu plus de trois ans. Un an et demi d’allocations chômage, un an et demi de RSA. Je vois que ça vous intéresse pas ce que je raconte. Vous pourriez au moins faire semblant.

Bon. Anecdote : Savez-vous comment on appelle les Montpelliériens ailleurs en France ? C’est fou comme quand je n’ai rien à dire de particulier je me sens obligé de parler de Montpellier, tout ça parce que c’est dans le titre du blog. Comme si c’était plus intéressant que ma petite vie pour vous. C’est pas comme si j’avais de bons plans à partager. Au risque de me répéter vous n’êtes pas sur un blog mode, un blog tendance, un blog lieux chics. J’ai jamais pu saquer ça, la mode. C’est pourquoi je suis moche. Je l’ai bien cherché. Ouh le vilain, il s’habille toujours pareil. Ça c’était le passage pour que les gens qui aiment la mode et être in (on dit plus ça que dans les mots-fléchés non, être in ?) sentent bien que ce n’est pas une véritable attaque, que je n’ai pas de conviction profonde à ce sujet et que je suis prêt à accepter que je fasse juste un blocage bêbête sur la question. En vrai, j’ai quand même une petite dent contre les modes et ses faiseurs·euses-suiveurs·euses, mais quand on tient un blog à trois lecteurs·rices par jour, on ne peut pas se payer le luxe de risquer d’offenser la grande majorité des personnes les plus consommatrices de ce genre de produits.

J’étais parti pour ne plus parler de ma vie. Les Montpelliériens donc, vous savez comment qu’on les appelle dans le reste de la France, quand on est entre soi ? Les chômeurs à Ray-Bans. Et paf. Prenez-vous bien ça. (J’aurais dû écrire Montpelliériens·riennes / chômeurs·euses pour être systématique, mais je trouvais que ça avait moins d’impact. Au secours Delfeil de Ton.) Moi qui n’aime pas être catégorisé je suis bien content de n’avoir pas de paire de Ray-Bans, d’une, et de n’être plus au chômage, de deux, puisque je suis au RSA. C’est un peu comme les clientes·s de l’Up & Down qui sont appelées·és les déchets par les fidèles d’autre confession habituées·és des autres bars. Je suis donc également heureux de ne plus fréquenter les bars. Les patrons, eux, doivent faire un peu la gueule. Ne plus fréquenter les bars seul, s’entend. Je sors toujours à gauche à droite avec les potes, mais je suis maintenant abonné au jus de tomate. C’est pas si dégueu. C’est moins sucré que le reste des jus de fruits et autres sodas. On va pas s’économiser le foie pour se vautrer dans le diabète.

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Photo par Gwlad (boulevard Renouvier)

Pour me sortir du parler-de-soi, faut que je trouve un truc à vous dire. C’est bon j’ai trouvé. Heureusement que vous n’avez pas le détail des minutes qui se sont écoulées entre cette phrase et la précédente.

Puisque j’en étais à vous faire mon cinéma d’ancien alcoolo hypocondriaque, connaissez-vous le Kino Montpellier ? C’est l’antenne montpelliérienne d’une associations de fabriqueurs·euses de films format court. Je vous avais déjà parlé d’un ami qui tournait plusieurs pas-longs-métrages, et bien c’est pour le Kino qu’il le fait. Voilà le concept de l’asso :

Tous les deux mois, les différentes·s abonnées·és se retrouvent pour diffuser leurs productions dans un lieu de Montpellier, parfois le Gazette Café, parfois le Centre Rabelais. On diffuse donc les films, puis toutes les personnes présentes dans la salle sont appelées à proposer un thème pour la session suivante. On met chacun·e un petit bout de papier dans un chapeau —procédé hautement original— puis on en tire trois au sort, et la salle vote à mains levées pour valider sa thématique préférée. Dans la semaine qui suit, toutes·s les abonnées·és qui veulent participer à la session se réunissent en un lieu déterminé à l’avance. On forme des équipes. Qui veut faire un scénar ? Qui veut être réal ? Qui veut être perchman ? (silence dans la salle) Qui veut être comédien·ne ? Bref. Z’avez pigé. Une fois les équipes montées, reste plus qu’à bosser, et rendez-vous dans deux mois pour diffuser les chefs-d’œuvres.

Ce qui est sympa dans cette asso, c’est qu’on se mélange. Pro et amateurs·rices se côtoient et bossent ensemble. Ce qui est visé, ce n’est pas la production de dingue qui va en foutre plein les yeux à tout le monde. C’est d’une part s’amuser en faisant, d’une autre part rencontrer des gens sympa, encore d’une autre part voir le résultat en compagnie de ces gens sympa, toujours d’une autre part — – Décidément ça fait beaucoup, vous attendez combien de personnes ? – On sera quatre, c’est parfait — apprendre les uns des autres, techniquement et humainement. Lisez-donc leur devise et vous aurez tout compris, je vois même pas pourquoi je m’embête à expliquer quand c’est si bien résumé :

« Faire bien avec rien, faire peu avec mieux, mais le faire maintenant ! »

Sur le même principe un jour je vous parlerai de Numéro 0, mais je sais pas si vous êtes prêtes·s

ET DONC, prochaine diffusion Kino Montpellier : lundi 12 février, c’est dans 3 jours, au Centre Rabelais (27-29 Boulevard Sarrail), à 19h30. C’est gratuit. Je vous rappellerai ça le jour même.

Petit point culture : Le Centre Rabelais était, avant d’être une annexe du Corum, le cinématographe Pathé, première salle de cinoche de Montpellier, construite en 1908. Voilà, vous irez faire la sieste moins bête.

Bon, c’est assez pour aujourd’hui. Vous me répèterez dix fois d’affilée, le plus rapidement possible et en faisant toutes les liaisons : « En bon zinzin des azalées déjà j’allais aller jazzer aux allées en zinc des Alésiens ». Ça veut rien dire mais tout doit-il avoir un sens ?

La flemme de trouver un pseudo rigolo

#010 – Mariage d’enfer au Kawa

Hier, c’était théâtre. Le Kawa Théâtre, comme je vous l’avais annoncé dans le billet #003. La pièce, c’était Mariage d’enfer. Et c’était bien sympa. Elle et il, la comédienne scénariste Céline Cara et le comédien Kevin Bourges, la rejouent ce soir et puis c’est fini. Enfin pas vraiment, y a une date spéciale le 14 février, mais demain c’est leur dernière officielle, et je suis sûr que ça leur ferait plaisir de jouer devant une salle remplie. Clin d’œil à toi, lecteur·rice.

Que dire maintenant ? C’est l’histoire classique : un mec, une meuf. La meuf veut se marier depuis qu’elle est petite, c’est son rêve, le mec s’en fout complètement, mais il ne doit surtout pas le dire, non, il doit céder surtout, sans quoi ça sent méchamment la séparation. Alors, petit insert. Je dis classique. On risque de me dire, comment ça classique ? Tu renforces les clichés, les lieux communs. Je vous répondrai que deux de mes amis se sont mariés exactement comme ça, poussés par leurs copines qui voulaient seulement se marier. Elles, l’autre, elles s’en foutaient, c’était le mariage, la robe et toutes ces conneries qu’elles désiraient. Leurs histoires, bien qu’elles furent longues jusque là, n’ont duré qu’un an (pas tout à fait) après le mariage, dans les deux cas. Ensuite divorce. Trois de mes amis en tout se sont mariés, ça fait donc deux mariages sur trois qui tombent dans ce cas-là, et que j’ai pu observer de très près. Je serai bien d’accord avec vous pour dire que c’est une question de société et du « rôle » qui échoit aux nanas. Comme vous serez d’accord avec moi pour dire que les mecs qui sortis du boulot ne pensent que foot et bagnoles sont formés dès la petite enfance par un procédé analogue. Ouf, on est bien d’accord alors. On peut continuer.

La pièce joue donc autour de cette situation, et on pourrait craindre de s’ennuyer si ça ne sentait pas autant le vécu, si la scénariste ne visait pas aussi juste à tous les coups. Ce n’est pas vraiment une critique de ce genre de mariages, ce n’est pas non plus un hymne à cette situation, c’est une mise à plat. Tout y est exposé, tout. La pièce n’est pas bien longue (ou il n’y paraît pas, j’ai pas taïmé), et pourtant tout est dedans. Je parle un peu général, je veux pas vous donner de détails. Ça fait partie des plaisirs de ce spectacle de découvrir petit à petit que tout ce qu’on a déjà aperçu de l’extérieur ou vécu de près se retrouve dans la pièce.

Il y a donc ça d’une part. D’autre part il y a les dialogues. Naturels, drôles, réalistes. Lui c’est un beauf’, elle une belles’, au sens de madame et monsieur tout le monde, pas des alcolo-rastos de PMU. Justement, les personnages ne sont pas des neuneus, pas des caricatures. Ni d’horribles connards·sses, ni des angelots. Ils existent, ils ont un passé, une raison de faire ce qu’ils font, de dire ce qu’ils disent. On les sent être des personnes comme vous et moi. Sans doute un peu plus comme vous que comme moi, tout de même, mais enfin à pas beaucoup. Tout ça pour dire que dans l’écriture ici, il n’y a rien de gratuit, de juste pour faire rire pouèt-pouèt pirouette. Et ça, c’est bon, ça fait plaisir.

ENTRACTE

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Photo par Gwlad (avenue Georges Clemenceau)

FIN DE L’ENTRACTE

Au niveau du jeu, alors là ! Céline Cara est à fond du début à la fin, elle y met vraiment de l’énergie ! Je l’ai déjà rencontrée deux fois en civil à diverses occasions, elle a l’air tranquille comme femme, mais quand elle se met à jouer la fille survoltée, boudi, elle s’économise pas. Son personnage a beau être agaçant, bruyant, brusque, on ne s’en lasse pas pour autant, le mérite en revient à la comédienne. Et Kevin Bourges. Kevin Bourges ! Un vrai comédien, un bon ! On était trois à être venus voir la pièce, en sortant on était tous bluffés par son jeu. Timing parfait. Il contrôle son corps et ses mimiques impeccablement. Aussi impeccablement qu’il dit son texte. Il est d’une drôlerie et en même temps d’un naturel impressionnants. Bref. Je lui promets une longue carrière. Genre je m’y connais. Mais j’aime bien faire des pronostics du haut de mon ignorance. Pour finir, les deux font la paire. Comme je le pensais déjà à la suite du tournage du court-métrage d’un ami, et après avoir fait la bande son d’une web-série dans laquelle on les retrouve, les voir jouer tous les deux, ensemble ou séparément, c’est un régal.

Qu’est-ce que ça donne tout ça mis ensemble ? Et bien, si le thème n’est pas franchement original, la justesse de l’écriture et le jeu ne m’ont pas laissé sentir le temps filer. Quand je n’étais pas occupé à rire, j’essayais de faire passer cette boule au ventre d’avoir vécu de trop près ce genre d’évènements qui dans la réalité ne sont pas franchement des parties de rigolade. Que demander de plus à un spectacle vivant que de provoquer chez nous des émotions variées en évitant l’ennui ? Rien. Un peu plus de chauffage dans la salle peut-être.

J’ajoute, pour ceux qui sont un peu chauvins, que Mme Cara et M Bourges, sont Montpelliérienne et Montpelliérien (quelques expressions du coin qu’il fait bon entendre se glissent d’ailleurs dans le spectacle), qu’ils jouent depuis longtemps maintenant dans les théâtres de notre ville, et qu’ils semblent vraiment vouloir promouvoir la scène locale.

Donc ? Ben allez-y, patates. Faut tout vous expliquer ?

Allez, à demain. Bisettes.

#009 – Le suicide, c’est pas tabou, on en viendra quand même à bout

Amis·es suicidaires, vous allez être déçus·es. Attendez ! Attendez !! Posez cette corde ! Là… Tout doux… Voilà. Bon. Écoutez-moi quand même avant de faire le petit saut. Bien que j’aie assisté à la séance ciné-débat d’hier au Diagonal à l’occasion de la journée de prévention du suicide, je n’ai pas grand chose à vous en dire. Je peux d’une part critiquer le film, mais si vous ne l’avez pas vu vous vous en fichez royalement, et si vous l’avez vu vous n’avez pas envie de revivre cet enfer, et d’autre part je peux vous filer les rares infos utiles qui ont été échangées dans la salle, mais c’est pas grand chose. Enfin, il faut bien que j’écrive quelque chose alors allons-y.

Commençons par le film, donc, et dans un deuxième temps je vous prodiguerai les quelques conseils que j’ai pu glaner. C’est une manière de vous forcer à lire tout l’article pour avoir droit aux tuyaux qui vous permettront peut-être de ne pas vous crever le cœur d’un coup de tournevis. Pas très glorieux comme procédé, mais si on n’exploite pas les gens dans le besoin, on n’exploite personne, comprenez bien. Allez, laissez-moi faire mon travail de blogueur, on discutera de vos petites revendications plus tard.

Le film. 1:54 qu’il s’appelle. Prononcez ün’sinkantkat avec l’accent Allemand. Le film est Québécois. Résumé : une poignée de bons acteurs au service d’un scénario affligeant de médiocrité. Image : très belle. Musique : juste ce qu’il faut de clichés et de répétitivité pour renforcer la niaiserie (au sens québécois, français, n’importe) du film. Scénario, donc : niveau projet cinéma de lycéens, sur le thème du harcèlement, destiné à des collégiens. Synopsis : Au lycée, Gentil 1 et Gentil 2 se font harceler par Méchant et ses sbires. Gentil 1 et Gentil 2 font des projets de science ensemble, ce qui leur permet de se retrouver seuls le soir dans un parc. Gentil 1 manque d’embrasser Gentil 2 alors qu’il feint de dormir un de ces soirs. Gentil 2 se fait toujours plus harceler au Lycée, quand on le traite de fif (tapette en québécois), il assume. Gentil 1 n’assume pas, il a peur d’être assimilé à Gentil 2 à qui il voulait rouler un patin quelques heures plus tôt. Gentil 2 se suicide.

Gentil 1 décide de ne parler à personne de la situation. Il décide de prendre Méchant sur son terrain. Le 800m. Oui. La course à pied. Il est bon, Gentil 1, il fait peur à Méchant qui risque de perdre sa place de champion. Méchant prend donc une vidéo de Gentil 1 dans laquelle il se fait sucer un fois bien bourré dans une soirée et le fait chanter. [insérer ici 1h30 de film sur la course à pied] Gentil 1 perd la compétition mais la vidéo est quand même diffusée sur les réseaux sociaux. Gentil 1 se fait harceler et décide de faire une jihadette grâce à ses cours de physique-chimie qu’il a bien tous suivis, il fabrique une bombe pour la faire exploser dans un club où tous ses camarades du lycée font la fête, mais en fait, c’est lui qui explose tout seul à la fin.

Ce film parle donc 10 minutes de suicide, 1h40 de harcèlement et d’athlétisme, et 10 minutes de terrorisme.

Bon je suis moi-même fatigué d’en parler, tant pis pour les détails, on va faire un entracte photo et passer à la suite.

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Photo par Gwlad (rue Galavielle)

Vous avez remarqué ? Notre photographe nous prend un vélo sur un balcon pour la seconde fois ? Un psychanalyste aurait bien des choses à dire à ce sujet. J’ai peur qu’elle n’aille pas très bien mais que n’osant pas nous le dire, elle cherche à faire passer le message par ses clichés.

Toujours est-il que cette photo est pile dans notre propos, contrairement au film dont je vous parlais : le suicide. Qu’est-ce qui peut pousser un vélo à être désespéré au point de se retrouver dans une situation aussi terrible ? Souffre-t-il de solitude ? On ne voit son propriétaire nulle part. Est-il moqué par les autres vélo qui passent en bas ? Va-t-il sauter ?  Va-t-il pas sauter ?  Il a pourtant l’air neuf et solide, il a une belle vie de balades devant lui, alors qu’a t-il ? Le propriétaire semble même avoir installé un étendoir anti-suicide juste devant le balcon, ce n’est donc certainement pas sa première tentative. Hélas, cela ne suffira sans doute pas, on le voit déjà passer une roue par dessus la rambarde, il semble déterminé à en finir.

Je trouve d’ailleurs ça un peu limite de la part de notre photographe de nous laisser dans l’expectative, sans nous indiquer si oui ou non il a fini par sauter, s’il est mort, si quelqu’un l’a secouru ? C’est jouer avec nos émotions. C’est du sensationnalisme.

Mais revenons-en au suicide chez les humains. Je ne suis absolument pas expert dans le sujet, alors je vais en parler en essayant de dire le moins de bêtises possibles. Pas facile. Commençons.

S’il vous vient l’idée de vous supprimer, le mieux, c’est d’en parler. Plusieurs choix s’offrent à vous : en parler à des proches, amis.es, famille. Il ne faut pas hésiter, dites-vous bien que la petite angoisse que vous susciterez chez eux n’est pas comparable à la douleur et à la culpabilité qu’ils ressentiront si vous passez à l’acte alors qu’ils n’avaient pas su déceler votre mal-être. Malheureusement, on le sait bien, c’est parfois impossible. Question d’entourage, de contexte social. Nombreuses sont les associations qui proposent alors des solutions anonymes pour pouvoir exprimer vos émotions, votre détresse. Par exemple S.O.S. amitié, qui propose une ligne téléphonique ouverte 24/24h, mais également un chat (genre internet, pas la boule de poils), si vous êtes plus à l’aise pour vous exprimer à l’écrit. C’est, d’après leurs dires, la solution privilégiée par les 15-24 ans. Il y a également Le Refuge, association qui vient en aide aux jeunes souffrant d’un rejet social à cause de leur orientation sexuelle. Cette dernière rappelle qu’elle prend les appels de toute nature, nombreuses sont les personnes qui veulent simplement parler, homosexuelles, bi, trans ou hétéro.

Petit détour par des chiffres assez effrayants. Ça touche tous les âges et toutes les couches sociales, le suicide. En France, on compte chaque année environ : 200.000 tentatives, 10.000 morts, 600 chez les 15-24 ans dont 200 liés à une homosexualité mal ou pas acceptée par l’entourage. Chez les 15-24 ans, le suicide est la seconde cause de mortalité (après la route).

Dans tous les cas dites-vous bien que vous n’êtes pas seul·e, et que beaucoup de personnes bienveillantes sont disposées à vous apporter de l’aide et du réconfort par tous les moyens dont elles disposent. En parler est libérateur, tous les médecins et scientifiques sont catégoriques à ce sujet. Osez parler.

En ce qui concerne l’entourage des gens qui vont mal. On sait bien que la solution c’est d’en parler, de faire parler, d’écouter, mais les personnes qui vont mal sont parfois tellement honteuses de leur situation, des idées noires qui tournent en rond dans leur tête, qu’elles ne feront pas la démarche d’aller vers l’autre pour en causer. Ces pensées ne font que les isoler d’avantage. C’est notre rôle à tous, en tant qu’amis·es, que famille, que professeurs, qu’humains·es, d’aller vers celui ou celle qui va mal et de lui montrer qu’on est disponible. Qu’on peut aider. Qu’on veut aider. Qu’on va aider. Bien des personnes n’osent pas demander à un proche qui va très mal si dans son désespoir, il ou elle a déjà pensé à mettre fin à ses jours, craignant de donner une idée qui n’aurait pas déjà été là. Hors, dans l’écrasante majorité des cas, c’est justement lorsque le sujet est évoqué par un·e autre que la personne en souffrance se met à parler, à se soulager, à —et c’est extrêmement important— se sentir comprise. Sachez simplement le faire avec tact, avec délicatesse, en adaptant votre vocabulaire et votre ton à la personne que vous avez en face de vous. Autre chose : à partir du moment où la personne répondra qu’en effet, ça lui trotte dans la tête de se foutre en l’air, il faudra prendre des dispositions, faire quelque chose. C’est une responsabilité, c’est sûr. Mais s’il vous plaît, ne fermez pas juste les yeux en attendant que ça lui passe ou que ça casse, par confort. Si ça casse, et ça peut casser, il sera de courte durée votre confort.

Voici une petite liste d’associations pour parler, être écouté·e et se faire aider, toutes ont des antennes dans plusieurs villes en France, n’hésitez pas à faire appel à elles :

Toutes ces associations ont aussi besoin de bénévoles, n’hésitez pas à y adhérer si vous avez du temps à leur consacrer.

Allez les potos, à demain ! La conversation sera plus légère, ce soir c’est théâtre, je vous raconterai. En attendant ne faites pas de bêtise, j’ai vraiment pas envie de perdre un·e lecteur·rice, déjà que j’en ai pas beaucoup. Déconnez pas, pensez à moi un peu, merde.

#008 – Le bağlama, ça c’est makam

Et oui. Voilà qu’il y a un mois j’achetais un bağlama, instrument d’origine turque de la grande famille des saz. J’adore. Parmi ses particularités les plus notables, trois chœurs de deux, deux et trois cordes, ainsi que quelques frettes insérées entre deux de celles qu’on trouverait habituellement sur une guitare, par exemple, et qui permettent de jouer des intervalles de quarts de ton. Je reprends pour ceux·elles qui ne sont pas musiciens·nes mais qui aimeraient quand même comprendre.

  • Les chœurs :

Sur certains instruments, les chœurs désignent des ensembles de cordes, en général très rapprochées les unes des autres, et qui sont accordées entre elles à l’unisson ou à l’octave, c’est-à-dire sur la même note, ou la même note mais l’une plus grave et l’autre plus aigüe. Je vois que c’est pas clair pour certains. Chantez « Do Ré Mi Fa Sol La Si Do » Le premier et le dernier Do sont tous les deux des Do, mais à une octave d’écart. Deux cordes accordées l’une sur le premier, l’autre sur le second Do, sont accordées à l’octave. Si les deux cordes de votre chœur sont accordées sur le premier Do, ou toutes les deux sur le deuxième Do, elles sont accordées à l’unisson. Vous avez maintenant compris la distinction.

  • Les quarts de ton :

Maintenant qu’on a vu ce qu’était une octave ce sera plus simple. Quand vous avez chanté Do Ré Mi Fa Sol La Si Do, vous avez chanté une gamme majeure. C’est-à-dire une sélection de notes parmi celles qui se trouvent entre ces deux Do. Cette sélection donne une certaine couleur aux morceaux qu’on pourrait composer en se servant de ces notes uniquement. Sept notes différentes, la huitième, c’est l’octave. Huit, octa-, octo-… voyez le machin ? Prises ensemble, ces sept notes choisies forment une gamme ou un mode. Mais quelles sont-elles ces notes qui séparent les deux Do et parmi lesquelles on a choisi les sept formant la gamme majeure ? On recommence et on les intègre : Do Do# Ré Ré# Mi Fa Fa# Sol Sol# La La# Si Do (on met des dièses, on aurait pu mettre des bémols, c’est —presque— pareil). Combien vous en comptez maintenant ? Douze ! Et la treizième, c’est l’octave, par rapport à la première. On appelle parfois ces douze notes la gamme chromatique. Elle contient les douze notes que la musique traditionnelle européenne de l’ouest retient comme les subdivisions d’une octave. Pensez musique classique. Chacune de ces notes est séparée de la suivante d’un intervalle d’un demi-ton. Une octave est donc composée de douze demi-tons. Sur une guitare, toutes les frettes (les barres qui délimitent les cases, en neuneu) sont placées de façon à partitionner le manche en intervalles réguliers de demi-tons. Mais qu’est-ce qui nous empêche de diviser encore ces intervalles en deux ? Rien. Ajoutez une frette entre deux déjà présentes sur un manche de guitare, vous avez maintenant accès à un intervalle de quart de ton. Les quarts de ton sont utilisés dans plusieurs genres musicaux dans le monde, notamment dans les musiques arabes, turques et des Balkans. Dans les musiques traditionnelles ou folkloriques arabes et turques, les gammes, ou modes, sont appelés·ées maqâms (arabe), ou makams (turc).

Le bağlama, disposant de quelques frettes bien placées, permet de jouer des intervalles de quarts de ton et donc certains makams qu’une guitare (ou basse, ukulele…) ne nous permettrait pas de jouer.

Voilà. Dites-donc on est partis·es loin. Revenons à Montpellier un instant.

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Photo par Gwlad (rue Galavielle)

Il y a dans notre bonne ville aux murs blancs, une petite boutique à la devanture bleue. Le Studio Musical que ça s’appelle. Beaucoup d’instruments, et même des trucs assez originaux. Je vous dirais bien d’y aller, commerce de proximité, pas faire crever le petit magasin du coin, tout ça, mais non. Désolé. C’est pas ce que je vais vous dire. Pas du tout.

N’allez pas dans cette boutique. Vraiment. Regardez dans la vitrine, et allez acheter votre instrument ailleurs. À moins de vouloir acheter de la merde à bas prix et de vous en fiche vraiment de l’attitude du quart de ton qui va vous recevoir dans sa boutique. Là vous pouvez y aller vous ne risquez pas grand chose. Mais si vous voulez avoir une vraie discussion avec le vendeur, prendre le temps d’essayer confortablement les instruments un peu plus chers, vous faire conseiller longuement et sans vous faire pipeauter pour ne pas investir votre argent durement gagné, économisez-vous la déception et la haine qu’un pas chez ce clown ne manquera pas de susciter chez vous, restez sur le trottoir.

Oh, le nombre de fois où, quand j’étais encore musicien débutant, il m’a dit qu’un instrument était neuf… Neuf peut-être mais tombé en magasin alors, ou sans doute utilisé et pigné par lui, ou son groupe de musique irlandaise d’ailleurs bien mauvais. On remarque l’éclat sur le vernis, le pet sur le chevalet, les cordes pas du tout neuves comme promis, une fois rentré·e chez soi. Après tout, un commerçant qui sait vous mentir les yeux dans les yeux, au point que vous lui fassiez confiance en débutant·e que vous êtes, n’est qu’un demi ton. Car ça peut lui rapporter des ronds facile, même si pas longtemps.

La meilleure, c’était il y a un peu plus d’un mois, je me tâtais justement entre bağlama et bouzouki. Je commence à lui poser des questions sur les différences entre bouzouki irlandais et grecs, le mec me répond à peine, je sens que je le fais chier, il me mate comme si j’étais un blaireau qui aurait dû avoir la science infuse, m’apercevoir tout seul des différences après avoir eu les deux instruments cinq minutes en main chacun. Il est pas capable d’expliquer, de décrire. Ou s’il est capable il a pas envie. C’est pas la première fois qu’il me fait ça, en plus des trois, quatre fois où il m’a menti. Ce mec. Ce vrai ton, ce ton total. En huit ans je lui ai acheté un ukulélé, une bombarde, un melodica, une mandoline, une flute traversière, un violon, une basse électrique, un dulcimer, mes cordes et mes médiators. Ce tonnard, ne prend pas cinq minutes pour causer. C’était la dernière fois que passais la porte de sa boutique de merde. Je ne peux que vous recommander d’en faire autant. En discutant un peu de cette boutique en soirées, je me suis rendu compte que bien d’autres ont vécu des situations similaires chez lui. Pour dire, ça ressort même dans les avis Google auxquels, pour une fois, je fais confiance.

Tant pis pour le petit commerce.

Vacherine Blaigière

(Oh, ça va, je vois bien que ça ne marche pas non plus. J’essayais un nom féminin, au cas où ça passerait mieux. Mais non. Définitivement, les pseudo c’est sur-chaud à trouver)

P.S. : Vous aurez remarqué que je n’ai pas mentionné Delfeil de Ton une seule fois aujourd’hui, malgré le contexte opportun. Y avait déjà un jeu de mot dans le titre, ça aurait fait surcharge.

#007 – J’ai rien contre les lundis, mais si on pouvait vite passer à demain ça m’arrangerait

C’est lundi. Il pleut. J’ai eu du monde à l’appart non-stop tout le week-end, c’est la première fois que je me retrouve seul depuis jeudi dernier. Je ne sais pas si je dois faire ma petite déprime ou profiter de ce répit pour me créer une ambiance cozy à base de thé bien chaud, de couettes et de jeux vidéo. Allez, va pour la seconde option. Y en a qui ont dû se lever aux aurores pour aller bosser, traverser la ville sous la flotte, se faire éclabousser par des voituristes crétins, c’est ça la vraie déprime. J’ai quand même un peu de travail à fournir pour les asso, mais je crois que ça attendra la fin d’aprem.

C’était l’épisode, vous n’en avez rien à carrer de ma vie mais je m’en fous je vous en parle quand même. Et pourquoi ? Parce que je ne sais pas quoi raconter aujourd’hui. Quel blogueur médiocre. Tout ça parce que j’ai pas envie de vous parler de modes vestimentaires dans lesquelles dépenser votre fric, de tendances maquillages dans lesquelles balancer votre pognon, de produits culturels dans lesquels dilapider votre pactole, de restaurants et cafés dans lesquels vider votre bourse. Un jour j’écrirai un billet sur ces blogueurs·euses, youtubeurs·euses et prétendus·es journalistes qui passent leur vie à nous vendre des choses et des machins sous prétexte d’enrichir nos connaissances, et qui transforment en vérité notre quotidien en émission de téléachat sans fin, qui pensent par la culture fuir cette société oppressante, alors qu’ils apportent par milliers et tous les jours leur brique à la société de consommation, avec comme recette quasi unique du bonheur : l’achat. Oui, un jour je rédigerai un article du genre, quand j’aurais le temps et la motivation. Ce sera peut-être avant, peut-être après celui sur le texte de Delfeil de Ton. Si vous n’avez pas compris pourquoi cette dernière phrase était drôle c’est que vous n’avez pas lu mes billets précédents. Faites un effort aussi, on va pas s’en sortir sinon, d’autant qu’il n’y en a que six pour l’instant, de billets.

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Photo par Gwlad (rue du Grand Saint Jean)

À propos de Delfeil et d’écriture militante tout de même, on soulignera que depuis le début de ce blog je me tiens à intégrer systématiquement l’écriture inclusive dans mes articles, faisant des efforts pour trouver une manière originale de faire apparaître autant le féminin que le masculin. On remarquera également que ça reste encore très souvent illisible et qu’il ne semble pas y avoir de bonne solution. La langue française est vraiment chiante. J’avais pas besoin de ça pour écrire brouillon.

Est-ce que j’ai parlé de Montpellier ? Non, j’en ai pas parlé de Montpellier. Mais qu’est-ce qu’il y a à dire, hein. Aujourd’hui, il pleut, il fait froid, restez chez vous. Sinon d’une vous allez choper la crève, et de deux, vous allez marcher sur des escargots. Vous voulez vraiment marcher sur des escargots, hein ? Écraser leur maison ? Les écrabouiller en dessous ? Entendre le crac et imaginer tous les petits bouts de coquille piquantes, coupantes, qui leur rentrent dans la chair, juste avant que la pression de votre semelle ne crève leurs flancs et envoie leurs entrailles valser à des millimètres de là, dans un grand squiiiiish ? C’est ça que vous voulez ?

Hum. Désolé. Aujourd’hui, j’ai l’humeur du temps qu’il fait.