#167 – Le blogueur qui ne prenait pas de vacances

Et bien ce n’est pas moi. Et pour cause, c’est le personnage d’une histoire que me racontait ma maman, le soir, pour me dissuader de tenir un blog quotidiennement quand je serai plus grand.

Ce conte causait d’un pauvre blogueur qui devenait aveugle, les doigts pleins d’arthrites, à trente-cinq ans. L’esprit rongé par l’obsession de mettre son blog à jour chaque jour. Sans une seule journée de repos. Même quand il n’avait plus d’idée. Enfin, surtout quand il avait la tête ailleurs, en vérité. Son histoire finit très mal car il termine par supprimer son blog et passer son temps à poster des commentaires sur youtube par l’intermédiaire de l’assistant vocal de google, et cela jusqu’à la fin de ses jours.

Et bien on ne m’y prendra pas. Aujourd’hui, comme hier et avant-hier, je fais ma feignasse. Et je trouve que j’ai bien raison. Allez, je vous embrasse.

#166 – Une histoire incroyable mais vraie

Oubliez ce que je vous ai glissé hier en passant. Même avec du temps, c’était une journée trop riche en aventures pour vous la raconter sur un blog gratuit. Surtout la partie où nous sommes allés chercher des cartons à la pharmacie. Non, j’écrirai plutôt un livre à ce sujet, un qui se vendra sans nul doute à des dizaines de milliers d’exemplaires —j’aurais pu dire millions, mais je sais fort malheureusement que génie littéraire ne rime pas obligatoirement avec succès commercial, alors je table sur une dizaine de milliers de lecteurs et de lectrices éclairés·es—, ce qui ne manquera pas de me rendre riche moi-même.

Est-ce qu’à la place je vous raconte comment la serrure de la porte principale de mon immeuble ne fonctionne plus depuis plusieurs semaines et comme nous sommes obligés·es de sonner chez les uns·es chez les autres pour pouvoir rentrer chez nous ? Enfin, sommes… Étions. Jusqu’à aujourd’hui. Et oui. Élément perturbateur. Je me fous pas de votre gueule, là, y a de la surprise. Maintenant, donc, la porte d’entrée s’ouvre avec la clef qui servait à ouvrir la porte de la cour intérieur. Je vois que vous êtes captivés·es par mon histoire, mais ça n’est pas fini. Attendez la suite. Cette clef, là, nous n’en possédons qu’une pour trois colocataires. Je sais que c’est dur à croire, mais je vous jure que c’est vrai ! Si, si. Bon, alors, du coup, va-t-il falloir les faire refaire, y aller de notre propre poche ? Mystère. Nous ne le savons pas. Un simple mot collé à la porte d’entrée nous informe du changement. Ah, vous avez bien fait de lire jusque là, hein ? Z’êtes pas déçus·es ! Le suspense est à son comble. Et bien, comme dans toute série américaine qui se respecte, je vous laisse dans l’attente. Ne ratez pas l’épisode de demain, sinon vous ne connaitrez jamais le fin mot de l’histoire et vous aurez l’air bien bête quand tout le monde en parlera vendredi matin au boulot.

Et oui. Clef, c’est bien plus joli que clé.

 

#165 – Vous avez vu l’heure qu’il est ?

Ouh la la, qu’est-ce que j’en ai des histoires à vous raconter ! C’est pas ça qui manque des histoires époustouflantes. Par exemple, comment avec mon amie nous sommes allés chercher des cartons près de la pharmacie. Ou comment nous avons cherché un café pas bondé vers les Arceaux. Ou comment je n’ai pas bu un verre au bar mais que c’était sympa quand même. Donc croyez pas que c’est par manque d’inspiration, mais ce soir, vous n’aurez rien. C’est beaucoup, beaucoup, trop d’aventures pour une note de blog que je dois écrire avant minuit alors qu’il est 23h45. On en aurait jusqu’à 2h pour avoir le temps de rentrer bien dans les petits détails croustillants. Mais ne vous inquiétez pas, je garde tout bien en tête pour vous raconter ça demain. Allez ! Bonne nuit.

#164 – Si chacun·e balayait devant sa porte, le sol serait glissant je te dis pas le trou de la sécu comme il exploserait

Aujourd’hui, je me suis attaché les cheveux, qui m’arrivent maintenant à mi-dos, en une espèce de chignon à la japonaise qui me donne un air de Toshirō Mifune —non non, vous n’êtes pas sur un blog mode et looks tendances mais bien sur Montpelliérien, vous ne vous êtes pas trompé·e d’adresse, vous pouvez rester—, et j’ai dégainé non pas mon katana, mais ma plus vieille éponge, mon seul aspirateur, et le premier balai espagnol qui m’est passé sous la main afin d’entamer le ménage de l’appartement. Je suis bien conscient du fait qu’on ne dégaine pas une éponge, tout au plus la sort-on de son emballage plastique, quand bien même le geste serait gracieux, rapide et précis, mais enfin je voulais filer la comparaison avec un film de samouraï. Si vous voulez mon avis, vous vous arrêtez trop sur les petits détails. Je veux bien vous accorder qu’il vous faut connaître Toshirō pour bien sentir le côté samouraï, même si la sonorité du nom seule aurait pu vous orienter. Vous l’avez sans doute déjà vu dans les films d’Akira Kurosawa, même si vous ne connaissez pas son nom. Je veux cependant bien avouer que je n’aurais pas aussi tôt dû parler de balai espagnol. Ce casse franchement l’ambiance asiatisante, bien que si je devais imiter le guerrier maniant le sabre, ce serait sans doute avec le balai espagnol plus qu’avec l’éponge. Il ne me semble pas qu’il existe de balai typiquement japonais. Ou alors ce doit être un balai qui, tout en ayant un brosse assez efficace, ne raye pas les tatamis. Je pense qu’il serait plus judicieux d’utiliser un aspirateur. À ce que je sache, il n’existe pas non plus d’aspirateur espagnol. Il doit bien y avoir une ou plusieurs marques d’aspirateurs espagnoles, oui, mais pas un sous-genre à part entière de machine que l’on nommerait aspirateur espagnol même s’il était conçu quelque part dans une usine au Japon. C’est comme ça, un jour on est une civilisation qui invente un type de balai révolutionnaire, et le lendemain on se fait piquer le marché du ménage car, trop fiers de notre succès, on a oublié de miser sur les technologies d’avenir. Ainsi va l’histoire de l’humanité et de l’innovation. Aujourd’hui le french kiss, demain le bengali remote fluid swapper. Je vous mets en garde, président Macaron, si vous ne pariez pas sur la physique quantique appliquée aux sentiments humains dès aujourd’hui, faudra pas vous étonner si les gens restent soudés entre eux par le baiser de proximité et finissent un jour par s’unir pour vous casser la gueule.

À ce stade-là du texte, vous avez peut-être l’impression que je brode car je ne sais pas quoi vous raconter. Et bien, c’est peut-être vrai. Mais, comme au pays imaginaire dans Hook, vous n’avez qu’à imaginer que c’est un bel article, plein de drôlerie en même temps que de réflexions grandioses qui vous font changer votre façon d’appréhender le monde autour de vous, et il le deviendra, drôle et grandiose. Sinon, c’est que vous avez perdu votre âme d’enfant. Et qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse, moi ?

#163 – Fait trop chaud pour travailler

J’aurais pu vous parler du festival Radio France et du marathon qui vient de commencer à cette occasion. Oh non, pas du sport ! Rassurez-vous, c’est un marathon musical. Je vous avez annoncé ça il y a quelque mois, me souviens plus dans quel article : les 555 sonates de Scarlatti vont être jouées au clavecin dans la région au cours du festival. Ce ne sera donc du sport que pour les interprètes. Bon, ça a déjà commencé, mais avec un peu de chance il vous en reste encore 552 à écouter à l’heure où j’écris ces lignes.

J’aurais pu vous causer d’une histoire que j’ai entendue récemment et qui racontait comment le projet d’une épicerie solidaire dans l’enceinte de l’une des universités de Montpellier a été avortée par peur d’un éventuel manque à gagner pour les restaurants universitaires. Oh, je n’abandonne pas, je vous en causerai, mais pas aujourd’hui.

J’aurais également pu vous causer du déménagement qui n’avance pas, mais bon, puisque ça n’avance pas, je n’aurais pas eu grand chose à vous dire.

J’aurais encore pu vous causer du fait que depuis presque deux semaines vous n’avez pas vu passer de photo sur ce blog, mais seulement des tartines de texte plus ou moins inspirées, et que pourtant vous venez toujours assez régulièrement voir ce qui se passe ici, et que ça me fait chaud au cœur.

Mais non, je ne vous parlerai de rien de tout ça. Parce que j’ai la flemme. N’insistez pas, j’ai pris ma décision : aujourd’hui, c’est glandouille intégrale.

#162 – Les âmes sombres sous la pluie

Les hélicoptères tournent dans le ciel. Ou les avions de chasse. Je ne sais pas, mes volets sont fermés pour contrer le soleil cuisant qui vient frapper en plein sur ma fenêtre à cette heure-ci. Et croyez-moi, il frappe dur. À Lyon, où se trouve actuellement mon amie, il grêlait il y a quelques heures, et maintenant : « il pleut des tonnerres ». Ne posez pas la question, je ne sais absolument pas ce que ça veut dire. C’est ça l’avantage d’être en couple avec une personne dont le français n’est pas la langue maternelle, le moindre SMS devient une énigme. Bref, je vous ai parlé des aviocoptères, du soleil à Montpellier, du temps qu’il fait à Lyon, des inventions poétiques inter-langagières de mon amie… Et moi ? Qu’est-ce que je fais, moi ? Est-ce que je fais mes cartons ? Non. Ne me jugez pas. Je suis enfermé dans ma chambre. Je joue aux jeux vidéo pour calmer mes nerfs. J’ai dit ne me jugez pas ! Ça ne marche pas très bien car je joue à Dark Souls II. La série étant bien connue pour déclencher des crises de frustration chez les joueuses·rs tant les échecs sont douloureux à vivre. « Ça se dit pas ? » me demande mon amie. Non, ça se dit pas, il pleut des tonnerres. Donc, je ne joue pas aux jeux vidéos (jeux vidéo ou jeux vidéos ? Débattez). Je joue à un jeu vidéo en particulier. Le plus agressif pour les nerfs qui soit (à moins que ce ne soit le premier ou le troisième opus de la série qui mérite réellement ce titre). Mais ce n’est pas plus mal. Ainsi, je n’ai pas le temps de m’agacer de quoi que ce soit d’autre. Et puis c’est beau, en tout cas pour moi qui n’ai une console moderne d’il y a douze ans que depuis six mois seulement. Le jeu lui-même est très esthétique. Faut juste être un peu gothique, quoi. Paysages soignés de châteaux en ruines, de caves inondées, de grottes obscures, le tout peuplé de spectres armés, de chevaliers pourrissants, de rois maudits, de monstres ogroïdes, de dragons cracheurs de feu, de squelettes surgissant des brumes au détour d’un couloir… « Il pleut comme si la vache pisse », tente-t-elle de conclure. C’est pas exactement ça, mais vous avouerez qu’on se rapproche. Je suis gentil, je lui fais des propositions : « il pleut comme vache qui pisse », ou alors : « il pleut des cordes. » Bon. Cinq/six coups et vous êtes morts. Chaque nouvel ennemi a ses façons bien personnelles de vous trucider, et vous ne les connaitrez qu’en le combattant. Donc vous mourez à tout bout de champ. À chaque fois que vous mourez, votre barre de vie est réduite pour la session suivante et vous perdez toute la monnaie (des âmes) grâce à laquelle vous comptiez faire augmenter votre niveau dans le but de mourir moins vite. Celle-ci reste disponible sur le lieu de votre mort, mais vous repartez généralement de très loin et devez vous refarcir tous ces combats atroces, et si vous mourez à nouveau avant de l’avoir récupérée, cette bourse d’âmes, elle disparait définitivement. Vous n’avez qu’à recommencer. Une trois-centième fois. Oh, ne faites pas vos étonnés, je vous avais déjà dit que j’étais un peu masochiste. Mais résultat, ça marche impec. Je ne pense plus au déménagement. « Il pleut des chiens et des chats ? » hasarde-t-elle. Oui. De l’autre côté de la Manche, oui, ça marche. Mais franchement, ici, à Drangleic, ça sonne bizarre.

#161 – Tri hyper-sélectif

Tant de livres, si peu de cartons…

Je me demande si je ne vais pas devoir en revendre, des livres. D’ailleurs je suis ruiné. Je fais l’innocent, mais je sais qu’il me faut en revendre, pour la place et pour l’argent. Mais c’est trop dur. Jamais je ne pourrai me séparer des bouquins de Cavanna, de DDT ou de Berroyer. Ce n’est même pas la peine d’y penser. C’est ma sainte trinité des écriveurs à moi. Quant à mon rayon littérature anglophone, pfff… il doit bien y en avoir un ou deux dont je me consolerai d’avoir dû me séparer, mais qui m’achèterait ça ici ? Ce ne sont pas des ouvrages au programme des fac d’anglais. Bon, en tout cas personne ne touchera à mon rayon poésie. Hugo, d’Aubigné, Verlaine… Non ! Je les aime trop. Si je les connaissais par cœur, encore, ça irait. Mais j’ai vraiment une trop mauvaise mémoire, impossible d’apprendre des poèmes, même des courts. Même les miens. Bon okay, Mallarmé, Apollinaire et Rimbaud me font super chier, je peux les revendre avec les recueils nuls, dont celui réalisé par Pompidou. Oui, oui. Ce Pompidou-là, Georges. Président de la République. Il a élaboré une anthologie de la poésie française. Enfin, une anthologie pompeuse de la poésie française chiante. On n’a clairement pas les même goûts. C’est sans doute pourquoi je ne suis pas président de la république aujourd’hui. Je me demande bien ce que Macron lit —s’il en lit— en poésie. Je ne sais pas s’il existe une édition d’Options, futures et autres actifs dérivés en alexandrins. Bon je me perds. Dans tous les cas, si j’arrive à tirer 10€ de l’ensemble Malarmé-Apollinaire-Rimbaud-recueils divers, ce sera le bout du monde. La poésie, aujourd’hui… Mieux vaut boursicoter. Et le rayon littérature japonaise ? Vous n’y pensez pas ! Comment est-ce que je vais garder la motivation pour apprendre cette langue si peu intuitive aux francophones si je ne peux pas m’immerger dans l’univers des meilleurs·es auteurs·es la pratiquant ? Ah non, hein ! Je vous ai vu·e !! On ne touche pas au rayon sciences !! J’y tiens. Enfin, en partie. J’avoue n’avoir jamais ouvert cet immense Genes de Benjamin Lewin. Mais un jour peut-être… Même si c’est une édition qui approche bientôt les quarante ans et qu’on en sait beaucoup plus aujourd’hui… Ça me rassure de le savoir là… Non allez, ça c’est vraiment bête. Il faudrait au moins que je le donne. C’est trop lourd, ce n’est plus à jour. Okay. Ça fait un livre en moins sur les trente cartons que je vais devoir me trimballer. Les bouquins de théorie musicale, d’histoire de la musique et les biographies de musiciens, par contre, bas les pattes. Même si trois biographies de Tom Waits, je l’avoue, c’est trop. Mais j’y tiens. Hum. Est-ce que j’y tiens encore, en vérité ? Peut-être plus tant que ça. C’est très ragots people états-uniens tout ça. Ça en devient même assez chiant. J’en garderai peut-être une tout de même, celle qui parle le plus du contexte de la fabrication de chaque album. Et les classiques de la littérature française ? Je pourrais quand même les foutre dans des boîtes à livres, du moins ceux qu’on retrouve à 1€ au format poche chez n’importe quel bouquiniste. Et mes B.D…. ah… mes B.D…. 45 pages franco-belges, graphic novels britano-américains, et mangas intimistes ou en V.O… Ça va être difficile. Bien que je relise très rarement les B.D., c’est une grosse partie de mon enfance et de mon adolescence. De mon adultence aussi, même si ça s’est beaucoup calmé. Je me souviens, quand j’étais petit, ma mère n’aimait pas trop les B.D.. Elle disait ne pas aimer les bulles. Elle avait aussi entendu dire que les manga, c’était écrit en très mauvais français. Ça vient peut-être de là, ma mauvaise écriture. En tout cas j’aurais du mal à revendre ça, je veux dire émotionnellement. Tout comme mon rayon littérature en ancien et moyen français, de magnifiques éditions bilingues, des fables, des contes et des chansons de geste, la légende arthurienne… Pfou la la… Non, c’est pas possible. Je garde.

Bilan de ce passage en revue : je pourrais peut-être m’économiser deux cartons sur une bonne trentaine, et gagner 25€ avec ça. Je suis bon pour faire le tour des magasins à la recherche de cartons vides chaque jour pendant les deux prochaines semaines…

Ah oui, je ne vous ai pas dit ? Quoi qu’il en soit, les cartons vont atterrir dans la maison de mes parents, dans ma vieille chambre ou au garage, pendant au minimum un an, parce que, où qu’on s’installe avec mon amie ce serait trop petit (à Lyon), ou trop loin (à Lille). Tout ça pour ça ? Oui, tout ça pour ça. Mais je ne savais vraiment pas quoi vous raconter aujourd’hui. J’ai la tête pleine de soucis. Les déménagements, vraiment, quelle plaie ! Surtout quand on ne sait pas encore où l’on vivra dans un mois. Allez. À demain.