#124 – Le grand ménage d’été

Tous les trois mois, je fais le ménage. C’est qu’il s’en accumule de la poussière derrière les meubles en tout ce temps. Surtout quand on habite une ville faite de pierre calcaire dans une région venteuse. Encore ai-je la chance de posséder très peu de meubles. Oh, la poussière s’accumule quand même, elle n’est pas regardante sur la déco, mais on la voit au premier coup d’œil. Et sans la voir on la sait présente en masse aux crises d’éternuements qui se rapprochent de plus en plus les unes des autres. Je vous en parle parce que je viens d’y passer cinq heures. Je n’en peux plus. Je suis rincé. Heureusement que je ne suis pas homme de ménage, sinon vous y auriez droit chaque jour. En y réfléchissant bien, ça ne m’aurait pas dérangé d’être homme de ménage. Je veux dire d’un point de vue littéraire, bien sûr. J’aurais pu vous faire la description des lieux de vie de chaque employeur. Celui-ci collectionne les bibelots de type art colonial, un fusil est suspendu au dessus de la cheminée, juste sous la tête de phacochère. Celle-là se fait des rideaux anti-moustiques en capsules de bière, et son placard produit de la lumière. Non, au final, je décris très mal. Ç’aurait été terrible à lire. Vous avez définitivement de la chance que je ne sois pas homme de ménage.

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Photo par Gwlad (avenue de Maurin)

Je viens de faire une petite pause dans l’écriture de mon texte. J’avais écrit au moins dix phrases, j’en avais bien besoin, vous vous rendez pas compte. J’ai ressenti l’envie d’aller marcher une petite heure au soleil. Voilà qui est fait. Mes batteries sont rechargées. Au cours de ma promenade j’ai acheté des pommes, des abricots et des jeux vidéo. Comme j’habite dans un quartier dont la population est dans sa majorité d’origine maghrébine, il y a beaucoup de gens qui font le ramadan. J’ai donc dû goûter les abricots pour un monsieur qui voulait savoir s’ils étaient bons mais n’avait pas le droit de manger. Plus de la moitié était pourrie ou bouffée des vers, mais les autres étaient bons. Les pommes ça allait, il avait confiance, et puis j’allais pas me faire une salade de fruit devant une dizaine de personnes qui se retiennent de bouffer depuis ce matin et pour encore quelques longues heures.

Pour les jeux vidéo, c’est parce que je suis passé devant cash converters. Je n’achète que des jeux à moins de 5€, d’une parce que je n’ai pas d’argent, et de deux parce que je sais très bien que je ne les finirai jamais, alors je vais pas me ruiner pour ça. Je n’arrive pas à jouer plus de dix heures à un jeu vidéo. Ça m’ennuie très vite, mais j’aime bien découvrir à chaque fois un nouvel univers, une esthétique visuelle et musicale, des personnages… Un jour je ferai peut-être une chaîne youtube de gaming où je testerai les quinze premières minutes de chaque jeu de plus vingt ans. J’ai quand même des remords à acheter quoi que ce soit à cash converters. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, si vous voulez vendre votre ordi, vos livres, vos instruments ou vos consoles et jeux, vous passez par leboncoin. Si vous allez à cash, c’est que vous avez vraiment besoin d’argent tout de suite. Qui voit-on le plus souvent vendre leur matos dans cette boutique ? Les héroïnomanes, les alcooliques et les personnes constituant les couches sociales les plus fragiles. Alors bibi le bobo va se chopper à pas cher ses petits jeux dans une boutique qui fait son beurre en rachetant une misère tout un tas d’objets volés, parfois aux gamins de sa propre famille ? Oui. Ce que je viens de dire sur les objets volés, c’est pas pour faire des généralités sur la drogue, c’est arrivé dans mon entourage très proche. Heureusement, je le dis aussi parce qu’il faut le dire plus souvent, on peut s’en sortir de ces situations. Enfin bref. Je suis pas fier. J’ai du mal à accepter que la misère des autres me profite. Mais je les ai quand même achetés, ces jeux auxquels je jouerai pas.

Allez je crois que ce sera tout pour aujourd’hui. Un jour j’essaierai de ne plus digresser, mais ce jour-là n’est pas venu. Bonne soirée !

Auteur : Lyonniais

Écrivouilleur Lyonniais, ex-Montpelliérien. Je bave ce qui me vient, comme ça vient. Y en a à qui ça plaît, y en a à qui ça plaît pas. Qu'y peux-je ?

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