#071 – Lost in Description

Je me souviens d’un reportage tourné dans une classe test de Montpellier. Il me semble qu’il y avait des enfants de l’âge d’aller du CP jusqu’au CM2. Je me souviens, mais vaguement, je l’avoue. Parmi les activités, fréquemment les enfants réfléchissaient à un mot et, ensemble, avec le professeur pour les guider, produisaient une définition qui était affichée aux murs de la classe. Par exemple, on les voyait réfléchir à la honte. L’un des élèves dit qu’il avait eu honte en arrivant en retard le matin même, en discutant un peu des expériences de chacun, on en arrive à la conclusion que : la honte, c’est la peur qu’on se moque de nous. Pas mal.

J’aime bien définir et re-définir les mots comme ça, depuis longtemps. Comme un enfant qui aurait vraiment envie de comprendre de quoi il s’agit. Un qui se rend compte qu’on lui a bien expliqué le truc et appris son nom, mais quand il regarde le truc en question par lui-même, y a comme un décalage entre ce qu’on dit et ce qu’il voit, alors il aimerait un peu arriver à comprendre ce qui fait la différence. Je sais pas pourquoi je dis comme un enfant, on pourrait dire comme un adulte, ça marcherait aussi bien.

Des mots, il y en a qu’on a trop employés devant moi et qui me paraissent être vides de sens tant on leur fait tout dire. Il y a aussi les concepts d’intelligence et de connerie, que j’aime bien disséquer. Souvent, ces termes servent simplement à établir un bête classement dans lequel on attribue à un individu ou groupe une valeur supérieure ou inférieure à la valeur présumée d’un autre individu ou groupe. Souvent aussi ça veut dire que la personne dont on parle a agi ou n’a pas agi comme on le voulait, comme on pensait normal qu’elle agisse ou pas. On s’en réfère à un sens commun variable de public en public. Ça sert à dire moi bon, autre mauvais. Ou ça oui, ci non. Selon le contexte, ce qui détermine la valeur qu’on attribue peut paraître très clair à l’interlocuteur ou obscur comme les raisons qui vous font traiter ce multimilliardaire de gros con.

Parfois on me dit que je joue avec les mots. Mais non, justement. Je fais en sorte qu’on s’accorde sur une définition précise de ce dont on parle afin qu’on se comprenne mieux. Jouer avec les mots, ce serait le contraire : utiliser des mots anguilles qui n’expliquent rien et passent partout, qui font qu’on est incapable d’expliquer une situation si on nous les ôte, qui nous poussent à penser par réflexes, qui nous laissent croire qu’on a saisi le sens mais qui permettent à chacun de mieux comprendre ce qu’il ou elle veut comprendre. En vérité il n’y a pas mieux que la description. Mais bon, on a la flemme.

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Photo par Gwlad (allée de la Méditerranée)

Je devrais être le premier à me flageller pour utilisation de mots creux, ou trop pleins, et d’expressions toutes faites à tout bout de phrases. La description, j’adore lire, mais se la farcir à l’écriture… J’ai la flemme comme tout le monde.

Pourtant j’essaie. J’essaie aussi de ne plus dire je suis. Et de le remplacer par je fais. Pas pour être ou paraître plus actif, non. Ce serait mal me connaître. Plutôt pour ne pas sans cesse résumer ce que je suis à ce que je fais momentanément. C’est plus par jeu intellectuel (oui je m’amuse bien avec moi-même), mais ça permet de décrire et donc de faire passer plus d’information, de moins compter sur les préjugés qu’a l’interlocuteur vis-à-vis de mots en particuliers. Pas besoin de dire je suis musicien, on peut dire je fais de la musique. C’est presque la même chose. Enfin j’essaie… Je n’y pense jamais en fait.

De la même manière, on peut avoir tendance à dire un peu vite les gens qui. Et bien je vous invite et je m’invite moi-même à plutôt dire quand on. En partant du principe qu’on reproche souvent aux autres un défaut/une qualité qu’on ne se sait pas posséder soi-même ou qu’on ne veut pas voir chez soi, et que quelque part on comprend un peu pourquoi ils font ce qu’on leur reproche, je propose qu’au lieu de dire, par exemple, « les gens qui balancent leurs papiers par terre moi je les… », on dise « quand on balance ses papiers par terre… ». Et oui, parce qu’en plus là vous êtes bloqué·e, vous ne pouvez pas dire quand on balance ses papiers par terre moi je les quoi que ce soit. Il vous faut trouver quelque chose de plus intéressant à dire. Ça va pas être facile.

Non ! « Quand on balance son papier par terre, on est un gros con », je ne veux pas l’entendre. Il y a deux alternatives :

  • « Quand on balance son papier par terre, on est une personne que je place en dessous d’une personne qui ne balance pas ses papiers par terre dans mon petit système de valeurs. »
  • « Quand on balance son papier par terre, on fait le gros con. »

 

Auteur : Montpelliérien

Écrivouilleur Montpelliérien. Je bave ce qui me vient, comme ça vient. Y en a à qui ça plaît, y en a à qui ça plaît pas. Qu'y peux-je ?

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